Jeudi 16 octobre 2014 4 16 /10 /Oct /2014 10:08

L01.jpgBlood song

tome 1 - La voix du sang

Anthony Ryan

éditions Bragelonne

2011

 

Un scribe à la solde d'un empire puissant accompagne un prisonnier de guerre à la réputation légendaire : Vaelin Al Sorna, dit le Tueur d'Espoir, est craint et haï par ses ennemis depuis qu'il a tué nombre des leurs y compris l'héritier présomptif du trône. Intrigué cependant par cet homme qui paraît bien moins féroce que ce qu'on prétend, notre héros le pousse à raconter son histoire, une histoire pleine de zone d'ombres qui révèle un personnage plus complexe qu'il n'y paraît.

C'est un petit miracle : pour une fois, j'ai bien aimé un ouvrage des éditions Bragelonne. Certes, c'est de la bonne grosse fantasy et, de ce fait, on retrouve tous les ingrédients qui en font la composition : un héros prophétique, des fanatiques religieux, des animaux au service de l'élu, des noms à coucher dehors et des batailles à n'en plus finir. Si Anthony Ryan se réclame carrément de Gemmell, certaines des particularités de son récit ne sont pas non plus sans faire songer à Martin : Vaelin adhère à un Ordre exigant qui rend tous ses membres frères, les contraint à ne pas prendre femme et les met au service de la Foi avant d'être au service d'un royaume. ça ne vous rappelle rien? D'un point de vue technique, je suis un peu déçue par la composition de l'ouvrage qui pourrait être plus aboutie : en effet, le récit s'articule entre la narration du scribe et l'histoire de Al Sorna. Or, Al Sorna est loin de dire tout au scribe et lui cache bon nombre d'éléments qu'on retrouve quand même dans le texte. Il aurait peut-être été intéressant de mettre en avant ces incohérences et de comparer la version "officielle" à la version "officieuse", celle que le lecteur connaît. Ceci dit, passé ces quelques points de détail, Blood song remplit parfaitement sa part du contrat : l'histoire est prenante, le monde parfaitement bien décrit et on repère ça et là quelques originalités dans le texte; le fait par exemple que la Foi soit une religion qui, paradoxalement ne reconnaît aucun dieu, des personnages qui ont chacun une part de mystère, la construction du texte qui nous épargne un faux suspens (d'entrée de jeu on sait que le héros survit), l'inversion des valeurs et une critique sans fard de la guerre, présentée tout au long du roman comme une vaste boucherie inutile au service d'intérêts personnels et divergents. Al Sorna ne se bat pas pour la justice : il se bat pour un envahisseur qui a besoin de saphirs. Cette morale est loin d'être manichéenne et me rend d'autant plus agréable un livre qui, en dépit des clichés, parvient à s'en extraire pour un résultat plutôt satisfaisant.

Par beux - Publié dans : Héroïc-Fantasy
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 09:50

L01.jpg Le royaume

Emmanuel Carrère

éditions P.O.L

2014

 

C'est l'histoire d'un homme qui un jour est devenu catholique; un homme pas tout à fait bien dans sa peau et qui s'est tourné vers la religion comme on se tourne vers la psychanalyse ou le développement personnel. Comme tout nouveau converti, il s'est emballé, il s'est émerveillé : tout nouveau, tout beau. Et puis le doute est revenu. Trois ans plus tard, il est redevenu athée, ou plutôt agnostique. Mais, bien des années plus tard, il revient sur cette conversion et choisit en parallèle de raconter l'histoire des premiers chrétiens : le bouillant Paul, le sage Luc, le mystérieux Jean... menant cette histoire en enquêteur, s'appuyant sur des documents mais laissant aussi libre cours à son imagination.

Le royaume, un livre qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps et qui restera l'un des événements littéraires de cette rentrée, n'est rien de moins que le récit d'une quête spirituelle, celle d'un auteur, Emmanuel Carrère, qui cherche à comprendre comment un marginal a pu donner naissance à une communauté qui dure encore aujourd'hui. Paul, Luc, Marc, Jacques... tous ces hommes, notre romancier se les approprie comme personnages et tente de les comprendre, de les analyser tout en faisant de nombreuses digressions sur lui-même et sur ses sentiments vis-à-vis de tout ça.

