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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:27

L02.jpgLa nébuleuse Alma

Luc Blanvillain

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

On a déjà parlé des livres qui commençaient mal et dont la fin se révélait plutôt réussie. Et bien là on va parler de l'inverse, d'un livre qui démarrait sur les chapeaux de roue et donc la fin est décevante.

Alma est ravie : après deux mois d'attente, elle a ENFIN réussi à sortir avec Robin, le premier garçon dont elle est réellement tombée amoureuse. Ivre de joie, elle veut faire part de la bonne nouvelle à Jade, sa meilleure amie, mais là, c'est la douche froide : Jade la "largue" en douceur en lui expliquant qu'elles n'ont plus grand-chose en commun. Est-ce vraiment parce qu'Alma est trop superficielle comme Jade le prétend, qu'elle ne s'intéresse pas aux SDF et aux conflits mondiaux, et que sa vie tourne autour de son petit monde ? Ou est-ce que cette "rupture" cache quelque chose d'autre ? Désespérée, Alma, avec l'aide de son nouveau petit ami, décide alors d'élargir son horizon pour reconquérir Jade.

J'ai beaucoup ri au début : Alma, bien qu'égoïste, est un personnage très attachant, une ado lambda joyeuse et décontractée, entourée d'une famille loufoque et amusante : il y a le père et la mère toujours scotchés l'un à l'autre, le petit frère coach de la vie de sa soeur qui regarde également tous les feuilletons sentimentaux avec sa grand-mère pour ensuite les commenter devant une tasse de thé. Alma est une égocentrique certes, mais une égocentrique joyeuse et aimante : le passage où elle se force consciencieusement à suivre l'actualité pour se mettre au "niveau" de Jade est très drôle et, mine de rien, moins léger qu'il n'y paraît. En faisant naviguer son héroïne sur Internet et en la faisant passer des horreurs de la guerre ou de la misère dans le monde à un youtuber commentant ses parties de jeux vidéos en direct, Luc Blanvillain s'interroge sur notre propre nature humaine, capable des pires horreurs comme du meilleur, tour à tour futile et torturée : "Je suis même restée toute une soirée sur le site d'un gamer commentant en direct ses propres parties de jeux vidéo, à la manière d'un journaliste sportif. J'avais du mal à croire que ce garçon vivait sur la même planète que les enfants indiens. Ceux qui sont obligés de travailler pour confectionner les vêtements vendus dans les enseignes où j'adore faire du shopping." Alma à elle seule représente cette dichotomie, émue par sa découverte d'une association où travaille Jade puis obnubilée par son histoire d'amour avec Robin.

J'aurais préféré à dire vrai que l'auteur reste dans ce ton là, dans cette subtile interrogation : j'aurais été très déçue qu'il parte dans une réflexion simpliste du style il y a aura toujours de la souffrance et des préjugés de par le monde, mettons des oeillères et soyons heureux ! Ceci dit, j'ai été également déçue qu'il parte dans la direction opposée en transformant Alma en un être impliqué, ouvert, prête à manifester et à militer pour toutes les causes nobles. Ainsi, vers le milieu du récit, le ton décalé et léger reprend une forme très académique avec le bon vieux cours d'éducation civique propre aux éditions de l'Ecole des Loisirs. ça se gâte à mon sens avec le portrait des parents de Robin : ils sont riches, donc indifférents à la souffrance, racistes, catholiques et, bien évidemment, homophobes. J'adore ce genre de romans qui, sous couvert de combattre les préjugés vous en balancent d'autres avec plein d'entrain. De toute évidence dans le monde de Blainvillain on n'est jamais riche et philanthrope, homosexuel mais raciste, catholique mais pas homophobe. Résultat : les parents de Robin ne sont pas crédibles, clichés sur pattes, alors que les parents d'Alma, joyeux égoïstes qui eux non plus ne se soucient guère au fond du sort de leurs semblables, sont beaucoup plus nuancés et plus intéressants, tout comme la gentille grand-mère scotchée devant sa télé. J'avoue également que je préfère la Jade du début de l'histoire, celle impliquée dans toutes les causes mais un peu soûlante et moralisatrice, à la Jade de la fin, la miss parfaite qui a tout compris à la vie. La première avait ses failles, l'autre n'en a pas. Enfin la fin de l'histoire m'a déçue : je m'attendais à des révélations fracassantes et le dénouement est plutôt prévisible. L'idée n'est pas mauvaise en soi mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, perdue entre les manifestations pour les sans-papiers et la relation de Robin et d'Alma. La nébuleuse Alma se révèle au final en demi-teinte mais c'est surtout parce que l'auteur était tellement bien parti que je ne peux m'empêcher de lui en vouloir d'avoir sacrifié une réflexion intéressante à une leçon de morale insipide.

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Published by beux - dans Jeunesse
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