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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 15:54

L01.jpgChemins toxiques

Louis Sachar

éditions Gallimard Jeunesse

2015

 

Depuis que la brute de l'école, Chad, l'a pris en grippe, la vie de Marshall, élève de 5e, est devenue un enfer. Aussi c'est pour l'éviter qu'il décide un soir de rentrer chez lui par les bois qui entourent l'établissement Woodridge, ce qui est formellement interdit, entraînant avec lui sa jeune voisine Tamaya qui n'a pas le droit de rentrer seule. Leurs ennuis ne font que commencer car, non seulement Chad va les suivre, mais il s'avère bientôt que des phénomènes étranges ont lieu dans cette forêt étrange, centre d'expérimentations secrètes.

Il y a quelque chose d'assez angoissant dans Chemins toxiques qui joue sur de nombreuses peurs : les peurs "classiques", les brimades et l'exclusion, la peur de l'inconnu avec la forêt sombre et menaçante du conte de fées, mais aussi des peurs plus "actuelles" si j'ose dire, avec une réflexion écologique très intéressante. Niveau style, on est sur quelque chose de très soigné et l'intrigue est menée tambour battant avec une subtile gradation dans l'angoisse. Ce qui est intéressant, c'est que même si les trois enfants, Tamaya, Marshall et Chad sont les héros, leurs rôles restent finalement restreints. Ils ne sauvent pas grand-monde mais peuvent cependant à leur échelle avoir un impact sur les événements en train de se produire. Ni victimes ni sauveurs, leurs personnalités n'en sont que plus attachantes et le lecteur peut tout aussi bien ressentir de la sympathie pour la courageuse petite Tamaya que pour le plus timoré Marshall. C'est donc une très belle découverte que ce roman qui me donne envie du coup de découvrir Le passage, l'oeuvre la plus connue de Louis Sachar, l'auteur de Chemins toxiques.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 13:25

L01.jpgLe grand roman de ma petite vie

Susie Morgenstern / Albertine

éditions La Martinière Jeunesse

2016

 

Bonnie Bonnet est une collégienne pétrie de doutes. Se laver les cheveux ou non ? Jeans ou robe ? Se fier à son amie Dorélie ou s'en méfier ? Il faut dire qu'entre une mère surchargée de travail, un père remarié qu'elle voit rarement et une grand-mère parfois envahissante, Bonnie a bien du mal à s'imposer et à prendre ses propres décisions. Aussi, lorsqu'elle tombe amoureuse de Carl, un garçon qui, tout comme elle a gagné un concours d'écriture, la voilà un peu paniquée d'autant plus que, dans sa famille, les femmes ne sont pas très douées pour garder les hommes.

Ce roman pour les 10-12 ans est d'une grande fraîcheur. J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Susie Morgenstern dans cette histoire drôle et parfois émouvante (le passage de la rédaction de Bonnie est tout simplement magnifique) d'une madame Indécise qui essaie de se faire une place au milieu des siens et d'affirmer sa personnalité au milieu des amis et de la famille. Il faut avouer aussi que c'est reposant de lire un ouvrage pour la jeunesse sans drames, sans leçons de morale lourdingues et sans bons sentiments. Cela n'empêche pas l'auteur d'aborder des thèmes d'actualité (divorce, familles recomposées) mais toujours avec légèreté et sans en faire des tonnes. Au final, ce qui m'a le moins plu dans Le grand roman de ma petite vie ce sont les illustrations : je n'accroche pas du tout au style. Que cela ne vous empêche pas de jeter un coup d'oeil à ce roman destiné à un jeune public et qui reste très agréable à lire pour les adultes également.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 18:43

L02.jpgParanoïa

Melissa Bellevigne

éditions Hachette

2016

 

