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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 10:20

L03.jpgComme un livre ouvert

Liz Kessler

Hugo Roman

2015

 

Le mois dernier, ma représentante Pocket est passée avec toute une pile d'épreuves non corrigées des dernières nouveautés. Pendant que je regardais toute contente les livres fantastiques (nous en reparlerons courant de ce mois n'ayez crainte, ils ne sont pas encore sortis), elle me tend un autre ouvrage :

"Alors ça c'est autre chose. C'est un livre des éditions Hugo..."

- Ah (enthousiasme qui baisse d'un cran)

- Et qui parle d'une lycéenne amoureuse...

- Ah (enthousiasme encore un cran au-dessous)

- de sa prof d'anglais."

(enthousiasme à son plus bas niveau)

Bon soyons honnête, malgré tous mes préjugés, c'était pas si mal. Comme un livre ouvert c'est l'histoire de Ashleigh, une lycéenne dissipée dont les faibles performances laissent présager un bien médiocre avenir. Tout ce qui l'intéresse c'est de traîner avec sa meilleure amie Cat et de fricoter avec son petit ami Dylan. Il faut dire qu'à la maison c'est pas la fête : ses parents ne se parlent plus et l'ambiance est plus que tendue. C'est dans ce contexte qu'elle découvre sa nouvelle prof de littérature, Miss Murray, qui va lui apprendre non seulement à aimer les livres des soeurs Brontë mais aussi lui faire éprouver des sensations qu'elle est loin de ressentir avec le malheureux Dylan.

Au niveau du style, rien à dire c'est plutôt bien écrit et la première partie est franchement marrante : l'héroïne a un côté déjanté qui est assez agréable. Après ça se gâte dans la seconde partie lorsque Ashleigh doit face au divorce de ses parents et découvre parallèlement son homosexualité tout en craignant d'être enceinte de son petit ami : pour le coup ça fait un peu beaucoup pour une seule personne et l'auteur n'amène pas tout ça avec une subtilité déconcertante. Je pense en particulier à cette scène d'un ridicule achevé où Ashley se confie à sa prof sur ses parents et sur Dylan et est émerveillée de découvrir que celle-ci la comprend parfaitement : "Mais ce que je sais en revanche, c'est que ça ne doit pas être facile pour toi, de te retrouver au milieu, avec la sensation d'être tiraillée entre eux deux" Exact ! C'est dingue comme elle me comprend bien !" Outre l'usage du mot "dingue" qui devrait d'office être banni dans tout ouvrage digne de ce nom, je suis restée perplexe devant un dialogue tiré tout droit de "Femina" (j'apprends à déculpabiliser mon ado sur la séparation parentale). La troisième partie est tout aussi inégale, entre du bon (les amis de Ashleigh qui apprennent plus ou moins bien son homosexualité, la réaction de miss Murray devant la déclaration de son élève) et du moins bon (l'héroïne transportée de bonheur parce qu'elle va dans un bar gay, le coming out final mêlant bons sentiments et révélations poignantes) Sur le fond, le livre est intéressant mais brasse trop d'idées sans vraiment en faire aboutir aucune (on y parle de divorce, d'homosexualité, il y a même pour le coup un plaidoyer intéressant sur la peine de mort) se contentant de les noyer dans une action survoltée. Plus grave, Comme un livre ouvert se flatte de pourfendre les préjugés mais en amène insidieusement d'autres : je retiendrais surtout le personnage d'Elaine, la nouvelle compagne du père, présentée comme ridicule et intolérante mais dont le véritable péché être d'être seulement "l'autre", la remplaçante de la mère et que, de ce fait, l'auteur ne voulait pas présenter sous un jour favorable. J'ai aussi moyennement apprécié la réflexion sur les études et les métiers, Liz Kessler expliquant à travers ses personnages que bon, si vous faites pas la fac, vous êtes foutus et vous ferez un métier ridicule, du style "servir des clients". On va dire que c'est la conception anglo-saxonne dans toute sa splendeur... Vous l'avez compris, il y a à boire et à manger dans cet ouvrage qui est cependant une "niche" et qui n'intéressera guère qu'un lectorat bien spécifique.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 12:01

