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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 13:39

C'est un temps gris, un temps pluvieux. Adapté à l'anniversaire du jour. La réalité quand on y songe est parfois assez affreuse. C'est pour ça que j'aime les romans : ce n'est pas qu'ils nient la réalité contrairement à ce que certains prétendent, mais c'est qu'ils l'adoucissent et lui redonnent sens. Ils permettent aux gens de devenir des héros à travers des personnages qui ne sont jamais ridicules, qui ne bafouillent pas, qui semblent exactement là où ils devraient être parce que l'intrigue le nécessite. Dans la réalité, un chagrin d'amour paraît toujours un peu idiot voire déplacé; dans la réalité il ne semble pas y avoir de sens à la mort d'un être cher qu'on met brutalement en terre. Dans la réalité madame Bovary serait une nymphomane dépressive qui s'est prise trop au sérieux. C'est peut-être ça le roman : retrouver une noblesse que nous perdons chaque jour bien malgré nous dans des bassesses et des mesquineries typiquement humaines ou dans des angoisses et douleurs qui vous tiennent éveillés dans les profondeurs de la nuit. Oh il y a je n'en doute pas des gens qui parviennent à être les héros de leurs vies sans aide : ceux-là ont leurs certitudes et leurs convictions, bien installés dans leur petit monde, les pieds solidement ancrés sur terre, ils sont habitués à ce que tout tourne autour d'eux et à ce que le reste du monde ne soit qu'une figuration. Rien ne trouble leur sommeil. La plupart d'entre nous n'avons pas cette chance : nous sommes des figurants tâchant en vain de nous imposer lors de répliques ratées et de scènes coupées au montage, dans l'attente de rebondissements qui ne viendront jamais. Dans un livre nous serions certes ridicules, mais un bon livre nous rendrait touchant malgré tout, parvenant à nous rendre beaux alors que le reflet de notre miroir ne nous renvoie qu'un visage ingrat et fatigué. Un roman ferait ressortir en nous toute la grandeur sans s'attarder sur les petitesses, un roman aurait pitié de nos faiblesses, de nos colères, un roman ne nous jugerait pas alors que nous sommes sans cesse jugés et jugeons avec la même présomption.

Mais je suppose que nous ne sommes pas dans un roman. C'est peut-être mieux : on ne peut baigner en permanence dans le tragique et le sublime. Tôt ou tard au milieu de transports de joie et de chagrin, il faut aller aux toilettes, manger un morceau, sortir le chien ou changer la litière du chat. Tôt ou tard le désir d'absolu se mue de temps en temps en simple envie de confort. C'est un peu triste au fond mais c'est une manière comme une autre de nous rappeler que le héros parfait n'existe pas. Le tout c'est de ne pas oublier qu'un roman ne se construit jamais à partir de rien et que la réalité, aussi sordide et aussi décourageante semble-t-elle être, doit bien avoir elle aussi une petite touche de magie quelque part.

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Published by beux - dans Humeur
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