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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 11:11

L04.jpgIllusions perdues

Honoré de Balzac

éditions Flammarion

1843

 

Si vous aussi vous vous sentez un peu déprimés cette semaine, vous êtes en parfaite condition pour aborder notre prochain livre sur la liste des 1001 livres... Illusions perdues de Balzac, oeuvre que l'auteur lui-même considérait comme l'un de ses romans phares.

L'histoire est celle David et Lucien, deux amis qui se sont connus durant leurs études. David Séchard est un garçon rêveur et honnête à qui son père a revendu l'imprimerie familiale à Angoulême. Inventeur, il rêve de découvrir un secret de fabrication qui rendrait le papier bon marché. Son ami, Lucien Chardon, est d'une toute autre étoffe : poète, il rêve de richesse et surtout de gloire. Ses ambitions lui font croiser la route de madame de Bargeton, femme mal mariée qui s'éprend de sa très grande beauté et de ses talents. Après avoir en vain essayé de le faire admettre dans la noblesse provinciale, elle prend des mesures désespérées et décide de quitter avec lui Angoulême pour Paris, désireuse d'échapper à la mesquinerie provinciale. Lucien s'engage enthousiaste dans l'aventure, laissant derrière lui David devenu son beau-frère, ignorant que ses ambitions vont être fatales à toute sa famille.

Pauvre David ! Là où la plupart des lecteurs ne jurent que par Lucien, j'avoue que toute ma sympathie va à l'inventeur et à sa femme Eve, la soeur du poète : en effet, Lucien seul est l'artisan de son malheur tandis que le jeune couple n'est victime que du trop grand amour qu'ils éprouvent pour l'enfant prodigue. L'action du livre s'articule autour de deux lieux : Angoulême, la ville de province dans toute sa mesquinerie, avec ses fonctionnaires rusés et malhonnêtes, sa noblesse étroite d'esprit qui se refuse à admettre que le monde a changé, ses commerçants avides, et Paris, la capitale des plaisirs et des idées avec ses journalistes corrompus, ses libraires avares, ses actrices entretenues... A Paris, tout est comédie et seul le cynisme peut permettre de percer rapidement : aussi Lucien, peu désireux d'attendre des années avant que son talent soit reconnu, décide de délaisser l'écriture au profit du journalisme, carrière plus lucrative mais qui lui fait vendre très vite son âme au diable. Or, moins habile qu'il ne le pensait à ce jeu, il va très vite se retrouver ruiné et entraîner dans sa chute David et Eve, eux-mêmes déjà pris à la gorge par des imprimeurs concurrents rusés... Illusions perdues cristallise tous les thèmes majeurs de l'oeuvre de Balzac : l'ambition un peu naïve du provincial, l'hypocrisie sociale, un monde gangrené par l'argent et le pouvoir... Roman d'apprentissage par excellence, le ton est très sombre, la fin peu encourageante et le récit lui-même témoigne de l'expérience d'un auteur qui a longtemps été journaliste. Comme dans tout Balzac on retrouve les descriptions à rallonge et certaines longueurs qui font cependant le charme d'un livre avec son lot de personnages touchants (la jolie actrice Coralie, l'amante de Lucien, victime collatérale, la courageuse Eve, le gentil David, le travailleur d'Arthez) mais surtout détestables (le père de David, les Cointet, Châtelet) et qui illustre à merveille la théories de Balzac et du roman du 19e siècle en général : on ne peut apprendre sans souffrir. Vous voilà prévenus.

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Published by beux - dans Classiques
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