L01.jpgLes enfants du duc

Anthony Trollope

éditions Points

1880

 

Plantagenet Palliser, duc d'Omnium, a le coeur lourd : sa femme vient de mourir brutalement et ses enfants lui causent bien des soucis. Son fils aîné, après s'être fait renvoyer de l'université par deux fois, a opté pour une carrière politique mais du côté des conservateurs alors que son père a toujours été libéral. De plus, il participe à des courses de chevaux et prend plus plaisir à chasser et à fréquenter son club qu'à s'investir au Parlement. Le frère cadet, Gerald, suit le même chemin. Quant à la petite dernière, Lady Mary, elle commet une faute encore plus grave aux yeux de son père en s'éprenant d'un jeune homme bien sous tous rapports mais qui, oh scandale, n'a ni titre ni fortune. Une alliance que ne peut tolérer le duc, bien déterminé à mettre fin à cette idylle.

Vous l'avez compris, Les enfants du duc se situe quelque part entre du Jane Austen et du Downton Abbey. Si le livre fait partie d'une vaste fresque familiale, il est en revanche possible de le lire indépendamment des autres ouvrages. C'est un genre un peu particulier que ce roman victorien rempli de nobles qui fument leurs cigares en parlant politique tandis que les femmes se confient sur leurs soupirants. Pour ma part, j'adore même si j'ai trouvé quelques longueurs ça et là. Malgré les propres convictions de l'auteur, pas franchement pour les droits de la femme, l'ouvrage reste étonnamment moderne : en effet, Trollope nous montre les différences de condition entre les fils du duc, libres d'agir à leur guise et d'accumuler dettes et erreurs tandis que lady Mary, coupable uniquement d'être tombée amoureuse d'un homme sans le sou, est cloîtrée et surveillée de près. Que dire aussi de lady Mabel, sans fortune qui est forcée de renoncer à l'amour de sa vie pour rechercher un mariage d'argent ? Ces deux portraits de femmes fortes tranchent avec le caractère plus faible du fils aîné du duc, versatile et amoureux inconstant, attachant malgré tout car conscient de ses imperfections et même son ami plus posé, Frank Treagar, trop peu présent dans le livre pour vraiment s'imposer. Cependant, le vrai héros des Enfants du duc reste le duc lui-même, patriarche dépassé par un monde changeant, qui aime mais ne comprend absolument pas ses enfants ni même le monde dans lequel il vit. Alors que ses agissements sont finalement très peu décrits, son ombre sévère plane tout le long du roman comme un dieu capable d'influer sur le destin de ses enfants. Ce n'est évidemment qu'une illusion : il apparaît vite que le pauvre duc est avant tout un père aimant, capable de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de se résigner à ce qu'il ne peut combattre, ce qui rend son personnage d'autant plus intéressant, mélange de froideur et de tendresse, de hauteur et de naïveté. L'ouvrage navigue également avec aisance entre étude de moeurs et satire discrète (les passages "politiques", notamment celui où Frank Treagar doit faire du porte à porte pour son élection, sont particulièrement drôles) et m'a fait découvrir un nouvel aspect de la littérature anglaise. Une bien belle découverte ma foi.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 10:50

L03.jpgRock War 1

Robert Muchamore

éditions Casterman

2014

 

J'avoue que c'est sans entrain que je me suis lancée dans la lecture de ce roman ado dont le synopsis ne fait pas franchement envie :"Trois rebelles qui vont se livrer bataille pour accomplir leur destinée." Rassurez-vous, on parle de bataille musicale là puisque nos trois "rebelles" sont des passionnés de musique chacun à leur manière. Rien que le titre Rock War me donnait envie de partir en courant. Mais c'est Muchamore hein. Muchamore c'est un auteur que je n'avais jamais lu mais qui me rend service à la période de Noël quand arrive l'éternel adulte qui doit faire un cadeau pour un garçon de treize ans mais qui ne connaît pas du tout ses goûts, s'il aime lire ou pas et oh non pas du fantastique hein : allez hop un Cherub ! Je me suis donc dit que je devais bien à ce bon vieux Muchamore de lire tout de même un de ses livres un jour.

