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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 18:26

L06.jpgComplètement cramé !

Gilles Legardinier

éditions Pocket

2012

 

Allez il m'en manquait un de Legardinier et une amie m'assurait que celui-ci était le meilleur. j'espère qu'elle ne m'en voudra pas trop pour cette note.

Andrew Blake, sexagénaire anglais, déprime sec depuis la mort de sa femme et l'éloignement de sa fille. Aussi pour changer d'air décide-t-il d'aller en France, pays natal de sa défunte épouse et de devenir majordome au service d'une veuve isolée. Là il va faire la connaissance de la cuisinière Odile, du régisseur Philippe, de la femme de ménage Manon et, bien évidemment de sa patronne Nathalie, la châtelaine. Au contact de ces personnalités aussi différentes qu'attachantes, Andrew va reprendre goût à la vie.

Bon, ce qui est pas mal dans ce roman c'est que pour le coup Legardinier renonce à ses héroïnes habituelles, ces jeunes femme en fleur gourdes qui aspirent au grand amour, pour nous décrire un héros un peu plus atypique, un homme qui commence à être sur le déclin et qui est persuadé que le meilleur est derrière lui. De même j'ai apprécié l'intrigue qui tient presque du huis-clos et qui s'articule essentiellement autour des relations entre les personnages, tous ces êtres profondément seuls mais qui, au contact des uns des autres, vont s'épanouir. Hélas, là où ça se gâte c'est dans la tendance de Legardinier à en faire des tonnes : au lieu de développer ces relations et d'en montrer toute l'ambiguïté et l'évolution (il y aurait eu par exemple quelque chose de très sympa à faire avec Philippe et Odile) l'auteur se contente de les simplifier à l'extrême (tout le monde s'aime et s'entend bien en deux coups de cuillères à pot) et d'opposer à ce groupe soudé et gentil un monde hostile et des "méchants" si caricaturaux qu'ils en deviennent irréalistes et ridicules, d'autant plus qu'ils répondent à des clichés : l'entrepreneur sans scrupules, l'aristocrate coincée et fourbe, les agents immobilers véreux... Sous couvert de faire triompher le "bien" l'auteur valorise une idéologie dangereuse où tous les moyens sont bons pour rendre "justice" y compris électrocuter une vieille dame (mais elle est méchante donc ça va) ou braquer des hommes (mais ils veulent dépouiller la propriétaire donc ça va aussi). Personnellement je trouve ça très limite et vraiment pas subtil. Enfin, ce qui m'a hérissée le plus dans Complètement cramé ! ce sont les dialogues. Pourquoi mais pourquoi l'auteur s'obstine-t-il à vouloir tout expliquer, tout analyser, tout commenter ? Prend-il vraiment ses lecteurs pour des idiots incapables de saisir la caractère d'Andrew ou la solitude d'Odile si on ne leur explique pas par A + B ? Résultat : les échanges sont tout simplement irréalistes et insupportables et j'ai plusieurs fois levé les yeux au ciel devant ces discours dégoulinants de guimauve et d'humour gras. Pour Legardinier je serais une méchante, comparable à la vilaine vieille dans le livre qui taxe toute gentillesse de mièvrerie parce qu'elle ne connait que le cynisme et la méchanceté. Argument fort commode qui lui permet d'éluder les faiblesses de son style et qui encore une fois démontre un manque de subtilité : on peut aimer les bons sentiments sans les voir étalés sur la place publique, on peut être apprécier les histoires d'amour qui ne se limitent pas à des gloussements hystériques ou à des considérations ridicules sur la différence entre les hommes et les femmes. On peut être cynique sans être mauvais, amoureux et pudique ou aimer les romans qui n'ont pas besoin sans cesse de se justifier. C'est pour ma part ce style moralisateur, mièvre, pontifiant et faussement naïf qui m'a très vite lassée dans Complètement cramé! et qui me fait dire que, cette fois, c'est définitif, j'en ai fini pour de bon avec Legardinier et ses romans.

