Samedi 5 novembre 2011
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1Q84
(livres1 et 2)
Haruki Murakami
éditions Belfond
2009
Nous sommes au Japon, en 1984. Une jeune femme, Anomamé, engagée par une vieille dame, tue des époux violents en faisant passer leurs morts pour accidentelles.
Pendant ce temps, Tengo, un modeste professeur de maths, écrivain à ses heures perdues, accepte de réécrire le roman prometteur d'une jeune fille de dix-sept ans. Tous deux ne semblent avoir rien
en commun si ce n'est leur extrême solitude, pourtant ils sont liés. Leur destin les entraînent dans une direction inconnue et, tandis qu'ils glissent dans un monde parallèle, le monde de 1Q84,
monde des Little People et des deux lunes, leur passé commun resurgit...
A dire vrai, 1Q84 a été une petite déception. Si Murakami a parfois flirté avec le fantastique et le merveilleux, il l'a toujours fait avec une certaine
finesse et beaucoup de naturel. Or, 1Q84 est un roman lourd. Nous ne sommes plus dans la suggestion mais dans la démonstration. L'auteur s'emploie à plusieurs reprises à souligner
l'insolite et le surnaturel de l'histoire et donne au récit un côté artificiel que ses précédents romans n'avaient pas. L'intrigue en elle-même n'est pas forcément des plus intéressantes, diluée
dans deux tomes (le troisième sortira en France en 2012) et très orientée SF. J'ajoute à cela que je ne suis pas non plus fan des termes anglo-saxons qui émaillent le roman, lui donnant l'allure
d'un mauvais film d'action américain, tout comme d'ailleurs Aomamé, figure justicière d'une féminité bafouée. Bref, à de nombreuses reprises, je me suis demandée comment diable un auteur que
j'aime beaucoup d'habitude a pu se lancer dans une entreprise pareille. Bon, il faut relativiser: c'est du Murakami tout de même et le style est toujours là. De plus, 1Q84 réserve de
très jolies scènes: les scènes où Aomamé contemple les deux lunes, celles où Tengo se remémore l'histoire du jeune homme et de la ville aux chats... ce sont dans ces passages clair-obscurs
(description d'un jardin d'enfants au clair de lune, ville endormie, souvenirs en noir et blanc du passé des deux héros, rêves...) que l'auteur réaffirme avec force son talent pour un univers
poétique et onirique dont, à mon humble avis, il ne devrait pas sortir. Reconnaissons-le: 1Q84 est une entreprise audacieuse, le désir d'un auteur de prouver qu'il peut se renouveler
mais, pour ma part, en attendant de lire le dernier volet, c'est un roman en demi-teinte loin d'atteindre le niveau des précédents romans de Murakami.
Par beux
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Publié dans : Roman
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Jeudi 27 octobre 2011
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18:54
Anton Reiser
Karl Philipp Moritz
éditions Fayard
(1785)
Il m'a fallu du temps pour me remettre de la lecture des 120 jours de Sodome mais ça y est, me revoilà prête à vous parler de nouveau des 1001 livres
qu'il faut avoir lus dans sa vie. Passons de la sulfureuse France du 18e siècle à la passionnée Allemagne...Pas sûre qu'on y gagne au change.
Anton Reiser, oeuvre parue pour la première fois en 1785, met en scène Anton, un jeune homme de condition modeste élevé dans une piété austère. Le garçon
est intelligent mais émotionnellement instable. Promis à une situation peu enviable, il attire l'attention de riches protecteurs grâce à son esprit et peut entamer des études. Mais sa
pauvreté et sa dépendance vis-à-vis des puissants empoisonnent son existence. Tiraillé entre des sentiments contradictoires, une passion du romanesque et du théâtre, sa timidité et son orgueil,
Anton se bat contre tous les obstacles, réels ou imaginaires, humiliations et railleries, et échoue finalement à trouver ce qu'il cherchait: le bonheur.
Très largement inspiré par l'expérience de son auteur, le malheureux Karl Philipp Moritz, contemporain et ami de Goethe, Anton Reiser doit beaucoup à
Rousseau et à ses Confessions au niveau du style et du sujet. Il s'agit pour l'auteur de présenter au mieux un héros, ses forces et ses faiblesses et de le décrire dans toute sa vérité.
Anton est un personnage de ce fait qui paraît terriblement humain puisqu'il nous est présenté sans fard: prétentieux mais intelligent, sensible mais fier et surtout... très jeune. Anton rêve de
liberté et d'aventures mais doit vivre de la charité des autres. Il aimerait être un grand et se retrouve sans cesse rabaissé... La psychologie du héros est très bien rendue et certains passages
sont particulièrement intéressants car, tout comme ceux de Rousseau, ils mettent en situation certaines scènes et certains sentiments qui sont rendus avec une telle exactitude que l'auteur semble
les avoir vécus lui-même.