Lisa Hernest est une psychiatre renommée à qui on ne fait appel que pour les cas complexes. Mais, si sa vie professionnelle est une réussite, sa vie privée l'est moins : stérile, Lisa a du mal à accepter l'idée qu'elle ne portera jamais de bébé et noie son chagrin dans le travail au grand dam de son conjoint Paul. C'est dans ce contexte que Lisa est appelée à l'institut Saint-Vincent pour y rencontrer une nouvelle patiente. Son nom est Judy Desforêt, elle a vingt ans, souffre d'hallucinations et de paranoïa et, surtout, est enceinte. Mais de qui ? Entre les deux femmes se noue une forte complicité et, presque malgré elle, Lisa en vient à se laisser prendre par l'histoire étrange que lui raconte la jeune fille, mettant en scène Alwyn, un homme que seul Judy peut voir...

J'ai été partagée sur ce roman. L'intrigue me semble assez faiblarde et irréaliste. Comprenez-moi : je sais très bien que nous sommes dans le fantastique mais, justement, pour que le fantastique fonctionne, il faut par ailleurs que la fracture entre la réalité et le surnaturel soit clairement marquée. Or, ici, le postulat de départ ne tient pas : une jeune femme se fait violer dans la rue : personne ne s'avise de savoir si elle a été violée. Cinq mois plus tard on retrouve la jeune femme enceinte, oh surprise ! C'est moi ou ça me semble un peu tiré par les cheveux ? C'est dommage car, par ailleurs, le style du roman est impeccable : simple mais efficace, avec des personnages attachants, que ce soit la psy en mal d'enfant ou la jeune fille éternelle solitaire, et un bon sens du suspens. Ce qui m'amène à ma seconde réserve : si Melissa Bellevigne a l'art de cultiver le mystère, elle ne parvient pas à créer une réelle dynamique à son histoire qui reste un peu lente et laisse le lecteur sur sa faim. En résumé, on s'attend à une chute ou à une révélation spectaculaire mais l'action ne s'accélère jamais réellement, hormis un passage très réussi dans une maison abandonnée, et le dénouement est décevant. Paranoïa est de ce fait loin d'être un chef d'oeuvre mais il s'agit somme toute d'un premier roman prometteur qui laisse présager une brillante carrière pour son auteur si elle persévère un peu.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 17:22

L06.jpgOn regrettera plus tard

Agnès Ledig

éditions Albin Michel

2016

 

Tout commence par un quiproquo. Une confusion entre deux Agnès.

"Ah tiens! dis-je à ma collègue du rayon littérature alors que nous nous tenons devant les dernières nouveautés, je vais emprunter On regrettera plus tard. Il me semble que j'ai déjà lu cet auteur et que j'aime bien."

Je vois avec étonnement un combat intérieur se livrer sur les traits de ma collègue. Elle semble sur le point de dire quelque chose mais, finalement, se contente de me lancer "Ah très bien, comme ça tu pourras me dire comment c'est".

Inutile de vous dire que je suis tombée dans un traquenard : j'ai en effet confondu Agnès Desarthe avec Agnès Ledig, une confusion que j'ai très vite regretté.

Un soir d'orage, Eric, qui se trimballe en roulotte avec sa fille Anna-Nina depuis la mort de sa femme soit sept ans (ben quoi c'est une façon comme une autre de faire son deuil) vient chercher refuge dans la maison de Valentine, une instit qui vit dans un village perdu. Bien évidemment, c'est bien connu, comme dans tous les petits villages on est super accueillants, Valentine leur ouvre sa porte, les nourrit et les invite à rester chez eux le temps que Eric répare sa roulotte. Evidemment, elle se se prend très vite d'affection pour la petite qu'elle emmène avec elle à l'école (oui juste comme ça pouf ! Pas besoin d'inscription ni d'assurance, c'est magique) et partage avec le père quelques moments intimes sur la table de la roulotte (je... non rien). Le hic c'est qu'Eric a encore du mal à faire le deuil de sa femme et que Valentine ne supporte pas d'être en couple, traumatisée par l'histoire de sa grand-mère qui a attendu toute sa vie en vain son mari prisonnier des allemands.

