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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 11:21

La foire aux vanités

Thackeray

éditions Gallimard

1847

 

A peine sortie de la pension de jeunes filles Becky Sharp jette le livre que l'institution lui a offert. La gratitude ? L'amitié ? La douceur ? La morale ? Au diable tout cela quand on est orpheline et sans le sou ! Si Becky ne veut pas finir sa vie en tant que gouvernante il va lui falloir se montrer fourbe pour faire son chemin dans le monde. Pour cela il faut commencer par se trouver un mari. Si elle croit avoir trouvé le pigeon idéal en Joseph, le frère de son amie Amélia, un homme gras et benêt, ses espoirs sont réduits à néant par le fiancé d'Amélia, George Osborne, bien déterminé à éviter une telle mésalliance à sa future famille. Qu'à cela ne tienne Becky se rabat sur Rawdon Crawley : il est joueur et dépensier mais c'est le neveu favori d'une vieille fille très riche. Durant ces tractations, une guerre se prépare : Napoléon s'est échappé de l'île d'Elbe et rassemble son armée. George, son meilleur ami Dobbin et Rawdon sont appelés à combattre.

Comme son auteur s'est plu à le souligner La foire aux vanités est un roman sans héros avec cinq personnages clés qui sont tout en ombres et lumière. Amélia est une jeune femme niaise et aveuglée par son amour pour un mari qui ne la mérite pas, mais sa gentillesse et sa douceur séduisent tandis qu'on prend en pitié le nombre incalculable de malheurs qu'elle se prend sur la tête. George est héroïque lorsqu'il épouse sa fiancée contre la volonté de son père mais il est joueur, fat, et se laisse embobiner par Becky. Rawdon souffre des mêmes vices mais il est "sauvé" lui par son amour pour son fils. Dobbin est ce qui se rapprocherait le plus d'un héros : courageux, noble, perspicace, il est surtout raillé par l'auteur pour son amour sans bornes pour Amélia "Notre récit n'aura pas servi à grand-chose si le lecteur n'a pas compris que le major Dobbin était un dadais sentimental." Quant à Becky c'est l'anti-héroïne par excellence, une Rastignac en jupons qui calcule tout, dénuée du moindre sentiment et dévorée par l'ambition. Cependant, ses manoeuvres peuvent séduire ainsi que son caractère déterminé et intelligent. Autour de ces protagonistes s'agite toute une armée de marionnettes plus ou moins intéressantes qui sont consumées par des désirs plus ou moins avouables et qui évolue dans une société où l'argent et le paraître font tout. Thackeray a l'art du portrait grinçant et de la satire, doublé d'un talent de conteur : son récit est dynamique, il prend volontiers à parti son lecteur et son humour cynique est tout simplement réjouissant, si bien que les mille pages de son roman passent en un éclair. Contemporain de Dickens, il a souffert toute sa vie de la comparaison. A mon sens pourtant ce livre est largement supérieur à ceux que j'ai déjà lu de Dickens.

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Published by beux - dans Classiques
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