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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 12:07

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Barrière mentale

Poul Anderson

éditions Livre de Poche

1954

 

Ecrit en 1954 et réédité en poche il y a peu, Barrière mentale est un ouvrage de science-fiction qui s'inscrit dans l'âge d'or du genre. Un matin, suite à un phénomène cosmique, les gens se réveillent plus intelligents. Les attardés mentaux se mettent à réfléchir, les scientifiques font des découvertes sur lesquelles ils planchaient depuis des années et même les animaux s'y mettent : les cochons se rebellent, les singes s'évadent... Peter Corinth, physicien, emploie aussitôt cette nouvelle intelligence pour tenter de comprendre le phénomène mais, comme tous ses contemporains en mesure bientôt les conséquences : les gens ne veulent plus s'abrutir à des emplois ingrats ni dépenser des fortunes dans des vêtements coûteux. En Russie, le peuple se rebelle contre le système communiste tandis qu'aux Etats-Unis les villes sont désertées. Peter lui-même doit faire face au malaise profond de sa femme Sheila qui, paisible femme au foyer, se retrouve en proie à une intelligence qui lui fait prendre conscience de l'inanité de sa vie et la dévore de l'intérieur. Pendant ce temps, dans la campagne environnante de New-York, Archie Brock, ancien simple d'esprit resté seul à gérer une ferme, monte rapidement une communauté grâce à deux chimpanzés et à un éléphant.

L'idée de départ est plutôt intéressante d'autant plus que Anderson, contrairement à ce que beaucoup d'autres auraient pu faire, ne fait pas de cette société soudainement plus intelligente une utopie. Comme le souligne l'auteur : "Le fond de la personnalité ne change pas. Et les gens intelligents ont toujours pratiqué, de temps à autre, la stupidité ou la méchanceté, comme tout un chacun. Un homme peut être un brillant savant, mais ça ne l'empêchera pas, entre autres, de négliger sa santé, de conduire avec imprudence ou de fréquenter les voyantes." L'intelligence rend-elle alors malheureux ? L'auteur ne dit pas ça non plus : si Sheila sombre dans la folie, c'est qu'elle n'arrive pas à employer cette soudaine connaissance qui du coup, se retourne contre elle. A l'inverse, Archie voit son horizon s'ouvrir et s'épanouit pleinement. L'écueil cependant de Barrière mentale, c'est que justement rien n'est suffisamment développé. Ecrit à l'époque où la science-fiction était considérée comme un genre mineur et gaiement sabrée, le roman de Anderson est trop court pour développer un sujet aussi vaste. Comment appréhender le changement qui se joue même au sein des sociétés et des hommes en moins de deux cent pages? Les héros sont tout juste esquissés, les relations entre les personnages à peine abordées... Le lecteur n'a pas le temps d'entrer dans l'histoire ou de s'attacher aux protagonistes qu'il est déjà à la fin de l'ouvrage. Ainsi, si Barrière mentale reste un brillant exercice de style, il lui manque une touche de profondeur pour en faire un grand roman.

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