Dois-je vraiment revenir sur l'histoire? Je pense que le résumé à lui seul vous donne une idée de la haute volée de ce roman. Je ne reviendrai même pas (enfin un peu quand même c'est trop tentant) sur les clichés qui émaillent le récit : le confort et la simplicité de la vie campagnarde face à l'anonymat de la vie parisienne, la gentillesse de ses habitants (c'est marrant, dans le village de mes parents, les trois quarts votent Front National et lâcheraient les chiens si une roulotte conduit par un inconnu arrivait) et, ah ça j'adore, l'innocence clairvoyante des enfants. Dans On regrettera plus tard, les enfants sont des modèles de pureté et de douceur : les élèves de l'école accueillent Anna-Nina sans problèmes, sans moqueries, ils sont adorables avec elle. Anna-Nina elle-même est une pub vivante pour l'adoption : elle a sept ans mais elle lit très bien, elle ne fait jamais de caprices et elle a déjà tout compris à la vie, ce qui donne lieu à des dialogues d'anthologie : Je pourrais faire quoi pour lui donner envie de lire le prochain chapitre ? Je suis sûre que tu as une petite idée... Lui dire que j'aimerais une autre maman ? Et que ce serait trop cool que ce soit toi ?" Si vous trouvez une gamine qui parle comme ça faites-moi signe : on dirait l'une de ces enfants dans les mauvais films américains, ces petites têtes blondes facétieuses que vous avez envie de claquer au bout de deux minutes. Ce qui m'amène au meilleur, c'est-à-dire au pire de ce roman : les dialogues.

Soyons précise : presque tout le livre est composé de dialogues. Les descriptions c'est trop difficile, l'ignorez-vous ? Le problème c'est que ces dialogues sont atroces : j'ai rarement lu des échanges aussi mauvais et aussi artificiels. Ah le vieux qui vit au fond de son patelin depuis des années mais qui explique avec sagesse au héros que Valentine est "compliquée comme le trafic aérien d'un aéroport international" ou la gamine qui trouve que "les grands réfléchissent trop". La palme revient cependant à Valentine et à son meilleur ami Gaël, instit également, qui, pendant que les gamins se balancent des cailloux dans la cour de l'école, devisent sur la vie, l'amour, la tristesse... Et là c'est l'apothéose, l'avalanche de comparaisons foireuses et de phrases chocs "ça se saurait si elle était simple la vie", "Je suis un livre ouvert, hein ? - Et quelques pages sont écornées, je crois.", "Une réponse sans chaleur, c'est comme un regard qui se pose ailleurs.". J'arrête ou je continue ? Je pense que vous avez saisi l'essence même du style de de Ledig, des sentences brèves, des appels à profiter de la vie, de l'amour et des tables de roulottes et des mauvais dialogues.

Inutile de vous dire que quelques jours après je suis retournée voir ma collègue, fort mécontente. Celle-ci a alors avoué :

"Ben en fait je voulais rien dire parce que j'étais curieuse de connaître ton avis mais ceux qui ont aimé le dernier Ledig ont également beaucoup aimé le dernier Lévy."

Au moins on ne pourra pas dire que moi je ne vous ai pas prévenus.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:48

L07.jpgPoppy Pym et la malédiction du pharaon

Laura Wood

éditions du Seuil

2015

 

Tout commence dans un cirque avec un illusionniste qui découvre au fond de son chapeau un bébé. Une petite fille pour être précise. Avec le bébé, il y a un mot bref et anonyme demandant de prendre soin d'elle. L'enfant est donc adoptée par la troupe et nommée Poppy. Elle grandit parmi eux et apprend à jongler, dompter le lion, faire du trapèze et autres numéros d'équilibriste. Soit. Jusque là rien à signaler. Quand Poppy a onze ans, madame Pym, sa mère adoptive, décide qu'il est temps de la faire rentrer à l'école et décide donc de l'inscrire au pensionnat Saint- Smithen. Et c'est là que les choses se gâtent.

