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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 12:01

L01.jpgLes enfants du duc

Anthony Trollope

éditions Points

1880

 

Plantagenet Palliser, duc d'Omnium, a le coeur lourd : sa femme vient de mourir brutalement et ses enfants lui causent bien des soucis. Son fils aîné, après s'être fait renvoyer de l'université par deux fois, a opté pour une carrière politique mais du côté des conservateurs alors que son père a toujours été libéral. De plus, il participe à des courses de chevaux et prend plus plaisir à chasser et à fréquenter son club qu'à s'investir au Parlement. Le frère cadet, Gerald, suit le même chemin. Quant à la petite dernière, Lady Mary, elle commet une faute encore plus grave aux yeux de son père en s'éprenant d'un jeune homme bien sous tous rapports mais qui, oh scandale, n'a ni titre ni fortune. Une alliance que ne peut tolérer le duc, bien déterminé à mettre fin à cette idylle.

Vous l'avez compris, Les enfants du duc se situe quelque part entre du Jane Austen et du Downton Abbey. Si le livre fait partie d'une vaste fresque familiale, il est en revanche possible de le lire indépendamment des autres ouvrages. C'est un genre un peu particulier que ce roman victorien rempli de nobles qui fument leurs cigares en parlant politique tandis que les femmes se confient sur leurs soupirants. Pour ma part, j'adore même si j'ai trouvé quelques longueurs ça et là. Malgré les propres convictions de l'auteur, pas franchement pour les droits de la femme, l'ouvrage reste étonnamment moderne : en effet, Trollope nous montre les différences de condition entre les fils du duc, libres d'agir à leur guise et d'accumuler dettes et erreurs tandis que lady Mary, coupable uniquement d'être tombée amoureuse d'un homme sans le sou, est cloîtrée et surveillée de près. Que dire aussi de lady Mabel, sans fortune qui est forcée de renoncer à l'amour de sa vie pour rechercher un mariage d'argent ? Ces deux portraits de femmes fortes tranchent avec le caractère plus faible du fils aîné du duc, versatile et amoureux inconstant, attachant malgré tout car conscient de ses imperfections et même son ami plus posé, Frank Treagar, trop peu présent dans le livre pour vraiment s'imposer. Cependant, le vrai héros des Enfants du duc reste le duc lui-même, patriarche dépassé par un monde changeant, qui aime mais ne comprend absolument pas ses enfants ni même le monde dans lequel il vit. Alors que ses agissements sont finalement très peu décrits, son ombre sévère plane tout le long du roman comme un dieu capable d'influer sur le destin de ses enfants. Ce n'est évidemment qu'une illusion : il apparaît vite que le pauvre duc est avant tout un père aimant, capable de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de se résigner à ce qu'il ne peut combattre, ce qui rend son personnage d'autant plus intéressant, mélange de froideur et de tendresse, de hauteur et de naïveté. L'ouvrage navigue également avec aisance entre étude de moeurs et satire discrète (les passages "politiques", notamment celui où Frank Treagar doit faire du porte à porte pour son élection, sont particulièrement drôles) et m'a fait découvrir un nouvel aspect de la littérature anglaise. Une bien belle découverte ma foi.

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

urgonthe 05/03/2016 12:42

Ah, toujours contente de voir que Trollope a fait un émule ! Plantagenet est un de mes personnages préférés de son œuvre, il apparaît à différents âges dans ses livres, toujours fidèle à lui-même, un bel anglais coincé. Bon, dans celui-là, je me souviens de scènes un peu mélodramatiques avec Mabel, mais rien d'indigeste.