C'est donc parti pour l'histoire de Jay, Summer et Dylan, trois incompris chacun à leur manière et qui, chacun dans leur coin, s'adonnent à leur passion, la musique. Et, dès le départ, c'est pénible. Je ne parle pas du style de Muchamore qui n'est pas désagréable en soi, mais le rythme de l'intrigue est survolté et les personnages hystériques. Et que dire de ces bons gros poncifs que Muchamore nous balance avec tant de finesse : ah le fils pourri gâté et sa riche mère cruche qui ne voit pas que son rejeton est un musicien plus médiocre, ah le gamin courageux qui se dépatouille au milieu d'un univers violent, ah l'adolescente responsable qui s'occupe toute seule de sa grand-mère malade et qui ramène du papier toilettes du lycée parce que c'est trop cher pour leur budget, ah la musicienne qui se scarifie, le chanteur volage... Ce qui sauve l'histoire, c'est quand Muchamore arrête de nous bassiner avec des situations tirées de "Tellement vrai" pour parler de musique. Pour le coup, cela sonne juste et c'est avec intérêt que l'on suit le parcours de trois groupes différents qui s'essaient à la composition. J'attendais même avec plutôt d'intérêt le moment où ces groupes allaient s'affronter dans une première compétition. Las ! Là encore l'auteur s'empresse d'en faire des tonnes et complique tout ça avec une panne de voiture, des arrestations dans le train, des actes de vandalisme, des inondations... Cette surenchère fatigue profondément et noie tout l'intérêt d'un roman pas désagréable en soi mais bruyant et écrit si manifestement pour plaire à un certain type de lectorat qu'il ne peut guère toucher passé quinze ans.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 18:26

L01.jpgPromesse

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

2014

 

Après son plutôt décevant Effet papillon, Adler Olsen reprend du service avec une nouvelle enquête du département V. A la fin des années 90, dans une petite île danoise, le corps d'une jeune fille est retrouvée accroché à un arbre, visiblement percuté par un chauffard. La police locale, débordée, conclut vite à un accident mais un inspecteur n'y croit pas : pendant des années, Habersaat va enquêter sur cette affaire, développant une obsession, jusqu'au jour où, près de vingt ans plus tard, il se tire une balle dans la tête non sans avoir au préalable confié son enquête à Morck et à son équipe de bras cassés.

C'est une bonne surprise que ce dernier opus. Je craignais en effet un essoufflement de la série mais l'auteur nous prouve aujourd'hui qu'il sait rebondir : Adler Olsen daigne enfin avancer un peu sur l'enquête qui a failli coûter la vie à Morck et qui l'a fait atterrir aux affaires classées et, sans les occulter, il met un peu à l'arrière-plan ses personnages principaux qui avaient de plus en plus tendance ces derniers temps à prendre plus d'importance que les enquêtes elles-mêmes pour se concentrer sur une intrigue digne de ce nom avec un dénouement que, pour une fois, on ne sent pas venir. De plus il soigne davantage ses personnages secondaires et évite les "méchants" trop lisses. Ajoutez à cela un huis-clos au début du récit assez réjouissant, lorsque Carl, Assad et Rose se retrouvent à enquêter sur l'île, ainsi que l'humour décalé d'un auteur qui parvient à nous faire rire malgré des situations abominables. Il ne me reste plus qu'à conclure en disant que Promesse porte bien son nom et tient toutes ses promesses (même si j'essaie encore de saisir le rapport avec le contenu du roman pour le coup). Vivement la suite !

 

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 19:39

L02.jpgLes derniers jours des reines

sous la direction de Jean-Christophe Buisson et Jean Sevillia

éditions Perrin

2015

 

Oui je sais, ce n'est pas logique : je viens de descendre en flammes Le fin mot de l'histoire et j'enchaîne avec un livre qui traite grosso modo du même sujet. Il faut que j'arrête avec les histoires d'agonies c'est un peu morbide. Ici cependant il s'agit d'agonies très chics puisqu'on parle des derniers jours des reines, depuis la très renommée Cléopâtre jusqu'à la reine belge Astrid, décédée dans un accident de voiture en 1935.