Vous voulez que je vous parle du pensionnat Saint-Smithen ? C'est une institution très "bristish" avec des uniformes et des règles assez strictes et qui accueille des élèves de la première à la septième année. Ah et l'école est répartie en quatre maisons : les Chardonnerets, les Rouges-gorges, les Moineaux et les Roitelets. Les élèves peuvent faire gagner ou perdre des points "mérites" à leur maison en fonction de leurs notes ou comportements. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à ressentir un sentiment de "déjà-vu".

Mais ce n'est pas fini ! A Saint-Smithen Poppy fait la connaissance de Ingrid, une première année tout comme elle, passionnée de lecture et qui est très douée en tout sauf en sport. Elle rencontre aussi Ron Kip, un petit rigolo accompagné d'un ami rouquin qui a un faible pour Poppy. ça ce sont les amis. Mais Poppy s'est faite aussi une ennemie en la personne de Annabelle, la blondinette riche et snob avec un père influent. Ah et il y a aussi les profs : la sévère mais juste prof de maths madame Mac Dougal (Seriously ?), la méchante mais au fond pas tant que ça prof de potions chimie, Miss Susan, et la compréhensive proviseur miss Baxter, sans oublier son assistante Gertrude, complètement sourde, un peu ridicule et, en apparence, inoffensive.

Voilà voilà.

Alors certes il n'y a pas de magie, rien qu'une intrigue policière liée à la disparition d'un rubis lors d'une exposition d'antiquités égyptiennes, pas de balais mais des trapèzes mais bon, ça ressemble tout de même à un bon copié-collé de Harry Potter à l'école des sorciers (en moins bien en plus car Poppy est assez insupportable) au point que j'ai été capable de deviner toute l'intrigue en me fiant à ce dernier : Poppy et ses amis violent quelques règlements pour mener à bien leur enquête, soupçonnent miss Susan que tout semble accuser puis, finalement, après moult rebondissements, découvrent enfin lors d'un face-à-face décisif le véritable coupable.

A la fin de l'histoire, l'auteur se perd en remerciements et je me suis demandée si elle allait en faire à J.K Rowling parce que bon, là, ce n'est plus de l'inspiration hein, ça a tout du bon gros plagiat. Mais non même pas. Très sincèrement je me demande si Poppy Pym n'est pas une vaste blague ou alors la littérature jeunesse file un bien mauvais coton pour reprendre avec tant de désinvolture des recettes à peine remaniées.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 16:23

L01.jpgLes effets du hasard

Marie Leymarie

éditions Syros

2016

 

Maïa, comme sa meilleure amie Lily et pratiquement tous ses camarades de classe, a été choisie sur catalogue et achetée par ses parents. Elle a les yeux noisettes, les cheveux châtains et affiche un QI de 117. Elle a coûté relativement cher et doit tout faire pour ne pas décevoir son père et sa mère. Sa vie s'écoule, monotone, entre les cours de gestion d'émotion et de biologie, jusqu'au jour où elle fait la connaissance d'Anthony, un garçon aux yeux verts dont elle tombe très vite amoureuse. Seulement voilà, l'amour, comme toute autre émotion, est mal vue dans ce monde où ni les caprices du hasard ni ceux des sentiments ne sont tolérés. Heureusement, pour guérir l'amour, cette maladie bénigne de l'adolescence, il existe désormais des comprimés.

