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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 12:12

L02.jpgLe Père Goriot

Honoré de Balzac

éditions Gallimard

1835

 

Eugène de Rastignac venu tout droit de sa province pour étudier le droit à Paris rêve de gloire et de fortune, d'être admis dans les plus hautes sphères de la société et de se faire un nom dans la capitale. Mais comment faire quand on est sans le sou, étudiant désargenté sans voiture et sans vêtements, condamné à loger dans une pension de famille misérable ? C'est dans cet établissement que Eugène fait la connaissance du père Goriot, vieil homme triste dont il ne tarde pas à percer le secret lorsqu'il commence à fréquenter les cercles mondains : autrefois marchand prospère, Goriot a sacrifié ses rentes et une retraite confortable pour assurer la dot de deux filles frivoles et égoïstes qui ne se souviennent aujourd'hui de lui que pour lui réclamer de l'argent.

Le Père Goriot est sans doute l'oeuvre la plus connue de Balzac et la plus étudiée. Ce n'est quant à moi pas ma préférée. Bien sûr, on retrouve tout ce qui fait la spécificité de La Comédie Humaine : des personnages qui sont appelés à devenir récurrents, des histoires qui se croisent... Le livre s'oppose ainsi à l'espace clos qu'est Eugénie Grandet. Si Rastignac est le héros du livre, le jeune homme en pleine phase d'apprentissage, il lui est proposé durant tout le récit deux modèles : le Père Goriot, homme probe et entier, et Vautrin, l'ancien forçat machiavélique et opportuniste. Chacun lui offre une voie à suivre, celle des sentiments ou celle des calculs. Inutile de dire que le cynisme gagne : Goriot se retrouve pauvre, mal-aimé et condamné à mourir seul et dans le dénuement le plus complet alors que Vautrin, même arrêté par la police, continue à susciter la sympathie de son entourage. Le Père Goriot est également un roman de la passion, mais cette fois celui de l'amour paternel porté à son paroxysme. Peut-être est-ce pour cela que je l'apprécie moins : c'est sans doute mon côté romantique mais il y avait dans la passion amoureuse d'Eugénie une dignité et une pudeur qu'on ne retrouve guère dans l'amour de Goriot pour ses deux filles : l'ancien marchand se couvre de ridicule pour Delphine et Anastasie, leur baise les pieds, se cache pour les voir passer en voiture, s'avilit pour les rendre heureuse... Sa passion a quelque chose d'assez malsain (les autres pensionnaires croient d'ailleurs qu'il entretient de jeunes maîtresses) et si le personnage de Goriot a quelque chose d'émouvant et de tragique, il apparaît clairement que Balzac n'en fait pas une référence, lui confisquant même son statut de héros éponyme au profit du moins naïf Rastignac. Lui reste alors le statut de victime, victime d'une société fondée avant tout sur le paraître mais aussi victime de ses propres erreurs qui lui ont fait gâter jusqu'à en pourrir ses deux filles.

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Published by beux
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