Mais après... et bien c'est très inégal et c'est long. Quelques pointes de poésie ou de justesse ne peuvent racheter un roman qui se perd dans les états d'âme de
son héros et qui fait traîner une intrigue... euh quelle intrigue d'ailleurs? N'est pas Rousseau ou Goethe qui veut et le pauvre Moritz, guère plus vieux que son personnage (il n'aura pas la
chance de mûrir d'ailleurs puisqu'il mourra avant ses quarante ans) échoue à donner vie à un récit bâtard, hésitant entre romantisme et psychologie. Le lecteur peut être intéressé, il n'est pas
touché par les mésaventures de Anton, à moitié poète et comédien, à moitié génie et à moitié homme de rien, héros inabouti qui voulait toucher les étoiles et qui s'est retrouvé à
terre...
Par beux
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Publié dans : Classiques
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Lundi 24 octobre 2011
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12:53
Le héron de
Guernica
Antoine Choplin
éditions Le Rouergue
2011
Nous sommes à Guernica, en avril 1937, en pleine guerre civile espagnole. Même si son coeur est pour les républicains, Basilio, jeune homme un peu rêveur, se tient
légèrement en retrait du conflit, préférant, lors de ses heures de liberté, peindre des hérons dans la rivière. Avec son pinceau, il tente de saisir toute la majesté de l'oiseau et la beauté de
l'instant. Ce matin-là il est tout particulièrement appliqué car il a promis de donner à Célestina, la jeune fille qu'il aime, le dessin du héron. Mais ce matin-là ne ressemble pas aux autres:
des avions sillonnent la ville et bientôt cette dernière est réduite en cendres par les bombes. Basilio, en une journée, voit sa vie d'avant voler en éclats et prend conscience de l'absurdité
humaine. Le héron qu'il reviendra peindre au soir ne sera pas le même que celui du matin...
Ce livre avait tout pour me faire fuir puisqu'il traitait à la fois d'une période de l'histoire que je connais très mal et de peinture, un sujet qui ne me passionne
pas plus que ça. Pourtant, Le héron de Guernica m'a beaucoup touchée et fait pour l'instant partie de mes coups de coeur de la rentrée littéraire. L'écriture par petites touches mime
avec précision le pinceau que Basilio appose sur sa toile. Antoine Choplin parvient à saisir tous les contrastes entre la ville de Guernica, lieu de bruit et de violence, et la
rivière, lieu de silence. Tous deux pourtant ont un point commun: la mort est au bout du parcours et la rivière, sous ses apparences paisibles n'offre pas plus de sécurité que la ville. Le
héron de Guernica est un roman qui s'interdit tout jugement, privilégiant une description qui devient parfois quasi-clinique; les caractères sont esquissés, les sentiments devinés...Ce genre
de style s'il n'est pas maîtrisé peut parfois prendre une certaine lourdeur mais ce n'est pas le cas ici: le style est tout en élégance et tout en finesse et, sans en rajouter dans le larmoyant
(le sujet du livre suffit), donne au récit une rare émotion. Que dire, c'est élégant, c'est triste et beau à la fois (la description de la rivière et du héron est magnifique) et ça pointe tout ce
qu'il y a d'absurde et de sublime dans la condition humaine. Pour résumer, c'est du grand art.
Par beux
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Publié dans : Roman
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Vendredi 21 octobre 2011
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13:57
Le trône de fer l'intégrale
t.1
(volumes 1 et 2)
George R.R Martin
éditions J'ai Lu
(1996)
"Winter is coming" c'est la devise de la famille Stark, les seigneurs du Nord. Eddard Stark (dit Ned) règne sur des terres glaciales, coulant des
jours paisibles avec son épouse Catelyn et ses six enfants. Mais pour combien de temps? Après la mort de son conseiller, le roi Robert (dit "l'usurpateur") vient en personne prier Ned de
remplacer ce dernier. Quittant sa demeure, Ned se retrouve dès lors confronté à une Cour pleine d'intrigues et de trahisons, et doit gérer les humeurs d'un roi alcoolique et d'une reine dévorée
d'ambition. Mais si le danger ne venait que de là... Par delà les mers, les héritiers de la couronne, chassés jadis par Robert, préparent leur retour et, de l'autre côté du Mur, territoire des
sauvageons et des créatures de légendes, les morts reviennent à la vie. Oui, pas de doute, l'hiver approche...