J'avais des craintes et j'ai été plus qu'agréablement surprise. Contrairement à la plupart des dystopies actuelles, l'auteur ne balance pas son monde en vrac pour ensuite se centrer sur une intrigue sentimentale sirupeuse. C'est plutôt l'inverse : l'histoire de Maïa avec Anthony n'est qu'un prétexte pour évoquer une société étouffante où toute liberté a disparu au profit d'une illusion de sécurité. Les enfants portent des bracelets qui permettent leur localisation, les émotions sont bannies, les caméras sont partout, les bébés sont sélectionnés et triés pour éviter toute mauvaise surprise, et vos tablettes vous indiquent le nombre de calories nécessaires à votre santé. Là où je trouve Marie Leymarie particulièrement ingénieuse, c'est d'avoir paradoxalement évité le cliché d'un régime autoritaire : rien ne semble franchement interdit, l'amour ou la conception d'un bébé "naturel" mais on comprend très vite par le biais de la psychologue pénible ou de la mère de Melody, une camarade de lycée de Maïa, que c'est vu d'un sale oeil. Ici, pas de grands méchants dirigeants qui éclatent d'un rire sardonique, seulement un ensemble d'individus terrorisés à l'idée de voir leur monde malmené par les effets du hasard. De ce fait, même les parents de l'héroïne sont complices. Le tout est amené avec beaucoup de finesse par l'auteur qui mène une réflexion très intéressante sur l'argent et sur la liberté en général, évitant les grands discours moralisateurs pour dispenser ses idées par petites touches, au hasard d'une scène : Lily qui pleure parce qu'elle a raté son contrôle malgré son QI élevé, Maïa qui ne peut s'empêcher d'éprouver de la répulsion lorsqu'elle apprend qu'Anthony est un enfant "naturel", la mère de l'héroïne qui s'affole lorsqu'elle perd la trace de sa fille... C'est qui plus est joliment écrit et le final, tout en subtilité et en tendresse, est aussi inattendu qu'édifiant. Rien à dire donc sur Les effets du hasard si ce n'est que, même s'il se suffit à lui-même, j'espère bien que l'auteur compte écrire la suite.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:27

L02.jpgLa nébuleuse Alma

Luc Blanvillain

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

On a déjà parlé des livres qui commençaient mal et dont la fin se révélait plutôt réussie. Et bien là on va parler de l'inverse, d'un livre qui démarrait sur les chapeaux de roue et donc la fin est décevante.

Alma est ravie : après deux mois d'attente, elle a ENFIN réussi à sortir avec Robin, le premier garçon dont elle est réellement tombée amoureuse. Ivre de joie, elle veut faire part de la bonne nouvelle à Jade, sa meilleure amie, mais là, c'est la douche froide : Jade la "largue" en douceur en lui expliquant qu'elles n'ont plus grand-chose en commun. Est-ce vraiment parce qu'Alma est trop superficielle comme Jade le prétend, qu'elle ne s'intéresse pas aux SDF et aux conflits mondiaux, et que sa vie tourne autour de son petit monde ? Ou est-ce que cette "rupture" cache quelque chose d'autre ? Désespérée, Alma, avec l'aide de son nouveau petit ami, décide alors d'élargir son horizon pour reconquérir Jade.

J'ai beaucoup ri au début : Alma, bien qu'égoïste, est un personnage très attachant, une ado lambda joyeuse et décontractée, entourée d'une famille loufoque et amusante : il y a le père et la mère toujours scotchés l'un à l'autre, le petit frère coach de la vie de sa soeur qui regarde également tous les feuilletons sentimentaux avec sa grand-mère pour ensuite les commenter devant une tasse de thé. Alma est une égocentrique certes, mais une égocentrique joyeuse et aimante : le passage où elle se force consciencieusement à suivre l'actualité pour se mettre au "niveau" de Jade est très drôle et, mine de rien, moins léger qu'il n'y paraît. En faisant naviguer son héroïne sur Internet et en la faisant passer des horreurs de la guerre ou de la misère dans le monde à un youtuber commentant ses parties de jeux vidéos en direct, Luc Blanvillain s'interroge sur notre propre nature humaine, capable des pires horreurs comme du meilleur, tour à tour futile et torturée : "Je suis même restée toute une soirée sur le site d'un gamer commentant en direct ses propres parties de jeux vidéo, à la manière d'un journaliste sportif. J'avais du mal à croire que ce garçon vivait sur la même planète que les enfants indiens. Ceux qui sont obligés de travailler pour confectionner les vêtements vendus dans les enseignes où j'adore faire du shopping." Alma à elle seule représente cette dichotomie, émue par sa découverte d'une association où travaille Jade puis obnubilée par son histoire d'amour avec Robin.