A dire vrai je craignais le pire en lisant la préface, pompeuse à souhait et fleurant bon le regret du temps ancien quand la monarchie régnait sur la France. Heureusement, le point fort de ce livre est pour le coup qu'il a été écrit par plusieurs auteurs et non pas par un seul. Du coup, si le style varie d'un récit à l'autre, tout du moins n'a-t-on pas cette impression désagréable que certains chapitres ont été bâclés, l'historien maîtrisant moins certains sujets que d'autres. De façon générale, Les derniers jours des reines se lit sans déplaisir, tous ses contributeurs ayant plutôt une jolie plume. Quant au contenu, si certaines reines sont plus "intéressantes" que d'autres, j'avoue pour ma part avoir été séduite par le portrait de reines un peu moins connues : Charlotte de Belgique, brève impératrice du Mexique et consumée par la folie pour avoir trop souhaité le pouvoir, ou encore Draga Obernovic, la reine de Serbie, haïe de son peuple et qui finira fusillée, éventrée et défenestrée lors d'un coup d'Etat. Et si certains portraits sont un peu trop lisses à mon goût, j'ai apprécié des analyses plus fines comme celle que fait Pascal Dayez-Burgeon sur la mort de la reine Astrid : sans mépriser son sujet, il prend un peu de hauteur pour s'interroger sur les raisons qui ont fait de cette jeune reine un symbole pour le monde entier.

Amis des histoires à la Stéphane Bern et des anecdotes sur les souverains, ce livre est pour vous. Les autres... et bien on parlera du dernier livre de Adler-Olsen la prochaine fois, promis.

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 19:44

L05.jpgLe fin mot de l'histoire

Thomas Snégarof

éditions Tallandier

2015

 

Pour le coup on va faire court sur ce livre car il n'y a pas grand-chose à en dire. Le fin mot de l'histoire est un ouvrage qui recense les derniers mots qui auraient été dits par des célébrités : Maria Callas, Marie Curie, Hitler, Jean Jaurès... Outre que ce genre de littérature pseudo-historique fleurit dans les librairies depuis quelques années et commence sérieusement à m'agacer, je suis aussi un peu soûlée par ces d'auteurs qui sont avant tout des journalistes et se contentent de compiler leurs chroniques matinales en se foulant tout au plus d'une préface. C'est l'histoire paresseuse pour gens pressés, ça n'apprend rien et le style est sans intérêt. La thématique est également à oublier car les derniers mots des célébrités n'ont pas franchement lieu d'être gravés dans le marbre, à l'exception peut-être de l'émouvante déclaration de l'archiduc François Ferdinand ou de deux trois autres répliques dont je ne me souviens plus. Mon dernier mot avant de refermer ce livre sera donc : "Oubliez-le".

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 11:13

L01.jpgCe que l'argent ne saurait acheter

Michael J. Sandel

éditions Points

2012

 

Dans Le cygne noir, Taleb, un économiste, fait remarquer que, de même que la météorologie, l'économie est une "science" inexacte, fragile et soumise à tellement de facteurs qu'il est difficile de faire des projections à long terme. Pourtant, de plus en plus d'économistes vous expliquent doctement ce qu'il faut faire durant les trente prochaines années et s'érigent en gardien d'une nouvelle religion libérale que pour ma part je trouve à vomir. Dans ce nouveau monde, tout se vend et s'achète, régi par la sacro-sainte loi du marché. Mais peut-on tout acheter ? C'est une question que se pose Michael J.Sandel, un économiste américain, dans son livre Ce que l'argent ne saurait acheter. La réponse nous semble évidente : non, nous ne pouvons pas tout acheter.. et pourtant...S'appuyant sur de nombreux exemples, Sandel nous démontre que peu de domaines échappent désormais à l'argent, depuis la pratique des tribunes réservés lors des matchs de baseball aux plus nantis, jusqu'à la revente d'organes ou aux gens qui se font tatouer des publicités sur eux pour gagner de l'argent. Tout est-il donc monnayable ? Non nous répond Sandel qui estime que l'argent ne peut se substituer aux devoirs civiques, au respect de soi ou à celui des autres, pas plus que le marché ne peut spéculer sur la mort d'autrui..

