Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 20:27

L05.jpg Promise

Ally Condie

éditions Gallimard Jeunesse

2010

 

 

Le jour de son premier banquet, Cassia est aux anges: c'est en effet le jour où elle va savoir avec qui la Société la destine à finir ses jours. Car, dans son monde, un monde futuriste, c'est la Société qui décide de tout: en fonction de vos aptitudes, de votre morphologie, de votre caractère et de votre hérédité, vous êtes classés et analysés. La Société vous nourrit, vous donne un travail, vous affecte un conjoint en fonction de critères bien précis, et vous fait même mourir à l'heure à laquelle elle le souhaite. Le hasard et la chance n'ont plus de place dans ce meilleur des mondes. Une situation qui jusque là n'avait jamais posé aucun problème à Cassia et encore moins le soir de son banquet lorsqu'elle découvre que son promis n'est autre que Xander, son meilleur ami. Mais quelques jours plus tard, en consultant la fiche de son futur époux, l'image se brouille un instant pour laisser entrevoir le visage d'un autre, celui de Ky Markham, l'une de ses connaissances. D'abord déterminée à ne pas se laisser troubler, Cassia, curieuse, ne peut s'empêcher de se rapprocher du jeune homme et tombe amoureuse de lui... Un sentiment que les Officiels réprouveraient à coup sûr et qui remet en cause tout le système sur lequel est bâti la Société.

C'est ce que j'appelle un beau gâchis. L'intrigue était intéressante et le monde futuriste plutôt bien pensé. Certes, la Société n'est pas très crédible: difficile d'imaginer un monde où les habitants ne posséderaient quasiment rien à eux et n'auraient que des distractions limitées. Il est malheureusement facile de croire Ally Condie quand elle évoque des gens réduits à des numéros et prêts à renoncer à toute liberté en échange de la stabilité. Mais les faire renoncer à leur petit confort personnel, à leurs biens? Allons donc! En revanche ce monde futuriste ne paraît pas si fou quand il évoque des rations de nourriture contrôlés (c'est pour éviter de manger trop gras trop sucré voyez-vous) ou les mariages arrangés (c'est un ordinateur qui se charge de ça, il ne peut pas se tromper, il choisit en fonction de critères rigoureux, etc.) Au nom de la sécurité, Cassia et les siens se plient à un ensemble de règles complètement absurdes qui ne les choquent même plus. ça ne vous dit rien?

Mais malheureusement, l'auteur gâche tout. Déjà par un style assez sirupeux et en donnant la parole à son héroïne qui est aussi intéressante qu'une endive. La Société est très peu décrite, rien à voir avec les descriptions flamboyantes de Westerfeld dans Uglies par exemple, si bien que le lecteur reste sur sa faim. Et puis surtout, il y a cette histoire d'amour insupportable entre Cassia et Ky. Purée, on est dans un monde futuriste et tout qui importe à Cassia c'est de savoir quand elle va pouvoir rouler une pelle à son gars! Ce n'est que minauderies sur fond de colline verdoyante, récitations de poèmes (aussi incongrus que Edward et Bella citant Jane Austen dans Twilight) et atermoiements sur la trahison faite à Xander (qui en même temps a le prénom typique du meilleur ami rigolo qui n'arrivera jamais à se faire aimer de l'héroïne, pas de chance) Nous on veut savoir le pourquoi du comment de la Société mais non, nous devons lire les états d'âme d'une gamine de seize ans. Ok, j'admets, c'est un roman pour ados. Et à coup sûr ça plaira aux ados; mais seulement aux ados. Et, je le répète c'est dommage car ça aurait pu être beaucoup mieux.

Par beux - Publié dans : Jeunesse
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 15:20

L02.jpg Des vies d'oiseaux

Véronique Ovaldé

éditions de l'Olivier

2011

 

Vida virevolte dans la grande villa climatisée de son riche mari, inquiète, solitaire. Cela fait bien longtemps qu'elle n'aime plus Gustavo. L'a t-elle seulement aimé un jour? Elle ne pense désormais plus qu'à sa fille, Paloma, qui a disparu un jour, crachant son mépris pour un père médecin, un bourgeois engoncé dans une vie plus que conventionnelle, et une mère d'origine modeste qui a renié son village natal et qui vit dans l'ombre de son mari. Vida sait que sa fille n'est pas très loin, qu'elle a suivi un amant désargenté et qu'ensemble ils s'installent dans les grandes demeures somptueuses de propriétaires en vacances, y compris parfois la sienne... Grâce à l'aide de Taïbo, un policier, elle part sur les traces de son enfant, l'occasion pour elle de renouer avec son passé mais, surtout, de pouvoir enfin après tant d'années se découvrir un avenir.

