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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 12:14

Eugénie Grandet

Honoré de Balzac

éditions Flammarion

1833

 

"Mais la dame à la fenêtre

Se lamente sur son triste sort

Dans 1000 ans, 2000 peut-être,

Se désolera encore..."

Monsieur Grandet est un avare. Bien que millionnaire grâce à la dot conséquente de sa femme et à un sens des affaires redoutable, il vit chichement et fait mener à son épouse et à sa fille, Eugénie, une vie des plus austères dans la petite ville de Saumur. Emmitouflée dans leur province, la famille Grandet coule des jours monotones mais paisibles, leur train-train rythmé par les repas, la messe et les visites de voisins désireux de mettre la main sur la riche héritière. Tout change le jour où le beau Charles, le neveu de Grandet, débarque de Paris et conquiert le coeur de sa cousine. Eugénie, jusqu'alors fille obéissante, se révèle alors une amoureuse passionnée et va tout faire pour aider son cousin victime de la faillite de son père, quitte à se rebeller contre le sien. Charles part finalement aux Indes faire fortune. Eugénie, bercée par des promesses de mariage, l'attend. Il ne reviendra jamais.

Eugénie Grandet, roman cloisonné et faisant intervenir très peu de personnages, est un roman des passions. Passion de l'argent, passion amoureuse... Tandis que le père Grandet se laisse dominer par son avarice, Eugénie ne vit que pour le retour d'un cousin qui, à dire vrai, fat et calculateur, ambitieux et manipulateur, ne mérite guère cet amour et ne se s'en soucie que fort peu. Le contraste réside entre l'attente de la jeune fille, Pénélope des temps modernes et l'attitude désinvolte de Charles qui a depuis longtemps oublié quelques baisers et une vague promesse échangée sur le banc d'un jardin. Beaucoup y voient une critique de Balzac des passions : en effet, l'auteur montre toute leur folie, s'élevant de ce fait contre la conception romantique. Je suis quant à moi plus partagée. En effet, quand Balzac nous parle de son héroïne, naïve, à l'horizon un peu étriqué, il y a comme une note de tendresse, tout comme il y a une certaine part d'admiration devant le talent de grigou du père Grandet. A cela s'oppose les médiocres, les voisins qui se laissent berner par le père Grandet, le cousin trop fat pour se résigner à épouser une ingénue de province mais assez écoeurée quand il réalise que l'ingénue en question est très riche... Si l'auteur ne peut que condamner l'excès, il semble paradoxalement trouver dans ces personnages excessifs une certaine grandeur qu'il ne trouve pas dans les autres. Eugénie Grandet est donc un curieux ouvrage, presque un huis-clos, l'histoire d'une vie gâchée par l'avarice d'un père et par une passion mal placée et sans doute à ce jour mon roman préféré de Balzac.

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Published by beux - dans Classiques
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