En tant que catholique, j'apprécie la bonne foi (c'est le cas de le dire) de Emmanuel Carrère qui ne tombe pas dans le cliché et la caricature et nous évite le traditionnel couplet d'une Eglise intolérante, intégriste, pas à l'écoute... sans pour autant verser dans un angélisme tout aussi déplacé. La religion catholique est pleine de contradictions et l'auteur s'aventure sur ce chemin sans chercher à les minimiser ou à les ignorer, se contentant de jouer un rôle d'observateur plus ou moins critique ou enthousiaste selon les pages et selon ses humeurs. En tant que lectrice, je suis assez déconcertée par la composition de l'ouvrage, un pavé de plus de six cent pages où le narrateur/auteur joue un rôle déterminant. C'est d'habitude un aspect de la littérature française que je trouve très déplaisant, cette manie de l'auteur de se mettre en avant, ce nombrilisme du "je" omniprésent qui ne laisse aucune latitude au lecteur et qui lui donne le sentiment que le livre a été écrit uniquement pour satisfaire l'ego malmené de son créateur. Je ne nierais pas ainsi que certains passages m'ont profondément agacée et m'ont donnée le sentiment  de jouer le rôle du psy, essentiellement quand Emmanuel Carrère se perd dans des digressions qui n'ont rien à voir avec la choucroute. Ceci dit, là où réside le talent de l'auteur c'est que, contrairement à beaucoup d'autres, il prend le risque d'une narration qui n'est pas maîtrisée là où d'autres se mettent en scène uniquement pour se faire valoir. Le "je" de Carrère est un "je" plein d'abandon qui affirme une chose puis se rétracte à la page suivante, s'agace et s'adoucit, s'emmêle les pinceaux, prend le parti de tel ou tel personnage... Bon mal gré le lecteur suit son cheminement et s'attache à ce narrateur capricieux ainsi qu'aux héros qu'il met en scène : ce Paul mal embouché, ce Luc qui paraît bien sage, ce Pierre qui cherche à ménager la chèvre et le chou... L'histoire et la fiction se mêlent étroitement, à dessein, et l'ensemble apparaît, un Royaume qui est loin d'être parfait et même par endroits carrément bancal mais qui frappe par sa sincérité et sa clarté. Bonne pioche pour la rentrée littéraire.

Par beux - Publié dans : Roman
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Dimanche 5 octobre 2014 7 05 /10 /Oct /2014 10:02

L05.jpg Skin trade

George R.R. Martin

éditions J'ai Lu

1989

 

Et non, n'ayez pas de faux espoirs : aujourd'hui nous allons bien parler de George R.R Martin, l'auteur de Game of Thrones, mais pas de la suite de sa célèbre série qui, à ce jour, n'est toujours pas annoncée. Place en revanche à l'un de ses romans de "jeunesse", Skin Trade, paru il y a plus de vingt ans déjà mais traduit tout récemment.

Depuis l'assassinat de son père, Randi Wade, détective privée, ne cesse de s'interroger sur les circonstances de la mort de ce dernier : Frank Wade semble en effet avoir été dévoré par une bête sauvage, et ce alors qu'il enquêtait sur des disparitions suspectes de jeunes filles. Aussi, lorsqu'une vague de meurtres étranges frappe de nouveau la ville et que son ami Willie vient quémander son aide, Randie y voit l'opportunité de rouvrir la dossier même si les nouvelles victimes ne sont pas dévorées... mais écorchées.

Bon, disons-le tout net, Skin trade est bien loin d'être le roman du siècle. Très court (trop peut-être?), l'histoire est un peu confuse et l'intrigue va trop vite : les personnages ne sont qu'esquissés, le suspens laisse à désirer et la fin est plus qu'expédiée. L'auteur met en place tout un monde qu'il n'a pas le temps de développer ce qui fait que le lecteur se retrouve un peu perdu dans cet univers bâclé mettant en sène loups-garous et flics corrompus, familles au sang pur et héroïne déterminée à venger la mort de son père. Trop d'informations en si peu de temps découragent le lecteur. Dans ce livre ni tout à fait polar, ni tout à fait fantastique, on retiendra surtout le personnage de Willie, le loup-garou hyponcondriaque à la réplique cinglante et qui n'est pas tout à fait sans nous rappeler Tyrion dans Game of Thrones, et quelques scènes à glacer le sang... Pour le reste... et bien, je suis contente pour ma part que Martin se soit tourné par la suite vers la fantasy : à mon humble avis, notre époque ne lui convient pas vraiment.