Published by beux - dans Roman
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 19:16

L03.jpgLa mare au diable

George Sand

éditions Le livre de Poche

1846

 

Germain est veuf depuis deux ans déjà et ses beaux-parents le pressent pour qu'il trouve une nouvelle mère à ses trois enfants, d'autant plus qu'il a déjà vingt-sept ans et que, passé la trentaine, il aura du mal à se caser (je ne veux AUCUN commentaire). Le voilà donc réduit à aller dans une paroisse voisine pour y faire la connaissance d'une promise potentielle, une riche veuve. Il fait route avec la jeune Marie qui doit quitter sa mère pour chercher une situation dans une ferme éloignée, et avec son fils aîné, le petit Pierre. Mais voilà que dans la forêt les brumes se lèvent, leur cheval s'enfuit et tout ce petit groupe se retrouve contraint de passer la nuit près de la Mare au Diable. Une complicité se crée entre Germain et Marie mais les tentations surgissent également dans ce coin isolé où le voyageur semble destiné à s'égarer.

Si La petite Fadette était l'un des romans préférés de ma jeunesse, j'avoue avoir été plutôt déçue par La Mare au Diable, court roman écrit en quatre jours et qui paraît de prime abord une bluette champêtre à mille lieux de la réputation sulfureuse de son auteur... Bien évidemment, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : La Mare au Diable est plus complexe qu'il n'y paraît. Le roman s'apparente presque à un conte en réalité : le héros, naïf malgré son âge, (il obéit à ses beaux-parents en tout) part en voyage flanqué d'une héroïne et d'un "auxiliaire", son fils, qui est ici moins un enfant que l'incarnation de la raison. Dès le début du voyage il exprime clairement à son père son intention de faire de Marie sa nouvelle mère. Germain, durant la nuit qu'il passe près de la Mare au Diable, affronte de nombreuses tentations qu'il vit comme autant d'épreuves. Ces épreuves le font grandir, lui font prendre conscience de l'amour qu'il éprouve pour Marie et le pousse ainsi à se dégager de la tutelle bienveillante de son beau-père. Aussi, si j'avoue être moyennement réceptive au style de George Sand dans cet ouvrage, ce ton volontairement naïf et cet éloge de la simplicité de la vie campagnarde, je suis plus touchée par le symbolisme de l'histoire et par sa "morale" : alors qu'on croit que Germain va écouter la voix de la raison et choisir une femme plus riche et plus âgée, il écoute son coeur et fait un mariage d'amour. George Sand mêle également à sa courte histoire légendes berrichonnes et traditions locales et propose à ses lecteurs une partie champêtre qui, à défaut de me séduire totalement, en convaincra sans doute bien d'autres.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 20:16

L02.jpgLady Helen

Le Club des mauvais jours

Alison Goodman

éditions Gallimard Jeunesse

2016

 

Nous sommes en 1812, en Angleterre, sous l'époque de la Régence. Alors que le pays enchaîne les guerres avec la France, la jeune Lady Helen Wrexhall s'apprête à être présentée à la reine et à faire ses premiers pas dans le monde. Mais, alors que les bals et les visites s'enchaînent, d'étranges événements ont lieu : une bonne de la maison disparaît mystérieusement, un cousin à la réputation sulfureuse, Lord Carlston, semble s'intéresser particulièrement à notre héroïne et Helen elle-même se rend compte qu'elle développe d'étranges pouvoirs. Bientôt elle découvre que le monde qu'elle connaît dissimule un autre monde, rempli de créatures surnaturelles et d'hommes et de femmes qui les combattent sous le nom du Club des mauvais jours. Helen se joindra-t-elle à eux ?

