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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 11:57

L07.jpgYesterday's Gone

Saison 1 épisode 1 et 2

Le jour où le monde se réveilla désert

Sean Platt / David Wright

éditions Fleuve

2013

 

Quand j'étais une ado, j'avais commencé à écrire une saga fantastique pour mon grand frère : ça se présentait sous la forme d'épisodes que je faisais plus ou moins régulièrement, un peu comme une série télé. Et bien figurez-vous que les deux auteurs de Yesterday's Gone ont eu la même idée que moi : passionnés par des séries comme Lost ou X Files, ils ont décidé d'écrire leur propre roman-série. L'histoire est celle de nombreux personnages qui se réveillent dans un monde devenu quasiment désert. Leurs familles, leurs amis ont disparu, bon nombre d'animaux et de bâtiments également. Déboussolés, terrifiés, les "survivants" tentent tant bien que mal de se rassembler et de découvrir ce qu'il se passe. Comme dans une série, la narration saute d'un personnage à un autre et les auteurs vont même plus loin puisqu'ils scindent le livre en deux "épisodes" distincts.

Où est le hic me direz-vous, vous qui avez vu la tête de mon petit lapin en début d'article ? Je retourne à mon expérience personnelle : mon frère aimait beaucoup les épisodes que je lui faisais et les lisais avec plaisir, jusqu'au jour où j'ai cessé de l'approvisionner. Des années plus tard, pris de nostalgie, il les a relu à la suite et le verdict est tombé : ça n'allait pas. La faute tient à la forme : vous n'écrivez pas de la même façon une histoire d'un trait qu'un roman découpé en tranches. Yesterday's Gone a d'abord été écrit pour Internet du coup tous ses chapitres, proposés à intervalles réguliers, se devaient d'être addictifs et de donner envie d'y retourner. Mis en roman, ça ne marche plus : un roman, tout comme un morceau de musique, a besoin de respirations, de passages moins intenses et de liaisons en apparence inutiles mais pourtant nécessaire à l'harmonie de l'ouvrage. Là c'est trop lourd, trop dense, sans compter les redondances que ne verrait pas un lecteur qui lirait par petites touches mais que ne manque pas de remarquer celui qui lit tout d'un bloc. Malgré les affirmations des deux auteurs, je ne suis donc pas convaincue par cette forme littéraire soit-disant révolutionnaire, pas plus que je ne suis convaincue par leur style grossier, leurs personnages sans aucun relief et leurs descriptions supposées être terrifiantes mais qui sont tellement peu subtiles qu'elles tombent à plat. Yesterday's Gone c'est l'équivalent certes de la série télé mais de la série télé dans ce qu'elle a de plus caricatural : des vilains monstres, des hommes baraqués et mystérieux qui tiennent des flingues pendant que des jeunes femmes plus ou moins apeurées se tiennent derrière eux, et des adolescents qui vont apprendre à grandir très vite dans ce monde devenu fou et même découvrir l'amour. C'est bien les gars, continuez gentiment votre délire de geeks mais bon, ne taxez pas ça de révolution littéraire et, par pitié, prenez aussi quelques cours d'écriture.

 

PS : Rien à voir mais c'était hier l'anniversaire de ce blog qui fête ses huit ans. J'en profite pour remercier tous ceux qui viennent régulièrement ou irrégulièrement par ici et j'espère que vous prenez autant de plaisir à lire ces articles que je prends plaisir à les écrire. J'en profite du coup pour souhaiter un joyeux anniversaire à tous ceux dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, on ne sait jamais.

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Published by beux - dans Fantastique
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commentaires

beux 12/04/2016 15:47

Oui vous avez raison j'ai aussi pensé aux romans-feuilletons du 19e siècle (je pensais plus à Eugène Sue et aux Mystères de Paris pour le coup) mais je ne suis pas convaincue par la forme pour autant. Disons que ça me semble un exercice extrêmement périlleux et effectivement il faut une bonne dose de talent pour ça.

(pour la mise en page il faut voir avec Boulet justement j'avoue que je maîtrise mal l'informatique^^)

Jacques C 12/04/2016 17:09

Ah oui, Eugène Sue aussi, c'est vrai !

Pour la mise en page, je pense que c'était en fait un bug de "prévisualisation" avant que le commentaire ne soit définitivement validé... car maintenant il apparaît bien avec des retours à la ligne, etc. Au temps pour moi.

[Mais sinon, j'aime bien rappeler que les séries-télé descendent des romans-feuilletons et non l'inverse ;-), et que tout ça a été inventé en France au XIXe siècle... Pour une fois qu'un genre très prisé actuellement est d'origine française, ne boudons pas ce plaisir chauvin malsain mais qui défoule parfois]

Jacques C 11/04/2016 19:28

Ce procédé est d'autant moins "révolutionnaire" que c'est par le roman que le feuilleton a été inventé. Les séries télé ne sont que les énièmes héritiers du roman-feuilleton, forme essentielle de la littérature du 19e siècle !

