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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 13:05

L01.jpgJustice

Michael J.Sandel

éditions Albin Michel

2009

 

Souvenez-nous : nous avions déjà parlé de Sandel lorsque nous avons évoqué son livre Ce que l'argent ne saurait acheter. Cette fois c'est sur le thème de la justice que l'auteur s'interroge. Qu'est-ce que la justice ? Comment l'appliquer du mieux possible ? Question qui paraît simple si, comme moi, vous n'y aviez jamais vraiment réfléchi, beaucoup plus complexe dès lors qu'on se penche sérieusement sur le sujet : tout le monde admettra qu'un meurtrier doit être sévèrement puni mais quid de cet allemand qui a cherché par le biais de petites annonces un homme à tuer et à manger ? Après tout, la victime était consentante... Est-il juste également de sacrifier le bien d'un innocent pour celui d'un plus grand nombre et y-a-t-il des accords tacites ?

Pour aborder le thème, Sandel choisit d'évoquer trois conceptions de la justice : l'utilitarisme, véhiculé notamment par Bentham, vise le bonheur du plus grand nombre et, par le biais de calculs, choisit ce qui est préférable, quitte à léser une minorité. Le seconde conception de la justice est celle de la liberté : quoi qu'il arrive, la justice ne peut s'approprier les hommes et se doit de respecter leurs décisions. Idée séduisante en théorie car elle permet le respect des appartenances religieuses et des minorités, mais plus complexe qu'elle n'y paraît car elle encourage de ce fait un système inégalitaire où les riches n'auraient pas à payer d'impôts et où une petite vieille pourrait se faire escroquer par un plombier peu scrupuleux. La dernière idée de la justice, retenue par Sandel, est celle d'une justice qui jonglerait entre les deux visions pour aboutir à une réflexion morale sur ce que doit être une société bonne : plutôt que d'essayer d'occulter les désaccords religieux ou moraux, ce qui est impossible de toute façon, l'auteur appelle à une justice qui permettrait à tous les points de vue de s'exprimer.

Je ne fais pas moi-même justice à l'ouvrage de Sandel avec ce résumé mais je vous invite néanmoins à le consulter car il fourmille d'exemples amusants et de cas d'école tout en incitant à une réflexion plus qu'intéressante sur la difficulté de juger et à quel aune. Il nous parle également de Mills et d'Aristote, de Kant et de Rawls et de leurs théories avec une grande clarté. J'apprécie également son parti pris contre un libéralisme outrancier qui renvoie les hommes à de simples marchandises. Il est des choses qui ne s'achètent pas et nier la valeur non-marchande d'un homme c'est nier son humanité.

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Published by beux - dans Essais
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