Dans l'esprit, ça ressemble beaucoup aux romans de Carriger : un ouvrage historique avec du surnaturel, des héroïnes bien nées qui ont de supers pouvoirs... Le principe est plutôt sympa de ce fait puisqu'il mêle l'univers des ouvrages de Jane Austen à un univers plus sombre, presque gothique. Le souci de ce premier volume en revanche c'est qu'il est un peu longuet, plus de cinq cent pages, et que l'intrigue ne s'accélère vraiment jamais. Sans être ennuyeux, il y a donc quelques battements dans une histoire qui ceci dit n'est pas désagréable. Les clichés abondent, certes (le beau et ténébreux Carlston qui cache une grande sensibilité sous son aspect bourru, Lady Helen tiraillée entre deux hommes) mais le fantastique est bien mis en scène, avec des descriptions qui ont le mérite d'être extrêmement vivantes. Affaire à suivre...

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 13:41

L04.jpgLe garçon au sommet de la montagne

John Boyne

éditions Gallimard Jeunesse

2015

 

Pierrot est un gentil garçon qui, à la veille de la seconde guerre mondiale, vit seul à Paris avec sa mère depuis que son père, ancien soldat, les a quittés avant de mourir. Mais voilà que sa mère meurt à son tour, le laissant orphelin et contraint d'abandonner sa vie en France, son ami Anshel et son chien D'Artagnan, pour aller habiter avec sa tante, gouvernante, dans une maison en haut d'une montagne, résidence secondaire d'un certain Hitler.

Comme je l'ai déjà dit, Pierrot est un gentil mais c'est un enfant petit, un enfant seul et un orphelin qui a besoin de retrouver une famille. Le garçon au sommet de la montagne c'est l'histoire d'une corruption, d'un garçon qui se laisse fasciner par une idéologie et happer peu à peu par une personnalité forte au point d'oublier tout ce qu'il est. Le livre dérange, met très mal à l'aise car on l'aime bien ce petit Pierrot, enfin au début. De plus, la narration est toute entière de son point de vue ce qui fait qu'on se retrouve "contraint" de se mettre à sa place. Aussi, lorsque les pensées puis les actes deviennent de plus en plus sombres, le lecteur se débat et s'indigne, allant même jusqu'à ressentir de la haine pour ce héros qui était pourtant si attachant. C'est un témoignage utile et original sur la seconde guerre mondiale qui, fait rare en jeunesse, adopte le point de vue du bourreau et non de la victime. Il ne s'agit pas d'un bourreau actif : Pierrot n'est qu'un adolescent en 1945, cependant il a du sang sur les mains, versé qui plus est en toute bonne foi. Et c'est peut-être ça le pire.

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 12:01

L02.jpgDis-moi si tu souris

Eric Lindstrom

éditions Nathan

2015

 

Parker est une adolescente de seize ans qui a une petite particularité : elle est aveugle depuis ses sept ans, depuis l'accident de voiture qui a également coûté la vie à sa mère. Voilà que son père vient de mourir à son tour (suicide ou accident, nul ne le sait) et que Parker se retrouve à partager sa maison avec son oncle, sa tante et leurs deux enfants. C'est dans ce contexte que la jeune fille fait sa rentrée scolaire et retrouve son meilleur ami et petit copain Scott à qui elle n'a pas parlé depuis trois ans, depuis que ce dernier l'a trahie...