Par beux - Publié dans : Fantastique
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Mardi 30 septembre 2014 2 30 /09 /Sep /2014 14:21

L05.jpg Deep Winter

Samuel W.Gailey

éditions Gallmeister

2014

 

A la suite d'un accident qui a coûté la vie à ses parents, Danny est devenu simple d'esprit et n'a jamais quitté la petite ville de Pensylvanie de son enfance où il est méprisé et évité par la plupart des habitants. Sa seule amie c'est Mindy avec qui il partage le même jour d'anniversaire et qui s'est toujours montrée gentille avec lui. Mais Mindy se fait assassiner par son petit ami, l'adjoint du shérif et, manque de chance, c'est Danny qu'on retrouve au-dessus de son cadavre. Commence alors une longue nuit : poursuivi par le shérif et le meurtrier, par les frères de la victime  et par un policier de la ville, Danny est contraint de fuir pour un crime qu'il n'a pas commis. La chasse a commencé.

Ce livre est une belle déception. Un résumé alléchant, des critiques élogieuse... "Magnifiquement écrit et incroyablement dérangeant" dixit le New-York Times. Sur l'écriture je suis plutôt d'accord, même si le "magnifique" est peut-être un peu excessif : pour un premier roman cependant, Gailey ne se débrouille pas trop mal et a une jolie plume. Le style est fluide et la lecture agréable. En revanche, rien de moins dérangeant que cet ouvrage : certes, on part sur un postulat intéressant, celui d'un gentil benêt qui, du fait de sa différence, se retrouve accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Mais là où je m'attendais à un déferlement de haine, à une description de l'Amérique profonde dans toute sa splendeur, et bien nous n'avons qu'une intrigue banale et un portrait très lisse d'une communauté un peu bourrue mais au fond pas méchante. Le seul "méchant" de l'histoire, c'est l'adjoint du shérif, c'est celui qui boit, se drogue, tue les gens  et les biches sans remords. C'est lui qui fait accuser Danny, c'est lui qui commet pas mal d'atrocités et qui éclate d'un rire diabolique à la moindre occasion... J'avais rarement vu autant de manichéisme dans un livre mais là c'est fait : pire, cette phrase de Danny qui justifie ainsi la pensée de l'auteur : "Certaines personnes sont idiotes. D'autres sont intelligentes. Certaines sont gentilles, et d'autres sont méchantes. On est comme on est." Voilà voilà. Amis de la subtilité passez votre chemin. Le monde de Gailey est un monde de testostérone, de flics bourrus et d'épouses résignées. Vous vous attendiez à un portrait au vitriol, vous n'avez qu'une banale course-poursuite sans intérêt, ponctuée ça et là de quelques éléments surnaturels, de références religieuses bancales et d'un happy end d'un politiquement correct et d'une mièvrerie à faire pleurer. Dieu bénisse l'Amérique...

Par beux - Publié dans : Polar
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Jeudi 25 septembre 2014 4 25 /09 /Sep /2014 10:07

L02.jpg L'homme au masque de brouillard

Eric Sanvoisin

éditions Auzou

2014

 

Oyonnick est un jeune magicien  qui sillonne RocheFlamme pour venir en aide à ceux qui ont besoin de lui. C'est un homme joyeux et insouciant. Mais, un jour, il est convoqué par le Conseil des Neuf Sages en urgence. En effet, depuis quelque temps, le conseil est attaqué : ses membres tombent mystérieusement malades un à un et leurs âmes sont soufflées. Oyonnick est chargé d'enquêter là-dessus d'autant plus que son oncle d'adoption est victime du même phénomène. Une enquête qui va le mener au coeur du Continent Flou à la poursuite d'un homme mystérieux au masque de brouillard.

Livre pour les 11-13 ans, L'homme au masque de brouillard n'est pas LE chef-d'oeuvre de l'année. L'intrigue est un peu brouillonne et trop rapide et  les personnages sont vite expédiés. En revanche, Eric Sanvoisin a une très jolie écriture, assez poétique et met en scène un univers intéressant jouant entre ombre et lumière, brouillard et clarté. J'ai apprécié aussi les relations entre les différents personnnages, en particulier entre Oyonnick et Réséda que l'auteur résume avec cette cruauté désarmante et assez rare dans un livre d'enfants : "Elle l'aimait encore. Lui, non." De même j'ai trouvé que c'était une bonne idée de ne pas faire d'Oyonnick le seul héros de l'histoire : certes, il joue une part importante mais il est sauvé plus d'une fois et n'aurait pas pu s'en sortir tout seul sans l'aide d'autres protagonistes que Sanvoisin prend le temps d'étudier et de décrire. Vous l'avez compris : L'homme au masque de brouillard n'est guère adapté à un public adulte et ennuiera je pense de grands adolescent. En revanche, il me semble plutôt bien adapté pour un public plus jeune, amateurs en herbe de fantasy...

Par beux - Publié dans : Jeunesse
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