L'ouvrage est vraiment passionnant car il pointe du doigt plusieurs pratiques actuelles qui nous semblent plus ou moins "graves" et qui pourtant relèvent de la même problématique. Ainsi nous serons tous d'accord pour trouver affreuse l'histoire de ces employeurs américains qui prennent une assurance-vie sur le dos de leurs employés pour toucher des primes à leur mort, mais nous ne verrons pas forcément le mal de la revente de billets. Sandel invoque deux principes : celui de l'égalité : même si la liberté de chacun des partis est en apparence sauvegardée, le procédé encourage le clivage riches/pauvres (les plus riches sont privilégiés même lors d'événements populaires comme un match) et contraint les plus démunis à monnayer des choses qu'ils n'auraient pas forcément cédé, sang, organes, voire même enfants (une association proposait aux femmes toxicomanes de se faire stériliser contre de l'argent, un autre mouvement proposait de réguler l'adoption par le biais des marchés). Le second principe est celui de corruption : dès lors qu'on fait entrer l'argent dans la danse, cela risque de pervertir l'échange: imaginez offrir de l'argent à votre moitié au lieu d'un cadeau pour votre anniversaire de mariage, combien coûte votre amour ? Une école américaine proposait cinq dollars aux enfants à chaque fois qu'il lisait un livre ; on peut y voir un effort louable pour inciter les enfants à la lecture mais cela se révèle surtout pervers, la lecture étant assimilée à une corvée. Au Royaume-Unis, le don du sang peut être rémunéré : là encore ce qui devrait être un acte citoyen est assimilé à une source de revenus. Faut-il envisager un monde où tout se vend ? Un monde où le citoyen serait payé pour aller voter ou même prendre soin de sa santé ? Non répond l'auteur qui démontre par plusieurs autres exemples que le système ne marche pas, citant entre autres ce village de Suisse où des habitants, favorable à l'enfouissement de déchets nucléaires près de chez eux pour le bien commun, ont refusé lorsqu'on leur a proposé de les payer. Il cite également cette crèche israélienne qui faisait payer les parents en retard pour venir chercher leurs enfants. La pratique, perçue par les responsables comme une amende, a été perçue par les parents comme une permission, entraînant de mauvaises habitudes.

Ce que l'argent ne saurait acheter pourrait être un ouvrage moralisateur et certains le percevront comme tel. Pour ma part, je l'ai trouvé brillant et très instructif. Il ne s'agit pas de détruire l'idée de marché dans son ensemble mais de garder l'idée que notre vie ne peut se fonder sur le commerce ou l'argent, sous peine de créer une société où l'idée même de don, de service ou d'acte citoyen aura complétement disparu ne laissant place qu'à cette question qu'on entend déjà trop souvent : "Combien?"

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 11:36

L02.jpgPhobos 2

Victor Dixen

éditions Robert Laffont

2015

 

Retour à la série de Dixen : ceux qui n'ont pas lu le premier tome et qui désirent le faire sont priés de passer leur chemin pour ne pas se faire spoiler, merci !

Léonor et ses compagnons envoyés sur Mars par une émission de télé-réalité ont appris la terrible vérité : ils ont été manipulés et sont condamnés à court terme car les habitats sur la planète rouge semblent défectueux. Il leur reste deux alternatives : révéler la vérité au monde entier et faire demi-tour avec l'unique perspective de mourir de faim sur le chemin, ou descendre malgré tout sur Mars comme si de rien n'était en jouant le jeu de la production et de sa dirigeante Serena Mc Bee avec le faible espoir de trouver ce qui a causé la "panne" des installations...

On va commencer par le pire dans ce roman et ce sont incontestablement les dialogues. Non seulement tout le monde s'exprime pareil, que ce soit Serena Mc Bee, sa fille ou la serveuse au fin fond de la vallée de la Mort mais les dialogues sont ampoulés et artificiels au possible. Je soupçonne l'auteur de les relire à voix haute et de rajouter quelques adjectifs pour que ça rende mieux. Résultat, ce n'est absolument pas crédible, tout comme n'est pas crédible le manichéisme des personnages. En effet, si les candidats de Mars nous apparaissent plutôt bien travaillés, avec chacun leur part d'ombre et de lumière, Serena Mc Bee et ses comparses pourraient être des méchants de Disney tant ils sont diaboliques alors qu'à l'inverse, Harmony et Andrew font figure de jeunes premiers. Pour ma part, je crois que j'aurais préféré un ouvrage centré uniquement sur Léonor et son groupe : d'une part, cela aurait donné au roman un aspect huis-clos intéressant, d'autre part, cela aurait permis de donner à Serena Mc Bee une auréole de mystère qui lui fait complètement défaut.