J'aurais préféré à dire vrai que l'auteur reste dans ce ton là, dans cette subtile interrogation : j'aurais été très déçue qu'il parte dans une réflexion simpliste du style il y a aura toujours de la souffrance et des préjugés de par le monde, mettons des oeillères et soyons heureux ! Ceci dit, j'ai été également déçue qu'il parte dans la direction opposée en transformant Alma en un être impliqué, ouvert, prête à manifester et à militer pour toutes les causes nobles. Ainsi, vers le milieu du récit, le ton décalé et léger reprend une forme très académique avec le bon vieux cours d'éducation civique propre aux éditions de l'Ecole des Loisirs. ça se gâte à mon sens avec le portrait des parents de Robin : ils sont riches, donc indifférents à la souffrance, racistes, catholiques et, bien évidemment, homophobes. J'adore ce genre de romans qui, sous couvert de combattre les préjugés vous en balancent d'autres avec plein d'entrain. De toute évidence dans le monde de Blainvillain on n'est jamais riche et philanthrope, homosexuel mais raciste, catholique mais pas homophobe. Résultat : les parents de Robin ne sont pas crédibles, clichés sur pattes, alors que les parents d'Alma, joyeux égoïstes qui eux non plus ne se soucient guère au fond du sort de leurs semblables, sont beaucoup plus nuancés et plus intéressants, tout comme la gentille grand-mère scotchée devant sa télé. J'avoue également que je préfère la Jade du début de l'histoire, celle impliquée dans toutes les causes mais un peu soûlante et moralisatrice, à la Jade de la fin, la miss parfaite qui a tout compris à la vie. La première avait ses failles, l'autre n'en a pas. Enfin la fin de l'histoire m'a déçue : je m'attendais à des révélations fracassantes et le dénouement est plutôt prévisible. L'idée n'est pas mauvaise en soi mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, perdue entre les manifestations pour les sans-papiers et la relation de Robin et d'Alma. La nébuleuse Alma se révèle au final en demi-teinte mais c'est surtout parce que l'auteur était tellement bien parti que je ne peux m'empêcher de lui en vouloir d'avoir sacrifié une réflexion intéressante à une leçon de morale insipide.

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:26

L06.jpgCoeur Cerise

Les filles en chocolat tome 1

Cathy Cassidy

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

Parfois je suis sans pitié. Et aujourd'hui c'est avec vous que je le suis puisque, non seulement nous allons reparler de romans ados, mais de romans ados pour filles. Âmes sensibles s'abstenir.

Cherry a treize ans et son truc à elle c'est d'embellir quelque peu la réalité, c'est à dire qu'elle ment comme elle respire, le plus naturellement du monde. Il faut dire que sa vie est un peu tristoune. Plus de mère, pas d'amis, un appartement sordide et et un père exécutant un modeste travail au sein d'une fabrique de chocolat. Tout change le jour où ce dernier tombe amoureux d'une ancienne connaissance, Charlotte, et décide de tout quitter et d'aller s'installer avec elle. Exit Glasgow et son climat sinistre, Cherry et son père partent pour le Sud de l'Angleterre rejoindre la nouvelle belle-mère et ses quatre filles, quatre demi-soeurs qui inquiètent un peu notre héroïne. A raison d'ailleurs car, si Skye, Summer et Coco se montrent accueillantes, il n'en est pas de même pour Honey, l'aînée, qui, en plus de voir d'un mauvais oeil l'arrivée d'un nouvel homme dans la vie de sa mère, supporte mal l'intérêt que semble éprouver son petit copain pour Cherry.

