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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 10:20

L03.jpgComme un livre ouvert

Liz Kessler

Hugo Roman

2015

 

Le mois dernier, ma représentante Pocket est passée avec toute une pile d'épreuves non corrigées des dernières nouveautés. Pendant que je regardais toute contente les livres fantastiques (nous en reparlerons courant de ce mois n'ayez crainte, ils ne sont pas encore sortis), elle me tend un autre ouvrage :

"Alors ça c'est autre chose. C'est un livre des éditions Hugo..."

- Ah (enthousiasme qui baisse d'un cran)

- Et qui parle d'une lycéenne amoureuse...

- Ah (enthousiasme encore un cran au-dessous)

- de sa prof d'anglais."

(enthousiasme à son plus bas niveau)

Bon soyons honnête, malgré tous mes préjugés, c'était pas si mal. Comme un livre ouvert c'est l'histoire de Ashleigh, une lycéenne dissipée dont les faibles performances laissent présager un bien médiocre avenir. Tout ce qui l'intéresse c'est de traîner avec sa meilleure amie Cat et de fricoter avec son petit ami Dylan. Il faut dire qu'à la maison c'est pas la fête : ses parents ne se parlent plus et l'ambiance est plus que tendue. C'est dans ce contexte qu'elle découvre sa nouvelle prof de littérature, Miss Murray, qui va lui apprendre non seulement à aimer les livres des soeurs Brontë mais aussi lui faire éprouver des sensations qu'elle est loin de ressentir avec le malheureux Dylan.

Au niveau du style, rien à dire c'est plutôt bien écrit et la première partie est franchement marrante : l'héroïne a un côté déjanté qui est assez agréable. Après ça se gâte dans la seconde partie lorsque Ashleigh doit face au divorce de ses parents et découvre parallèlement son homosexualité tout en craignant d'être enceinte de son petit ami : pour le coup ça fait un peu beaucoup pour une seule personne et l'auteur n'amène pas tout ça avec une subtilité déconcertante. Je pense en particulier à cette scène d'un ridicule achevé où Ashley se confie à sa prof sur ses parents et sur Dylan et est émerveillée de découvrir que celle-ci la comprend parfaitement : "Mais ce que je sais en revanche, c'est que ça ne doit pas être facile pour toi, de te retrouver au milieu, avec la sensation d'être tiraillée entre eux deux" Exact ! C'est dingue comme elle me comprend bien !" Outre l'usage du mot "dingue" qui devrait d'office être banni dans tout ouvrage digne de ce nom, je suis restée perplexe devant un dialogue tiré tout droit de "Femina" (j'apprends à déculpabiliser mon ado sur la séparation parentale). La troisième partie est tout aussi inégale, entre du bon (les amis de Ashleigh qui apprennent plus ou moins bien son homosexualité, la réaction de miss Murray devant la déclaration de son élève) et du moins bon (l'héroïne transportée de bonheur parce qu'elle va dans un bar gay, le coming out final mêlant bons sentiments et révélations poignantes) Sur le fond, le livre est intéressant mais brasse trop d'idées sans vraiment en faire aboutir aucune (on y parle de divorce, d'homosexualité, il y a même pour le coup un plaidoyer intéressant sur la peine de mort) se contentant de les noyer dans une action survoltée. Plus grave, Comme un livre ouvert se flatte de pourfendre les préjugés mais en amène insidieusement d'autres : je retiendrais surtout le personnage d'Elaine, la nouvelle compagne du père, présentée comme ridicule et intolérante mais dont le véritable péché être d'être seulement "l'autre", la remplaçante de la mère et que, de ce fait, l'auteur ne voulait pas présenter sous un jour favorable. J'ai aussi moyennement apprécié la réflexion sur les études et les métiers, Liz Kessler expliquant à travers ses personnages que bon, si vous faites pas la fac, vous êtes foutus et vous ferez un métier ridicule, du style "servir des clients". On va dire que c'est la conception anglo-saxonne dans toute sa splendeur... Vous l'avez compris, il y a à boire et à manger dans cet ouvrage qui est cependant une "niche" et qui n'intéressera guère qu'un lectorat bien spécifique.

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Published by beux - dans Jeunesse
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