Malgré ces sérieux handicaps, Phobos 2, tout comme le premier tome, se laisse très facilement lire. L'intrigue pour le coup est bien menée, Dixen prenant soin de ménager des coups de théâtre là où on ne les attendait pas (l'atterrissage, la tempête, etc.) et dosant soigneusement tout au long de l'ouvrage un certain suspens qui atteint son apothéose dans un final décoiffant, donnant envie au lecteur d'aller lire la suite. Le livre laisse donc un sentiment mitigé. Je lirai bien entendu la suite mais j'espère de tout coeur que l'éditeur se montrera plus rigoureux avec son auteur car c'est plus que dommage de voir une bonne histoire bien menée gâchée par un style plus que léger.

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 18:44

L03.jpgMémoires d'outre-tombe

Chateaubriand

éditions Livre de Poche (4 tomes)

1841

 

Oui, je sais, ça fait très longtemps que nous ne nous sommes pas vus : la faute à mon dernier 1001 livres... : Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. Non non ne partez pas! Je viens de passer deux mois sur ce bouquin de trois milles pages, vous pouvez faire l'effort de lire ma note jusqu'au bout hein.

Que dire ? A la base, Mémoires d'outre-tombe était prévu pour une publication à titre posthume, l'auteur souhaitant ainsi faire de son oeuvre une sorte de testament littéraire. Malheureusement, des difficultés financières l'ont conduit à autoriser des publications de son vivant. D'où un ouvrage manié et remanié, avec des rajouts, des suppressions et des appendices qui font à eux seuls le tiers du livre. Ces mémoires ont pour ambition de retracer la vie de Chateaubriand, noble désargenté à une époque où il ne fait plus bon être noble; la révolution française est entamée le monde est en plein bouleversement. A travers son récit, c'est tout un pan de notre histoire que l'auteur a l'ambition de retracer : la fin de la royauté, la Révolution, la Terreur, l'Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet.... Héritier inavoué de Rousseau et de ses Confessions, Chateaubriand livre un récit foisonnant, tantôt récit de voyage, tantôt essai historique, tantôt vaudeville, tantôt méditations... Il multiplie personnages et références littéraires et nous fait pénétrer au coeur du début du 18e siècle.

Je ne vais pas vous faire une analyse des Mémoires d'outre-tombe : d'autres font ça très bien et je mentirais en disant que j'ai été subjuguée par Chateaubriand. La vérité c'est que j'ai eu parfois du mal avec son style ampoulé et ses discours larmoyants. Plus "hypocrite" que Rousseau, Chateaubriand omet dans ses mémoires tout ce qu'il pourrait y avoir de graveleux ou de trivial dans sa vie ou celle de son entourage : il passe sous silence un mariage qui ne semble guère avoir été heureux et tait ses nombreuses liaisons...Plus généralement, il a soin de faire de ses mémoires une tragédie en omettant toutes les parties bouffonnes. Pourquoi pas ? C'est un parti pris et un parti pris assumé : Chateaubriand se voulait historien, homme de lettres, homme politique, homme grave témoin d'une époque agonisante. Lui-même se décrit comme un homme du passé et son écriture est empreinte d'une perpétuelle mélancolie. Dès le premier tome, il nous raconte comment il aspire à la mort. Ennemi du vulgaire, il le traque et le méprise, si bien que le style est toujours maîtrisé et ne laisse au fond pas transparaître grand-chose de ce qu'était vraiment l'auteur. Le véritable Chateaubriand se laisse voir ça et là dans quelques courriers, quelques témoignages mais globalement reste un mystère. Entêté, il s'obstine par honneur à défendre la cause de la monarchie légitime alors qu'il n'y croit pas, il admire Napoléon tout en le détestant et défend la liberté de la presse tout en la déplorant. Il y a quelque chose d'héroïque dans cet homme qui, au milieu des opportunistes politiques, reste inébranlable, croyant convaincu mais désabusé, persuadé que le monde change et qu'il ne pourra pas y faire grand-chose mais qui essaie tout de même. A travers ses mémoires, le personnage agace par la haute opinion qu'il a de lui-même, attendrit par son histoire et ses aveux de faiblesses, mais laisse rarement indifférent. A la fois témoin et acteur d'un siècle qui se découvre, Chateaubriand nous livre un matériau historique et littéraire inestimable. Et, bien que j'avoue avoir eu bien du mal certains soirs à ouvrir son livre, après deux mois avec lui, me voilà un peu mélancolique à mon tour à l'idée de refermer la tombe d'un homme pas tout à fait comme les autres.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 13:49

