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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 19:09

L04.jpgLes Aventures d'Oliver Twist

Charles Dickens

éditions Livre de Poche

1838

 

L'auteur de la préface d'Oliver Twist vous prévient d'entrée de jeu : cette référence de la littérature anglaise est loin d'être parfaite tant s'en faut. Effets narratifs faciles, intrigue tarabiscotée, personnages parfois un peu mièvres... Il n'en demeure pas moins que l'ouvrage a, en-dehors de tous ces défauts, plus d'un intérêt qu'il convient d'analyser maintenant.

Tout commence avec la naissance d'un enfant, Oliver. Sa mère meurt à sa naissance et, son père étant inconnu, l'enfant passe ses premières années à l'asile : affamé, il a le malheur de réclamer davantage à manger et se fait haïr des responsables qui l'envoient en apprentissage auprès d'un fabricant de cercueils. Mais les malheurs d'Oliver ne s'arrêtent pas là : maltraité par ses maîtres, il décide de fuir à Londres et rejoint sans le savoir une troupe de truands menée par un dénommé Fagin.

Oliver Twist c'est l'histoire d'un gamin qui n'a vraiment, mais vraiment pas de chance. Notre vertueux héros (car il n'y a pas plus doux et plus noble qu'Oliver) cumule les malheurs, victime de la méchanceté et de la rouerie de son entourage, et, quand il rencontre des gens aimants et bienveillants, il les perd presque aussitôt. Dickens ne fait pas dans la demi-mesure en décrivant des personnages soit tout noirs, soit tout blancs, parfois à la limite de la caricature. Il n'y a guère que la tragique prostituée Nancy (le protagoniste le plus intéressant du récit) qui échappe à ce traitement. Cela pourrait faire d'Oliver Twist une oeuvre manichéenne si l'ouvrage ne s'accompagnait pas d'une sévère charge contre le système de l'époque, favorisant pauvreté et délinquance : asiles insalubres qui affament les plus démunis, juges cruels et incompétents, système judiciaire inadapté, orphelins maltraités... Dickens va même jusqu'à se glisser le temps de quelques chapitres dans la peau de ses personnages les plus vils, suscitant la pitié du lecteur malgré leurs méfaits : ainsi le chapitre où Fagin est condamné à mort est d'une grande force littéraire car il fait du grand méchant de l'histoire un être humain sans défense face à une foule assoiffée de sang. A dire vrai, Oliver Twist est un roman qui alterne médiocrité et grandeur, médiocrité quand il glisse dans l'intrigue tarabiscotée, les rebondissements invraisemblables ou sentimentalisme mièvre (les personnages "bons" sont tout bonnement insupportables et même le héros éponyme reste assez fade) grandeur quand Dickens nous fait explorer les rues d'un Londres mal famé et découvrir tout un monde de truands vivant dans la crainte de la potence, quittant les dames angéliques et les pasteurs courageux pour les escrocs et les prostituées. Ce contraste produit un livre tour à tour prenant et agaçant mais qui, pour mon premier contact avec Dickens, reste satisfaisant.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Laurène 08/05/2015 11:49

J'ai essayé de le lire il y a quelques mois mais j'ai abandonné au bout de quelques pages... Le côté larmoyant du pauvre petit avec qui tout le monde est vraiment trop méchant, j'avoue que je n'ai pas du tout accroché. Dommage car je ne doute pas qu'il y ait plein de bonnes choses à prendre dedans, comme tu l'expliques très bien, mais trop manichéen pour moi :/

beux 12/05/2015 10:48

Ah ah oui je comprends. Le début traîne un peu en longueur. C'est ça le problème avec ce livre : il y a de très beaux moments perdus dans des pages médiocres et un récit très (trop?) long