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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 13:34

L02.jpgFinie la comédie

Donald Westlake

éditions Rivages

2012

 

Mais quelle mouche a piqué Donald Westlake ? C'est la question que je me suis posée devant Finie la comédie, un roman qui n'a absolument rien à voir avec ses précédents ouvrages et qui m'a légèrement déçue. Après vérification, il s'agit d'un ouvrage inédit, écrit dans les années 80. Me voilà un peu rassurée...

Koo Davis est un comique américain qui s'est illustré par sa prise de position en faveur de la guerre du Vietnam et de ses sympathies pour l'armée. Nous sommes à la fin des années 70 et, depuis, de l'eau a coulé sous les ponts mais l'artiste sent que le sujet est encore sensible et met un peu ses opinions politiques en sourdine pour ne pas briser une carrière exemplaire. Cela ne suffit pas : un soir, il est enlevé par un groupuscule d'extrême-gauche qui exige en rançon la libération de prisonniers activistes. Le FBI est mis sur l'affaire mais le chef d'opération Mike Wikskiel commet une erreur qui va rendre la position du prisonnier encore plus inconfortable...

Je n'ai pu m'empêcher de ressentir un soupçon de malaise en lisant ce roman sur fond de guerre de Vietnam et de Watergate qui est loin d'avoir l'humour et l'auto-dérision des deux ouvrages de Westlake déjà lus. Certes, l'ironie n'est jamais loin et il est évident que l'auteur ne cautionne pas plus l'attitude de Davis, profiteur sans scrupules qu'il ne met à l'honneur le groupe d'extrême-gauche composé de fous ou d'idiots qui jouent aux rebelles. C'est peut-être ce qui est gênant, cette absence de prise de position ou ce regard sans complaisance sur des personnages qui de fait ne sont guère attachants. Le cynisme est présent d'un bout à l'autre du roman et se manifeste aussi bien dans l'attitude désinvolte du comique que dans les grands discours pontifiants et creux de Larry, l'un des ravisseurs, ou de l'indifférence des enfants et de la femme de Koo Davis lorsqu'ils apprennent son enlèvement. Les personnages s'agitent comme des pantins et le kidnapping commence par une farce pour tourner à la tragédie, marquée par des rebondissements dignes d'une pièce grecque : le fils vengeur, la femme folle, le justicier qui a quelque chose à se prouver... La comédie n'est pas finie, elle se joue en permanence et le rideau ne tombe que lors de scènes assez émouvantes : l'amour inconditionnel de l'assistante de Davis pour son client qui contraste avec l'attitude glaciale de l'épouse, la rencontre du comique avec son fils Marc... Ces petites touches d'humanité apportent de la fraîcheur à un récit qui sinon demeurerait assez vain. En effet, Finie la comédie est un livre sur la désillusion d'une époque que beaucoup de lecteurs (dont je fais partie) n'ont pas connu, d'autant plus qu'il s'agit plus d'un pan de l'histoire des Etats-Unis que de la nôtre. Un ouvrage à découvrir donc plus pour les amateurs de polars noirs à l'américaine que pour ceux qui voudraient faire connaissance avec le style inimitable de Westlake.

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Published by beux - dans Polar
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