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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 11:56

La fourmi rouge

Emilie Chazerand

éditions Sarbacane

2017

 

Vania; quinze ans, n'a pas de chance : en plus d'être affligée d'un nom à coucher dehors et d'un ptosis congénital à l'oeil gauche, elle vit seule avec son père, taxidermiste qui l'humilie régulièrement en venant la chercher avec sa voiture de fonction et en lui faisant offrir des chatons empaillés à ses copines. Bref, comme pratiquement toutes les héroïnes des romans du genre, c'est une adolescente complexée sur qui la malchance semble s'acharner et le souffre-douleur de la fille la plus populaire du lycée. Jusqu'au soir où elle reçoit un mail étrange, brutal, qui lui reproche sa passivité, l'accuse d'être une fourmi noire et l'invite à devenir une fourmi rouge, une fourmi qui se démarque de ses congénères. Mais qui est l'auteur de ce mystérieux message ? Son père ? Sa meilleure amie, la belle mais puante Victoire, son meilleur ami et voisin de palier Pierre-Rachid ?

Rien d'original dans ce récit qui n'est pas sans m'avoir fait beaucoup penser à Je suis ton soleil de Pavlenko. Ceci dit j'ai préféré La fourmi rouge dont le ton est beaucoup plus cynique et l'humour un peu plus vachard. Emilie Chazerand trimballe Vania de situations humiliantes en situations humiliantes tout en cultivant le mystère qui entoure la "mort" de sa mère. Elle n'épargne pas son héroïne qu'elle présente comme une adolescente mal dans sa peau et (souvent) un peu pénible, qui ment comme elle respire et qui porte un jugement sans concessions sur elle-même et les autres. Si on peut regretter quelques clichés (la fille populaire du lycée qui est, bien évidemment, une peste superficielle pleine de préjugés, le bellâtre crétin contre le meilleur ami amoureux discret) il faut aussi saluer des trouvailles plutôt drôles : Pierre-Rachid qui, pour sortir plus tard, fait croire à ses parents qu'il se radicalise, le père et son association d'hommes esseulés, et, surtout, l'histoire de la mère de Vania. Mais là on vous laisse le suspens. L'auteur évite avec sagesse la guimauve qui est loin d'être son fort et préfère rester dans la pudeur et la suggestion (l'amour inconditionnel qui existe entre le père et sa fille, l'amitié qui unit Vania et Victoire) tout en suggérant une jolie morale : la malchance peut aussi être une force, il suffit juste d'en tirer le meilleur parti possible.

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Published by beux
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