L04.jpgLe château de Cassandra

Dodie Smith

éditions Gallimard Jeunesse

1949

 

Oui oui vous avez bien lu la première date de parution : il s'agit du premier livre de Dodie Smith, plus connue pour son ouvrage suivant, Les 101 dalmatiens, et qui propose ici un texte plutôt déconcertant.

Le château de Cassandra c'est l'histoire de Cassandra, une jeune fille anglaise de dix-sept ans dont la famille est pour le moins excentrique. Son père, auteur d'un seul roman, semble avoir perdu l'inspiration depuis qu'il est allé en prison pour avoir frappé sa femme avec un rouleau à pâtisserie. La belle-mère, Topaze, épousée lors "d'un des accès de sociabilité" du père pose comme modèle à Londres et communie avec la nature en se promenant nue dans la campagne environnante. Rose, l'aînée des filles, ne rêve que d'un riche mariage qui la ferait sortir de la pauvreté et de la monotonie de leurs existences. A l'inverse, le petit frère Thomas, étudiant paisible, ne semble se préoccuper que de pouvoir poursuivre ses cours. Cassandra, elle, écrit son journal intime les pieds dans l'évier den la cuisine et rêve d'un destin semblable à celui des héroïnes de Jane Austen ou des soeurs Bronté. Tout ce beau monde vit dans un château délabré, sans meubles, sans électricité et sans le sou, le seul qui subvient aux besoins de la famille étant le serviteur Stephen, un beau garçon à "l'air un peu idiot", amoureux transi de Cassandra. Tout change le jour où s'installent dans le manoir voisin deux beaux et riches frères américains...
Cela aurait pu être le pitch d'un roman de Jane Austen et cela commençait comme tel : deux soeurs pauvres, deux frères riches, un château romantique, une narratrice romanesque... et en fait, cela n'est pas du tout ça : Le château de Cassandra est beaucoup plus cynique et beaucoup plus réaliste. Si l'héroïne s'appelle Cassandra, comme la soeur de Jane Austen et tout comme elle restée vieille fille, ce n'est pas pour rien : c'est pour rappeler que dans la réalité, tout ne finit pas bien, que l'amour n'est pas forcément réciproque et que tous les mots n'y changeront rien. Cassandra a beau être une narratrice extraordinaire, elle ne parvient pas pour autant à faire de sa vie un roman anglais du XIXe siècle et à tout arranger par des mariages et des fins heureuses. Sa vision romanesque et ses idéaux se heurtent en effet à la frivolité de sa soeur, à un quotidien trivial et à ses propres sentiments. Ainsi, la narration prend un tour inattendu dès la moitié du roman et, malgré la légèreté de l'écriture, se teinte d'une certaine mélancolie. Cassandra prend l'allure d'un petit clown triste, dépassée par des événements et des situations qu'elle ne maîtrise pas. Le château de Cassandra réussit donc l'exploit d'être à la fois drôle et tragique et de mettre en scène des personnages plus complexes qu'il n'y paraît, que ce soit le gentil Stephen ou l'énigmatique Neil. Classé en jeunesse et destiné à un lectorat d'adolescentes, le livre est paradoxalement délicat à conseiller. Nonobstant certaines longueurs, quels parents auraient envie d'acheter à leurs enfants un roman qui leur apprend que la vie n'est pas un conte de fées ?

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