Que les choses soient bien claires, je ne suis pas follement accroc au style d'Ovaldé, à ses longues phrases sinueuses pleines d'interrogations (mais pourrait-elle faire autrement que de faire, non il ne fallait pas y penser car c'était mal mais si elle devait le faire, etc.) et aux parenthèses à rallonges qui parfois à mon sens coupe sérieusement le récit  (est-ce que je fais ça moi d'abord hein?) Ceci dit, c'est un choix stylistique assumé et parfaitement maîtrisé. Le lecteur peut avoir un peu de mal au début du récit, mais par la suite, il se laisse happer par une jolie histoire, celle de personnages qui, loin des préjugés et des aléas de la vie, essaient tant bien que mal de reconquérir leur liberté. Il y a Vida, l'épouse docile qui découvre que son existence n'est pas forcément lié à celle d'un mari tyrannique; il y a Taïbo, le policier qui découvre qu'il ne sert à rien de s'accrocher à un passé mort; mais il y a aussi Paloma qui se rend compte que sa liberté, paradoxalement, passe par l'attachement à un homme et que c'est seulement en se liant à lui qu'elle est enfin libre. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de dénigrer toute relation, qu'elle soit sentimentale ou filiale, il s'agit juste de montrer qu'une relation ne peut reposer sur l'idée d'une obligation  ou d'un devoir quelconque. On n'est pas forcé d'aimer un père violent ou un mari absent. L'amour repose sur un choix, illlustration parfaite avec Paloma qui choisit d'accompagner sa meilleure amie tout le long de sa maladie ou qui décide de fuir avec son amant, Adolfo,  parfaitement consciente du chagrin que cela causera à sa mère. Je déplore seulement l'image du père, sérieusement écorné dans ce roman, puisqu'il présente Gustavo comme un homme antipathique, plus intéressé par son argent et sa carrière que par sa famille, et le père d'Adolfo comme un homme violent et caractériel. Les femmes à l'inverse apparaissent comme de braves petites choses, ce qui me paraît un peu caricatural par endroits. C'est un détail qui ne m'a pas empêchée de savourer tranquillement une histoire pleine de tendresse rappelant, en ces temps où la jalousie et la possession sont les maîtres mots, que les oiseaux ne sont pas faits pour être mis en cage...

Par beux - Publié dans : Roman
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 20:58

L04.jpg Hate List

Jennifer Brown

éditions Albin Michel

2009

 

 

Au départ c'était juste un jeu entre Valérie et son petit ami, Nick, la liste de la haine. Une simple liste de noms de personnes qu'ils détestaient tous les deux: les gros durs qui leur menaient la vie dure au lycée, les BASF (Barbies Anorexiques Salopes et Friquées), les profs qui leur collaient de mauvaises notes, certains membres de leurs familles respectives... Pour Valérie rien de bien sérieux, pas plus que les mails suicidaires de Nick ou ses déclarations morbides. Jusqu'au jour où l'adolescent déclenche une fusillade à la cantine, ouvrant le feu sur les gens de la fameuse liste pour finir par retourner son arme contre lui-même. Cinq mois plus tard, Valérie fait sa rentrée, retournant au lycée pour affronter le regard de ses camarades et faire face à ses propres questions: pourquoi Nick a-t-il fait ça? Est-elle responsable et pourquoi n'a-t-elle rien vu venir? Les autres pourront-ils lui pardonner cette fameuse liste qui pour elle n'a jamais été rien d'autre qu'un défouloir?