Elle n'est pas franchement sympathique Parker : sûre d'elle, un peu égocentrique, caractérielle, grande gueule... Pour ma part j'ai eu beaucoup de mal à m'attacher à ce personnage et ce n'est que lorsque la façade se fissure et que l'orpheline un peu perdue apparaît que j'ai commencé à être plus réceptive. Si histoire d'amour il y a, Dis-moi si tu souris est avant tout l'histoire d'un deuil : Parker peu à peu accepte l'idée d'avoir perdu son père et de le pleurer. Inutile donc de vous le cacher, c'est très larmoyant : Parker passe son temps à s'effondrer dans les bras de ses amis et, quand ce n'est pas elle, c'est sa copine Sarah ou sa cousine Sheila. Bref, il y a beaucoup de pleurs et de grandes déclarations d'amour ou d'amitié, ce que mon coeur de pierre a fini par trouver assez lourd et ennuyeux. J'ai été plus intéressée par l'écriture. Parker étant aveugle, il n'y a aucune réelle description dans le récit et les personnages prennent une dimension toute particulière : ce sont des voix au téléphone, des êtres qui ne se révèlent qu'au détour de dialogues : Sarah porte souvent des pantalons de joggings, Molly est métisse et plutôt enrobée... Tout cela donne paradoxalement au roman un côté très vivant et très original. Bon, après il faut aimer les histoires d'amour entre adolescents, les trahisons, les fous rires et les tours de stade et, pour le coup, je crois que j'ai passé l'âge.

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 13:30

L03.jpgMon ami Arnie

Jeremy Behm

éditions Syros

2016

 

A Ithaca l'ambiance est un peu tendue depuis qu'un tueur en série sévit en laissant des jeunes femmes mortes un peu partout. Mais le jeune Fox (nommé ainsi en hommage à X-Files) n'en a pas vraiment cure. Il est amoureux de la belle Mia et désire lui offrir la bague de ses rêves. Manque de chance, il se fait voler par les brutes de son lycée et se retrouve à court d''argent. Aussi accepte-t-il l'offre inattendue d'Arnie, un camarade de classe : cambrioler la propriété du père de ce dernier. Mais pourquoi Arnie veut-il faire du tort à son géniteur ?

Oui, vous le constaterez par vous-même, ce livre est franchement barré et, à dire vrai, assez amoral, ce qui est reposant. L'histoire est étrange et le ton résolument cynique, l'auteur pratiquant un humour des plus noirs. ça aurait pu être un véritable coup de coeur si l'intrigue n'était pas gâchée par un style médiocre, peinant entre différents registres, et des dialogues ratés. Je n'adhère pas non plus au choix que fait l'auteur d'alterner le récit entre les différents personnages. Cette pratique très à la mode nuit à mon sens à l'histoire dans ce cas précis. Ainsi je suis sortie perplexe de cette lecture, me demandant si l'originalité pouvait compenser les défauts d'écriture de l'ensemble. A vous de vous faire votre opinion.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 18:37

L03.jpgLa prochaine fois ce sera toi

La brigade de l'ombre tome 1

Vincent Villeminot

éditions Casterman

2016

 

Après U4, Vincent Villeminot fait de nouveau cavalier seul avec une nouvelle série, La brigade de l'ombre. Dans cette brigade un peu particulière, Léon Markowicz et son équipe de bras cassés, flics au rencart et scientifiques douteux, enquêtent sur les goules, des êtres humains qui, à l'image des loups-garous, se transforment en créatures ignobles et assoiffés de sang. L'histoire se complique lorsqu'un jour Léon tombe sur un cadavre qui semble attaqué par une goule, attaque qui se révèle une mise en scène pour attirer l'attention du commissaire. Ce dernier ne tarde pas à se rendre compte que sa famille, son ex-femme et ses deux filles, est particulièrement menacée.

Il y a du bon et du moins bon dans cet ouvrage. Déjà, rendons grâce au Ciel, Vincent Villeminot a retrouvé sa patte d'écrivain qu'à mon sens il avait perdu avec Stéphane, oeuvre de commande, et nous propose un récit solide, une intrigue sans temps mort et un style fluide. Cette nouvelle série a également un atout de taille, celui de nous proposer une incursion dans le roman noir, ce qui est rare dans une littérature destinée aux adolescents. Mais cette originalité est également ce qui fait la faiblesse de La prochaine fois ce sera toi : Vincent Villeminot s'efforce de créer un univers entre Fred Vargas et Adler-Olser tout en l'adaptant à un public ado. Or, pour ma part je ne trouve pas le résultat probant puisqu'en parallèle de l'enquête de Markowicz, le lecteur suit les amourettes insignifiantes de sa fille Fleur, ce qui fait osciller le récit entre deux registres peu compatibles. Enfin, je ne suis pas non plus convaincue par les personnages : à vouloir à tout prix en faire des êtres à part (la petite soeur étrange, la policière prompte à la gâchette, le commissaire alcoolique) l'auteur tombe dans la surenchère et la caricature. Cependant, ces quelques imperfections sont compensées par un final inattendu. Aussi, sans être débordante d'enthousiasme, j'accorde à cette nouvelle série le bénéfice du doute, histoire de voir si Villeminot arrive à se débarrasser de ses références littéraires pour nous proposer quelque chose de vraiment unique.