Bah ben oui avec un titre pareil vous vous attendiez à quoi ? Coeur Cerise c'est de l'amour, de l'amitié, des fous rires et des larmes, et quelques drames mais rien qui ne résiste à un chocolat chaud en pyjama. Le style est sans surprise, ni bon ni particulièrement mauvais, et l'intrigue tourne autour des premiers émois amoureux et des mini-trahisons, la seule vraie originalité de l'histoire résidant dans la personnalité un brin mytho de Cherry. C'est sucré, très vite écoeurant et, pour le coup, réservé uniquement à un lectorat de filles entre douze et quinze ans. En effet, pour les autres, le risque d'indigestion demeure élevé.

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 12:29

L02.jpgCelle que vous croyez

Camille Laurens

éditions Gallimard

2016

 

Tout commence par Claire, divorcée et presque quinquagénaire et qui, pour surveiller Joe, un amant volage, décide de se créer un faux profil Facebook. Elle se rajeunit de plus d'une vingtaine d'années et "emprunte" la photo de profil d'une belle brune mélancolique. c'est de cet alter ego fictif dont Christophe, l'ami de Joe, va tomber amoureux, embarquant bientôt Claire dans une série de mensonges compliquées par le désir qu'elle ressent elle-même pour cet homme de dix ans de moins qu'elle.

De Camille Laurens je n'avais lu que Dans ces bras-là il y a fort longtemps. Je me rappelle avoir été perturbée par le style et par la construction du roman et d'en être ressortie avec un sentiment assez mitigé. Celle que vous croyez m'a laissée la même impression. Mes réticences tiennent au style essentiellement : je n'accroche pas du tout avec l'écriture de l'auteur, précipitée, manquant de respiration, et tournée autour d'une narratrice omniprésente. Je trouve ça étouffant. J'ai également beaucoup de mal avec l'autofiction, avec l'auteur qui se met en scène sans pudeur : même si tout est inventé, que tout est faux (c'est le cas ici), l'écrivain-personnage est suffisamment crédible pour nous prendre en otage et nous "forcer" à ressentir de la sympathie. Cela m'insupporte car j'aime avoir le choix d'adhérer ou non au parti d'un personnage. Ce genre de littérature rend ça impossible, tout comme elle rend toute identification impossible : vous écoutez l'histoire d'une autre, il n'y a pas de place pour la vôtre. En revanche, la force de Camille Laurens tient dans la construction de son ouvrage. C'est un habile jeu de miroirs et de faux-semblants, d'illusions plus ou moins révélées. Nous avons d'abord le point de vue de Claire, internée dans un asile psychiatrique pour une raison que nous ignorons. Suit le bref point de vue du psychiatre de cette dernière qui fait voler en éclats les propos de sa patiente, puis le point de vue de Camille Morand, écrivain de son état, ruinant toute la véracité des témoignages précédents et, pour finir, le point de vue du mari de Claire qui apporte au roman un éclairage inédit. Au lecteur de démêler le vrai du faux dans ce labyrinthe de situations et de personnages qui l'hypnotisent littéralement. Celle que vous croyez est de plus une réflexion plus qu'intéressante sur le désir féminin : toutes les femmes de l'histoire, que ce soit Claire ou Camille, ont ce même refus d'abandonner, de renoncer à l'amour et au désir, tout en étant terrorisées par cette sentence dans l'oeil de l'homme, ce regard qui les condamne à la vieillesse et à la solitude. C'est un plaidoyer féministe qui n'a pas cependant pas le côté irritant "Girl Power" et tout le toutim (c'est d'ailleurs de mémoire ce qui m'avait déjà plu dans Dans ces bras-là. A cela s'ajoute une réflexion sur notre société actuelle, hyper-connectée mais qui n'a paradoxalement aucune transparence, où l'on peut réinventer sa vie en toute impunité, de la même façon que l'auteur réinvente la vie de son héroïne. Ainsi si Celle que vous croyez me laisse un sentiment étrange, je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé : il s'agit en effet d'un roman étrange et en trompe-l'oeil qui mérite qu'on s'y attarde.

