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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 12:06

L01.jpgLa Maison aux sept pignons

Nathaniel Hawthorne

éditions Flammarion

1851

 

Retour aux 1001 Livres et à Nathaniel Hawthorne, l'auteur de La lettre écarlate qui revient avec un roman tout aussi déconcertant que son premier ouvrage. L'histoire se déroule dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Bien des années auparavant, pour s'approprier le terrain de Matthew Maule, un humble villageois, le colonel Pyncheon fit accuser ce dernier de sorcellerie et le fit exécuter. Sur le terrain ainsi volé, il construisit une grande demeure, la Maison aux sept pignons, une maison destinée à abriter sa nombreuse descendance. Mais il s'était attiré la malédiction du Ciel : non seulement le colonel mourut le jour même de l'inauguration de sa propriété mais sa famille ne connut jamais le bonheur, cumulant ruines et désillusions. Deux siècles plus tard, il ne reste plus dans la maison que Hepzibah Pyncheon, une vieille fille déjà âgée qui, pour sauver son frère fraîchement libéré de prison et pour échapper à son machiavélique cousin, un juge renommé, se décide à ouvrir une boutique dans la demeure. Mais le destin lui envoie alors la jeune Phoebé, nièce dont le sourire et la gentillesse vont peut-être enfin faire lever le noir destin qui pèse sur la famille.

Hawthorne renoue ici avec ses thèmes favoris, culpabilité et rédemption, mais l'aborde sous un angle différent puisque qu'ici la culpabilité n'est pas le fait des personnages principaux mais celle d'un lointain ancêtre, un péché héréditaire qui rejaillit sur la descendance entière. Oui, je sais, c'est un peu glauque et il y faut y voir là l'éducation puritaine de Hawthorne dont il n'a jamais pu tout à fait se défaire. Cependant le roman est fascinant car, mine de rien, il brosse le portrait d'une famille entière, du colonel véreux au commerçant avisé, de la jeune vierge sacrifiée à la vieille fille recluse tout en évitant une mise en scène chronologique et linéaire. L'humour et le fantastique s'invitent également dans un ouvrage qui prône son mépris pour une société avide de richesses et de gloire. Au juge ambitieux et matérialiste, l'auteur oppose le gentil vieux qu'on croit à tort simple d'esprit, à la maison maudite il oppose le jardin où Phoebe converse avec Holgrave, le photographe énigmatique, à la vie mondaine du cousin, vide et vaine, il compare l'existence douce et simple des autres Pyncheon... Récit tout en ombres et en lumière, avec une touche de suspens, La maison aux sept pignons possède une grande force poétique et se lit beaucoup mieux que La lettre écarlate qui, à mon sens, avait beaucoup trop de longueurs. Une jolie découverte. 

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Jacques C 24/04/2017 23:36

Je ne pense pas que le principe d'une malédiction remontant à un acte d'un ancêtre doive être relié à "l'éducation puritaine de Hawthorne", mais tout simplement au ressort élémentaire de la tragédie.

En effet, ce principe est le ciment de la tragédie grecque, largement repris dans une partie du théâtre français du XVIIe siècle et dans une partie de l’œuvre de Shakespeare, par exemple. C'est une convention, ou plus exactement un élément de la définition d'une tragédie. Alors évidemment, comme tout principe classique, il doit être dépassé (surtout au XIXe siècle !), et si ce roman envisage que la malédiction puisse être levée (je ne l'ai pas lu, je me fie à vos indications... donc avec des points d'interrogation judicieux), il propose de sortir du fatalisme tragique (puisque dans une tragédie orthodoxe, point de salut, le lecteur sait que la malédiction est infaillible et tout l'intérêt est de voir comment cela va s'agencer et comment cela va ouvrir des réflexions philosophiques ou politiques).

Bref, plus que du puritanisme, j'y vois a-priori juste une culture littéraire classique. Et tout l'art du romantisme est de subvertir la culture classique, donc d'en utiliser certains codes pour les dévoyer ;-).

Angeline 23/04/2017 22:00

j'aime me promener ici. un bel univers. venez visiter mon blog. merci