 

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 20:45

L01.jpgMoi et les Aquaboys

Nat Luurstema

éditions Gallimard Jeunesse

2016

 

L'été de ses quinze ans, Louise voit ses rêves exploser en vol lorsqu'elle rate l'épreuve de natation aux sélections pour les Jeux Olympiques. Elle qui ne vivait que pour la nage se retrouve soudain avec énormément de temps libre et fait sa rentrée seule au lycée puisque son amie de toujours Hannah, elle, a été sélectionnée. La voilà à la recherche de nouveaux amis mais ce n'est pas gagné car, hors de l'eau, Louise brille surtout par sa maladresse et sa timidité. Un jour elle retourne à la piscine et tombe sur trois garçons de son lycée qui l'embauchent pour une mission un peu spéciale : les entraîner en vue d'une émission de téléréalité.

Ecrit à la première personne du singulier, Moi et les Aquaboys est encore une fois la preuve qu'un roman adolescent peut être drôle sans être lourd. Louise est un personnage très attachant, grande fille gauche qui est en perpétuel décalage avec les autres. Autour d'elle gravitent des protagonistes tout aussi intéressants : le couple de parents divorcé mais qui vit toujours ensemble, la grande soeur à la pointe de la mode, l'amie obsédée par la compétition et par son poids... Les situations s'enchaînent, hilarantes, centrées essentiellement sur Louise et son trio de beaux gosses, formant à eux quatre un groupe improbable. Il faut ajouter à cela une "morale" assez positive puisque l'auteur, sans la dénigrer totalement, met en garde ses lecteurs contre une compétition excessive : ainsi Louise sortie des courses de natation découvre que sa vie ne peut se résumer à ça tandis qu'Hannah, entraînée et surmenée est tellement poussée par ses parents qu'elle manque en perdre la tête. Pour Nat Luurstema; gagner ou perdre n'a au fond pas vraiment d'importance : Louise a le sentiment d'être une perdante, son père, au chômage depuis un certain temps, également. Ce n'est pas grave nous dit l'auteur : l'essentiel c'est de se relever et de poursuivre son petit bonhomme de chemin, peu importe où il mène. Cette vision optimiste et bienveillante de la vie ainsi que le ton léger du récit font de Moi et les Aquaboys l'un de mes coups de coeur des romans jeunesse de l'été.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 12:08

L02.jpgLes Âmes mortes

Gogol

éditions Gallimard

1842

 