Published by beux - dans Roman
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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 11:57

L07.jpgYesterday's Gone

Saison 1 épisode 1 et 2

Le jour où le monde se réveilla désert

Sean Platt / David Wright

éditions Fleuve

2013

 

Quand j'étais une ado, j'avais commencé à écrire une saga fantastique pour mon grand frère : ça se présentait sous la forme d'épisodes que je faisais plus ou moins régulièrement, un peu comme une série télé. Et bien figurez-vous que les deux auteurs de Yesterday's Gone ont eu la même idée que moi : passionnés par des séries comme Lost ou X Files, ils ont décidé d'écrire leur propre roman-série. L'histoire est celle de nombreux personnages qui se réveillent dans un monde devenu quasiment désert. Leurs familles, leurs amis ont disparu, bon nombre d'animaux et de bâtiments également. Déboussolés, terrifiés, les "survivants" tentent tant bien que mal de se rassembler et de découvrir ce qu'il se passe. Comme dans une série, la narration saute d'un personnage à un autre et les auteurs vont même plus loin puisqu'ils scindent le livre en deux "épisodes" distincts.

Où est le hic me direz-vous, vous qui avez vu la tête de mon petit lapin en début d'article ? Je retourne à mon expérience personnelle : mon frère aimait beaucoup les épisodes que je lui faisais et les lisais avec plaisir, jusqu'au jour où j'ai cessé de l'approvisionner. Des années plus tard, pris de nostalgie, il les a relu à la suite et le verdict est tombé : ça n'allait pas. La faute tient à la forme : vous n'écrivez pas de la même façon une histoire d'un trait qu'un roman découpé en tranches. Yesterday's Gone a d'abord été écrit pour Internet du coup tous ses chapitres, proposés à intervalles réguliers, se devaient d'être addictifs et de donner envie d'y retourner. Mis en roman, ça ne marche plus : un roman, tout comme un morceau de musique, a besoin de respirations, de passages moins intenses et de liaisons en apparence inutiles mais pourtant nécessaire à l'harmonie de l'ouvrage. Là c'est trop lourd, trop dense, sans compter les redondances que ne verrait pas un lecteur qui lirait par petites touches mais que ne manque pas de remarquer celui qui lit tout d'un bloc. Malgré les affirmations des deux auteurs, je ne suis donc pas convaincue par cette forme littéraire soit-disant révolutionnaire, pas plus que je ne suis convaincue par leur style grossier, leurs personnages sans aucun relief et leurs descriptions supposées être terrifiantes mais qui sont tellement peu subtiles qu'elles tombent à plat. Yesterday's Gone c'est l'équivalent certes de la série télé mais de la série télé dans ce qu'elle a de plus caricatural : des vilains monstres, des hommes baraqués et mystérieux qui tiennent des flingues pendant que des jeunes femmes plus ou moins apeurées se tiennent derrière eux, et des adolescents qui vont apprendre à grandir très vite dans ce monde devenu fou et même découvrir l'amour. C'est bien les gars, continuez gentiment votre délire de geeks mais bon, ne taxez pas ça de révolution littéraire et, par pitié, prenez aussi quelques cours d'écriture.

 

PS : Rien à voir mais c'était hier l'anniversaire de ce blog qui fête ses huit ans. J'en profite pour remercier tous ceux qui viennent régulièrement ou irrégulièrement par ici et j'espère que vous prenez autant de plaisir à lire ces articles que je prends plaisir à les écrire. J'en profite du coup pour souhaiter un joyeux anniversaire à tous ceux dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, on ne sait jamais.

Published by beux - dans Fantastique
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