Découvert grâce au blog d'une consoeur que je tiens à remercier pour cela (http://domino.blogueuse.fr/hate-list-jennifer-brown-a38243146) Hate List est vraiment un beau roman qui avec beaucoup de justesse décrit le parcours d'une adolescente qui voit sa vie et ses certitudes voler en éclats. Valérie était persuadée que Nick et elle formaient un rempart contre le monde entier. Mais Nick est mort, emmenant avec lui tout ce qu'elle croyait savoir, et en accomplissant un acte qu'elle ne peut cautionner. Les bourreaux d'hier sont maintenant victimes et Valérie doit reprendre sa vie en faisant face aux survivants. Les alliés sont devenus des ennemis, certains ennemis sont devenus des alliés. Sa famille elle-même la regarde différemment... Le personnage de Valérie est émouvant de sincérité, adolescente tiraillée entre un amour qu'elle croyait parfait et une réalité atroce. Les autres personnages sont également une réussite, décrits tout en finesse, y compris Nick, vu à travers les yeux amoureux de l'héroïne. Oscillant entre passé et présent,  le récit a un bon rythme qui ne faiblit pas et qui mélange souvenirs d'avant et d'après la fusillade et interrogations actuelles de l'héroïne. Aucun manichéisme dans l'histoire, pas de complaisance non plus, mais un regard acéré sur une société indifférente qui, à sa manière, est également responsable de la fusillade. Hate List est un récit un peu triste, parfois à la limite de la mièvrerie, surtout vers la fin, mais qui délivre une très jolie leçon: qu'il est beaucoup plus facile de haïr et de voir le mauvais côté des gens que de tout simplement essayer, de temps en temps, de comprendre ce qu'ils ont dans la tête...

Par beux - Publié dans : Jeunesse
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 19:22

L06.jpg Les chants de la terre

La chasse sauvage t.1

Elspeth Cooper

éditions Bragelonne

2011

 

Amis aspirants écrivains, réjouissez-vous: aujourd'hui nous allons parler de l'art et la manière de faire un ouvrage de fantasy. Je vous arrête, je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un bon ouvrage. Nous allons faire comme l'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui. Nous allons prendre toute une série d'ingrédients standards pour en faire une bouillie qui est à la littérature ce que le fast-food est à la gastronomie.

Prenons déjà un titre évocateur, plein de poésie, rappelant à la fois la beauté de la nature et la tristesse des hommes. Ici il s'agit des Chants de la terre mais vous pouvez aussi appeler aussi votre prose Les silences de la mer, l'herbe des prés, L'oiseau de feu, Le regard de la truie... tout ça sonne mystérieux et mélancolique, d'entrée de jeu vous avez conquis votre lectorat.

Vous avez votre titre passons aux personnages. Pour le héros, il faut obligatoirement un orphelin (dès fois qu'on puisse lui inventer une prestigieuse famille dans le second volume de la série) un peu niais mais plein de bonne volonté et qui conjugue force physique (un maigrichon faiblard, ça perd de son panache quand même) et force mentale. Hop, voici Gair, notre protagoniste abandonné devant une église et qui entré dans les ordres des années plus tard, se fait excommunier parce qu'il entend le chant de la magie. Battu et chassé, il est heureusement recueilli par Alderan, le vieillard incontournable, plein de sagesse et de magie qui le prend sous son aile et l'emmène dans une sorte d'école pour apprendre à contrôler ses pouvoirs. Je vous rassure, Gair n'en a pas besoin; il est tellement fort à l'épée et tellement doué en magie que tous les hommes le jalousent et toutes les femmes soupirent d'amour en le regardant. Ce qui nous amène à la question de l'amoureuse. Gair ne peut passer toute sa vie seul à manier l'épée avec d'autres hommes en transpirant, ça ferait jaser. Dans la fantasy, il y a deux options d'héroïnes: soit la femme explosive, aussi forte qu'un homme et un peu cochonne, soit la douce oie blanche un peu timide mais avec des pouvoirs insoupçonnés. Là l'auteur hésitait donc elle en a mis deux: il y a Aysha, le prof de Gair,  une rebelle qui peut se transformer en animal comme lui et avec qui il fait sauvagement l'amour, et Tanith, l'amoureuse silencieuse, qui le soigne tendrement  parce que c'est une super guérisseuse et avec qui on sait que forcément le petit canaillou finira un jour quand même même s'il préfère pour l'instant faire des galipettes avec l'autre. Ajoutez à tous ces personnages le copain rigolo (Darin), pas très  doué sauf aux échecs mais qui fait plein de blagues pourries et avec qui le héros se sent bien et deux trois autres protagonistes cités pêle-mêle et qui n'ont d'intérêt que dans la scène finale lorsqu'ils meurent (ça donne un côté tragique). Personnages Ok, on passe au décor. Bien évidemment un monde un peu moyen-âgeux avec une Eglise toute-puissante: on change subtilement les noms (Saint Jean devient saint Ioan, la croix devient un chêne) histoire de dire mais voilà et face à cette institution nécrosée et pleine de vieux on oppose les magiciens fougueux et communiant avec la nature. L'intrigue? Gair ne peut pas rester tranquillement dans son école à rien faire, il lui faut un méchant vraiment méchant qui veut a) s'emparer d'un talisman magique pour b) briser le voile entre deux mondes et faire venir des démons. Huum ça me rappelle quelque chose et vous? Je vous rassure, la fin du monde n'est pas pour tout de suite, Gair est là et l'auteur a l'intention de faire une série pas un one shot. On met donc quand même une scène finale tragique, des gens qui pleurent de partout, un héros meurtri par la vie mais qui a terminé son apprentissage et qui est maintenant résolu à tuer le méchant vraiment méchant pour sauver le monde. Après cela, on boucle le premier tome avec un soupir de satisfaction et on envoie le tout à Bragelonne, éditeur spécialisé dans la  bonne vieille fantasy commerciale mais pas vraiment très originale. Voilà c'est fait! Félicitations vous venez de faire un mc Do littéraire. Gare aux indigestions...