Ceci pour dire qu'articuler "chapitres réguliers, addictifs et avec une fin donnant envie de voir ou lire la suite" et "continuité narrative, cohérence et qualité littéraire" n'est absolument pas impossible, même en matière romanesque.

Je conteste donc un passage de votre analyse (je n'irai pas jusqu'à lire ce truc pour me faire un avis, et vous crois sans mal et sur parole si vous nous dites que c'est raté !, je ne remets donc pas en cause votre analyse sur le fond) : ce n'est pas un ratage lié à la nature intrinsèque de l'exercice, mais uniquement au talent (ou à l'absence de talent) des auteurs.

Rien n'empêche une œuvre écrite par petits bouts sous une forme feuilletonnesque destinée à accrocher le lecteur semaine après semaine d'être réussie ! Alexandre Dumas, Honoré de Balzac, Charles Dickens ou Gaston Leroux ont parfaitement réussi à combiner les différentes exigences du genre. En BD, Franquin ou Hergé pratiquaient également ainsi (avec plus ou moins de réussite : Hergé a dû totalement recomposer les 10 premières aventures de Tintin pour leur publication en album, réduisant par 2 ou 3 leur longueur initiale, éliminant des incohérences, redessinant la plupart des planches - et une grande partie de ce travail de réécriture et de dessin a été réalisé par ses assistants, surtout Bob de Moor, qui aurait dû être crédité comme co-auteur de la moitié des albums de Tintin tels qu'on les connaît aujourd'hui, si Hergé avait été correct ; dans le cas de Franquin en revanche la forme "feuilleton" était magistralement maîtrisée en articulation avec la publication ultérieure en albums, alors même qu'il ne dessinait qu'au fur et à mesure, et retravaillait en continu et "en direct" le découpage, les détails du scénario, etc., sans jamais avoir besoin de revenir dessus pour la publication en albums).

Bref, les auteurs n'ont pas l'excuse d'un "genre" impossible. C'est parfaitement possible, et ça a été réussi magistralement par le passé. Mais tout le monde n'est pas Dumas, Balzac ou Franquin.

---------

P-S : Bon anniversaire à ce blog, donc ! Il est toujours agréable d'avoir quelques aperçus d’œuvres que l'on lira, ou que l'on ne lira pas. Ça peut donner envie et conduire à une découverte plus durable, ça peut distraire même sans intention de lire le livre chroniqué, ce sont des étincelles de littérature qui évitent l'inanition quand on n'a pas le temps de lire ;-).

Jacques C 11/04/2016 19:31

Eh, pourquoi mon commentaire, que j'avais soigneusement "mis en forme" pour la fluidité de lecture et pour en rendre facile la structure et la séparation des idées (retours à la ligne, sauts de lignes), se retrouve-t-il sous forme d'un pavé linéaire et indigeste ?

Pourtant, celui de Boulet arrive à avoir des retours à la ligne et un saut de ligne, c'est donc possible. Qu'ai-je loupé ?

Laurène 09/04/2016 18:58

Joyeux anniversaire de blog! Tes revues sont toujours très agréables à lire et j'ai l'impression qu'on a un peu les mêmes goûts, donc je n'hésites pas à me fier à ton avis (et tes lapins sont tellement mignons) J'en profites pour te demander dans quelle région tu es libraire?

Laurène 17/04/2016 19:37

Ah ma région homophone :) mais beaucoup trop loin de chez moi je ne pourrai pas venir te demander un conseil de lecture, dommage :(

beux 09/04/2016 19:20

En Lorraine ! Je travaille par contre dans le côté obscur de la librairie, la grande surface culturelle^^

Tororo 08/04/2016 23:41

Joyeux anniversaire d'hier, et hourrah pour les feuiletonnistes de huit ans!

Boulet 08/04/2016 12:42

Alors je serais moins catégorique que toi, j'ai trouvé que ça fonctionnait pas mal quand même, le mystère est bien entretenu et on se demande vraiment ce qui se passe. J'aime bien cet univers un peu cauchemardesque-fantastique façon "Les Langoliers" (Ils ne cachent pas leur influence "Stephen King", d'ailleurs, c'est surtout là la caricature pour moi: tous leurs persos semblent directement tirés d'un de ses romans!)
Mais justement ça fait un très bon bouquin à picorer. Peut-être que ça vient du fait que je le lisais par toutes petites tranches avant d'aller dormir, mais en gardant ce rythme "épisode", ça tient bien la route!

Mais le tien était mieux, j'ai hâte que tu le réécrives! :D

beux 09/04/2016 19:18

Moui je suis peut-être un peu dure. Mais les personnages sont tellement caricaturaux. Je ne savais même pas que tu l'avais lu ceci dit c'est bien tu pourras m'informer de la suite du coup ^^ (et je retournerai à mes matrades bientôt promis)