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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 17:51

L02.jpgAfterworlds

Scott Westerfeld

Pocket Jeunesse

2014

 

Darcy est une jeune fille qui renonce à l'université pour monter à New York et devenir écrivain, Lizzie est une jeune fille qui, survivant à un attentat terroriste, fait une expérience de mort imminente et se retrouve plongée dans un état entre la vie et la mort. Elle y fait la connaissance de Yamaraj, un dieu de la Mort et devient comme ce dernier capable de passer d'un monde à un autre et de voir les fantômes. Darcy fait ses premiers pas d'auteur, travaille sur son livre, mange des nouilles et tombe amoureuse d'une autre écrivain, Imogène tout en essayant de respecter le budget fixé par sa petite soeur. Lizzie, elle, essaie de surmonter le choc de l'attentat, fait la connaissance de Mindy, l'amie fantôme de sa mère et s'éprend de Yamaraj... A priori rien en commun avec ces deux héroïnes si ce n'est tout : Lizzie est la création de Darcy.

Afterworlds, oeuvre de l'auteur entre autres de la série Uglies, est un ouvrage assez déconcertant à plus d'un titre. Niveau écriture, rien à dire : Westerfeld a un style des plus agréables : son point fort ce sont ses descriptions toujours justes et sa capacité à construire en quelques mots tout une ambiance. Le premier chapitre  sur Lizzie retraçant l'attaque de l'aéroport est une réussite totale dans ce domaine, à la fois glaçant et plein de suspens. Là où je suis moins convaincue, c'est par ce parti pris d'avoir voulu faire cohabiter deux histoires, celles de l'auteur et de son héroïne dans un seul roman. La mise en abyme n'est pas inintéressante mais échoue : rien ne lie vraiment Lizzie et Darcy si ce n'est leurs prénoms austeniens. L'auteur a la mauvaise idée de commencer par parler de Darcy, ruinant d'entrée de jeu tout suspens : on sait immédiatement que Lizzie n'est qu'un personnage fictif et son aventure perd beaucoup de sa force. De plus, les deux récits ne sont jamais liés l'un à l'autre : quand Darcy emménage à New-York, elle a déjà écrit Afterworlds, l'histoire de Lizzie, et ne fait que de la réécriture. Nous ne la voyons jamais sérieusement s'investir dans son roman, et n'est jamais "connectée" avec son héroïne qui de son côté n'agit jamais comme un personnage de fiction (il aurait pu être amusant par exemple d'intégrer les scènes écrites mais jugées trop kitsch par l'éditeur, de faire adopter des comportements différents à Lizzie en fonction de l'humeur de son auteur) Une seule scène permet de saisir leur lien c'est lorsque Darcy réalise qu'elle a écrit son roman suite à un malentendu. Mais au final, nous nous retrouvons avec deux intrigues bien distinctes. D'un côté nous avons une histoire fantastique pour ados dans la veine du moment : surnaturel, amour entre une humaine et un immortel, fantômes et vengeance, de l'autre un roman d'apprentissage et une réflexion sur l'écriture. Certains plébisciteront l'histoire de Darcy, d'autres celles de Lizzie. Pour ma part je trouve que les deux ont leurs mérites : les descriptions sont plus précises dans celle de Lizzie, le personnage plus intéressant mais l'intrigue est peu originale. A l'inverse, le récit mettant en scène Darcy s'articule autour d'une réflexion plus sérieuse sur l'écriture, souvent sur le ton de l'humour, et sur un apprentissage de la vie d'adulte pas toujours évident. C'est moins couru, plus poussé mais là encore Westerfeld n'évite pas les clichés : l'histoire d'amour est sirupeuse et le monde éditorial new-yorkais est présenté comme une gentille famille bisounours toujours prêt à soutenir l'écrivain en herbe et à converser littérature. Les deux pour moi méritaient donc un roman mais je regrette le manque de lien entre les histoires et si suite il y a, j'espère que Westerfeld parviendra à redonner une unité à deux protagonistes pour l'instant à mille kilomètres l'une de l'autre.

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Published by beux - dans Jeunesse
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