Par beux - Publié dans : Héroïc-Fantasy
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 12:16

L08.jpg Les Dolce t.1

Frédéric Petitjean

éditions Don Quichotte

2011

 

 

Nous sommes à New York en 2011. La dernière famille de magiciens, les Dolce, y vivent de façon anonyme, pourchassés par la Guilde Noire, une société qui a juré leur perte. Il y a les parents, le père placide et la mère impulsive, le grand-père gâteux qui du fait de son âge canonique (les magiciens vivent bien plus longtemps que les humains) se croit parfois encore à l'époque impériale, le fils musicien qui aimerait s'émanciper, et la petite peste de fille qui, à la veille de son intronisation magique, souhaiterait uniquement faire usage de ses pouvoirs pour se faire gonfler la poitrine... Un éclat du grand-père, un oubli du petit-fils, une crise de la petite-fille et voilà les Dolce repérés par leurs ennemis et contraints de fuir... Mais où?

ça démarrait tellement bien... La famille Dolce il faut le reconnaître est très réussi et dès les premières pages on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures de ces magiciens pas comme les autres: un vieux qui, loin d'incarner la sagesse toute-puissante, perd les pédales, une adolescente tête à claques tendance gothique qui ne rêve que de poitrine refaite et de coucher avec le meilleur ami de son frère, une magicienne caractérielle qui s'essaie avec maladresse à l'amitié avec une humaine. Il ne faut pas non plus oublier la souris immortelle qui loge dans la barbe du grand-père ou encore le chat en peluche qui s'anime quand sa propriétaire est à ses côtés. On saluera également les trouvailles très "visuelles" de l'auteur: le bus magique, la maison qui s'étire ou se rétrécit, le pouvoir des magiciens d'agir sur les matières non travaillées par l'homme... C'est frais et amusant. Le passage où les Dolce invitent des humains et tâchent de donner le change est vraiment très drôle ainsi que les crises nombreuses de la petite dernière.

Alors où ça coince? Pas au niveau du style qui est plutôt pas mal, même si je déplore justement le côté trop "visuel" de l'auteur au détriment d'un travail plus poussé sur les personnages secondaires. A dire vrai, autant les Dolce sont attachants, autant les autres sont inintéressants: le vieux professeur érudit, ancien ami de Rodolphus le père,  et sa cruche de fille, Virginie (vous le saurez en littérature c'est désormais établi: les Virginie sont des oies blanches mais surtout des bécasses sans cervelle) sont consternants de bons sentiments. A l'inverse, les "méchants" à la poursuite des magiciens, sont au contraire caricaturaux, personnages typiques de films américains qui éclatent d'un rire sinistre en se frottant les mains.

Mais mon plus grand reproche réside dans une action interminable et mal menée. Au lieu de s'attacher à un seul point de vue, l'auteur saute de personnage en personnage sans souci de liaisons et donne à son intrigue une certaine confusion et à mon sens, une lenteur insupportable. Beaucoup de scènes ne présentent aucun intérêt et l'histoire s'étire en longueur pour au final pas grand-chose. J'étais contente de commencer le livre, j'étais profondément soulagé de le finir. Dommage pour les Dolce: ils n'ont pas eu le traitement qu'ils méritaient. A voir ce que cela donnera par la suite.

Par beux - Publié dans : Jeunesse
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