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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 13:39

L03.jpgLes porteurs

1- Matt

C.Kueva

éditions Thierry Magnier

 

Je lance un appel général à tous les auteurs de dystopie en jeunesse : il faut arrêter maintenant avec les postulats de plus en plus improbables sur une société futuriste quelconque. Entre "Le monde est ravagé par une maladie qui a décimé tout le monde sauf les adolescents" ou "sur fond d'inégalité sociale, des enfants sont envoyés chaque année dans une arène géante pour se massacrer entre eux" ou "des loutres géantes ont pris le pouvoir et ont réduit en esclavage les humains, les utilisant comme jouets sexuels lors de cérémonies sacrificielles terrifiantes"ça commence à devenir un peu tout et n'importe quoi (Ok le dernier résumé est inventé mais je pense que je tiens quelque chose). Aujourd'hui donc, le postulat est le suivant : "A la suite d'une maladie mondiale, les bébés naissent désormais hermaphrodites et ne doivent choisir leur sexe qu'à seize ans."

Ouais. Autant vous dire que lorsque j'ai vu atterrir Les porteurs dans mes services de presse j'ai fait un peu la tronche tellement le sujet ne m'inspirait guère. Outre que je trouvais le monde créé des plus irréalistes, je craignais bien évidemment un discours sur la théorie du genre. Et, comme vous l'avez sans doute déjà noté, s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, ce sont les cours d'éducation civique quand je lis un roman, que ce soit pour m'expliquer qu'un papa et une maman c'est mieux ou qu'il faut lutter contre le système corrompu d'une société machiste et carniste qui fait la part belle aux mâles dominants. J'en profite pour lancer un nouvel appel, cette fois aux éducateurs/profs de tout crin qui viennent dans mon rayon adolescent et qui s'indignent parce qu'aucun auteur n'a écrit de romans sur la faim dans le monde, la guerre, l'avortement, l'adoption ou le mode de vie de la loutre dans son habitat naturel. J'ai un scoop pour vous : les auteurs, les bons j'entends, n'écrivent pas parce qu'ils sont mandatés par l'Education Nationale. Ils n'ont pas de quotas à remplir et ils écrivent sur ce qu'ils veulent tout comme les auteurs de littérature. Je ne dis pas qu'ils n'ont pas à aborder de sujets de société mais s'ils le font, ils le font parce que le sujet leur tient à coeur et non pas pour servir de support à votre bien-pensance ou à votre vision de monde. En bref, foutez-leur la paix.

Ceci étant revenons à notre dystopie du jour et penchons-nous sur le cas de trois adolescents, Matt, Gaëlle et Flo qui ont bientôt seize ans et qui, si vous avez bien suivi, doivent choisir leur sexe. Gaëlle c'est sûr, elle veut être une fille et comme Matt est son petit ami, il pense devenir un homme. Flo hésite encore, pas facile de se décider. Mais pour Matt, les choses tournent au drame lorsqu'un courrier l'informe qu'il est atteint d'une maladie génétique rare qui l'oblige à rester neutre jusqu'à ses trente ans. C'est un porteur. D'abord effondré, Matt cherche par la suite à comprendre sa maladie et ne tarde pas à se rendre compte que sa déficience cache quelque chose, un complot orchestré par l'état et le ministère de la Santé...

C'est pas vraiment bien fichu loin de là. En terme de génétique je soupçonne l'auteur d'être aussi calé que moi ce qui un peu délicat quand l'ouvrage est entièrement basé sur le sujet. Je passerai charitablement sous silence les scènes d'amour qui sont d'un ridicule achevé et l'écriture hésitante. C'est un premier roman et ça se voit clairement. Néanmoins, il y a quelque chose là-dedans : déjà ce que j'ai apprécié le plus ce sont les personnages qui sont beaucoup plus subtils que ce qu'on aurait pu penser. La mère du héros paraissait caractérielle elle se révèle pleine de ressources alors que le père dynamique et sportif a bien du mal à faire front à la maladie de son fils. La légère Gaëlle est un appui précieux tout en étant animée par des motivations égoïstes et Matt se découvre de page en page. Ainsi tous ces protagonistes se révèlent curieusement réalistes au milieu d'un monde qui ne l'est aucunement. Et si l'intrigue est mal menée, avec rebondissements sortis d'on ne sait où et personnages secondaires dont on ne voit pas encore l'intérêt qui surgissent et disparaissent de nulle part, reste que je suis venue à bout sans trop de mal de ce premier tome de ce qui sera une trilogie. Avec toutes les casseroles que ce livre traîne, ça donne à réfléchir... En résumé c'est un ratage mais un ratage intéressant et prometteur. J'irais même voir ce que donne le second volume c'est dire.

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Published by beux - dans Jeunesse
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