Tout commence par Pouchkine qui "donne" à son ami Gogol une idée d'histoire : celle d'un opportuniste peu scrupuleux qui parcourrait le pays à la recherche d'âmes mortes. Les âmes mortes dans la Russie du 19e siècle, ce sont ces serfs qui sont morts entre deux recensements et qui, de fait, continuent de vivre de façon administrative. Gogol adopte avec enthousiasme le projet et se lance dans la rédaction des Âmes mortes : Tchitchikov, un homme affable, courtois et énigmatique se lie avec différents propriétaires plus ou moins riches et leur fait une demande curieuse : il leur demande de lui céder leurs serfs décédés et se constitue donc ainsi, petit à petit, un curieux héritage. Mais dans quel but ? Le lecteur ne saura jamais exactement le comment du pourquoi car Les Âmes mortes rendit Gogol fou : après des années d'écriture, il jeta la quasi-totalité de la seconde partie du roman au feu et mourut une semaine après. J'ai envie de dire que c'est plutôt dommage car la première partie du texte est vraiment très réussie : Gogol décrit avec beaucoup d'humour et d'ironie une société russe sclérosée, étouffant sous le poids de la paperasse et de propriétaires sans scrupules. La caricature y est plaisante et on rit volontiers, que ce soit devant le tapageur Nozdriov, roublard qui jouerait sa vie aux dés, ou devant l'éthéré Manilov et sa femme dont la candeur et l'inconsistance sont cruellement soulignés par un auteur en verve. Bien évidemment, le personnage le plus intéressant de l'histoire reste Tchitchikov, ce héros doucereux aux intentions confuses qui adapte son langage en fonction de son interlocuteur et qui a la flexibilité du roseau.

Tout se gâte dans la seconde partie qui n'est d'ailleurs composée que de fragments. Outre que le ton de Gogol se fait plus didactique et plus moralisateur, le récit perd son unité : à peine avez-vous commencé à vous immerger dans une nouvelle situation que la narration s'interrompt brutalement et que vous passez de but en blanc à un autre fragment. Le résultat est inévitable : le lecteur décroche petit à petit jusqu'à perdre tout intérêt pour l'histoire. Dommage. Jamais la notion d'oeuvre inachevée n'a pris autant de sens.

 

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 15:39

L06.jpgLa fête est finie

Olivier Maulin

éditions Denoël

2016

 

Picot et Victor sont deux copains un peu paumés dans la vie : tandis que Victor, plutôt simple d'esprit, passe ses journées vautré sur le canapé à écouter Bach, Picot s'efforce de dégotter un travail. Il finit par dénicher pour son pote et lui un boulot de vigiles de nuit dans un parc de campings-cars. Ils sont tellement doués qu'ils s'endorment dans l'un des véhicules dès la première nuit et se le font voler par des roumains. Après quelques pérégrinations, ils atterrissent en Alsace où ils décident de s'installer dans un camping isolé. Là y vivent Rirette et son père, deux survivalistes convaincus que le monde court à sa perte et qu'il faut se préparer au pire.

Mouais. C'est supposé être drôle mais, franchement, je n'ai pas plus adhéré que ça. Le style est plus que léger avec ma bête noire, des points d'exclamation à toutes les sauces, histoire je suppose de rendre le récit plus vivant. L'erreur était de mener le récit à la première personne (c'est Picot qui raconte l'histoire) ce qui fait que toute distanciation est impossible. Surtout, ce qui m'a le plus gênée dans La fête est finie, c'est l'idéologie que j'ai trouvé assez malsaine. Si l'auteur pose un constat lucide sur l'écologie et la croissance, il le défend par l'intermédiaire de personnages alcooliques, de demeurés, de ploucs alsaciens et d'un nain espagnol à moitié fou qui à tous leurs problèmes ont une seule solution : le fusil. Maulin a beau y faire, j'ai eu du mal à m'attacher à cette clique qui fleure bon un populisme malsain sous un humour lourdingue (les situations amusantes sont tellement forcées qu'elles en perdent tout leur sel) et une ironie maladroite (le roumain qui explique que s'il est accusé de vol, il ira se plaindre à une association). Difficile de dire si l'auteur est sérieux et s'il adhère réellement aux propos de son narrateur et de sa bande, regrettant le Moyen-âge et adepte du braconnage et de la vie dans les bois. Je suppose qu'il faut faire le tri entre le bon grain et l'ivraie mais, pour ma part, j'ai très vite décroché de cette histoire profondément déprimante au fin fond d'une Alsace chauvine même si le personnage de Totor et quelques situations ça et là m'ont fait sourire. Pas suffisant pour  encenser un livre prétentieux et pas franchement bien écrit.

Published by beux - dans Roman
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