Honte à moi, je n'aurais peut-être jamais commencé le cycle du Trône de fer si mon entourage ne m'avait pas tannée pour que j'en regarde l'adaptation (mais
si vous savez, celle avec le beau Sean Bean) et j'ai commencé l'oeuvre de Martin uniquement pour pouvoir regarder par la suite la série télévisée (très bien au demeurant). Je ne regrette rien. ça
faisait très longtemps que je n'avais pas veillé aussi tard pour un roman. Dans la même veine que la trilogie Un Monde sans dieux (qui du coup me paraît presque fade à côté) Le trône
de fer (du moins les deux premiers tomes) est une saga qui, tout en usant des canons de la fantasy (univers médiéval, éléments surnaturels, créatures mythiques et légendes oubliées) se
les réapproprie de façon magistrale pour nous faire oublier les coutures du genre. La force de l'histoire réside également dans une intrigue à plusieurs niveaux renforcée par une
narration alternée qui se penche tour à tour sur huit des protagonistes: Ned bien entendu, mais aussi sa femme, deux de ses fils, ses deux filles, le nain Tyrion, frère de la reine, et Daenerys,
l'héritière légitime au trône exilée au-delà des mers. Encore une fois, rien de révolutionnaire mais cela donne au récit un bon rythme et permet ainsi d'étoffer les différents personnages,
également l'une des grandes forces de l'histoire, attachants chacun à leur manière. Vous le comprendrez, mon seul regret est de n'avoir emprunté que le premier volume de l'intégrale de la série
et, du coup, je ronge mon frein en attendant de pouvoir lire la suite. Il reste encore trois volumes comme ça je crois (soit six tomes) J'espère pour vous que vous aimez la fantasy parce
que sinon, pour vous, sur ce blog, l'hiver risque d'être long...
Par beux
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Publié dans : Héroïc-Fantasy
9
Jeudi 6 octobre 2011
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10:35
Tout, tout de
suite
Morgan Sportès
éditions Fayard
2011
On continue dans la rentrée littéraire avec un ouvrage qui n'a rien de franchement mignon. "Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une
autopsie: celle de nos sociétés saisies par la barbarie." Voici ce que vous lisez sur la quatrième de couverture du nouveau livre de Morgan Sportès Tout, tout de suite qui
réinterprète à sa sauce l'affaire du "Gang des Barbares". En 2006, un jeune juif est retrouvé mourant près d'une voie ferrée après trois semaines de séquestration et de tortures. Il décédera dans
l'ambulance. Plus d'une vingtaine de personnes ont été impliquées dans cette affaire à des degrés divers, de toutes confessions et de toutes origines. Si le motif de l'enlèvement du jeune homme
était clairement crapuleux (le jeune homme aurait été enlevé parce qu'il était juif, donc forcément riche logique d'ailleurs pour le moins stupide) les motivations antisémites ont été clairement
soulevées sans pour autant être établies. Crime crapuleux, crime haineux? Morgan Sportès s'empare des faits et se livre à ses propres interprétations en reconstituant à sa manière toute
l'histoire. La démarche peut paraître un peu gênante dans la mesure où l'auteur dénonce des gens qui ont perdu toute notion entre réel et irréel et agissent comme s'ils étaient dans un film.
Zelda, "l'appât", se prend pour une vedette, les ravisseurs cherchent un moment du "faux sang" pour faire comme s'ils avaient battu Elie, la victime, histoire de ne pas le battre pour de
vrai...Or, que fait Sportès sinon en faire des personnages, travestir leurs noms et passer tout au filtre de l'écriture? Ce point me chiffonne.
Ceci dit, sorti de ça, je me dois de saluer une performance littéraire remarquable. Loin d'adopter un manichéisme bon teint, Morgan Sportès se livre à une réelle
autopsie des faits et des personnages en s'interdisant lui-même tout jugement de valeur. Les faits sont assez horribles et parlent d'eux-même à quoi bon en rajouter? Les réflexions "morales" sont
celles des propres acteurs du drame sous forme de citations ou de comptes-rendus de procès, elles sont très rarement celles du narrateur. Sportès reste dans le "concret": âge et confession des
différents protagonistes, caractéristiques physiques, habitudes de vie, énoncé des faits... Le résultat est glaçant car au final le lecteur est placé dans le rôle du juge: "voilà comment ça s'est
passé, semble dire l'auteur, voilà ce que ces gens ont fait, à vous de décider s'ils étaient coupables ou non et à quel degré." Au demeurant, nous voilà confrontés à une histoire qui donne la
nausée; des gens qui en toute bonne foi, pas forcément très méchants d'ailleurs, décident sans aucun scrupule, sans même paraître réaliser la gravité de leur geste, d'enlever et de torturer un
jeune homme qui ne leur avait rien fait, tout ça pour de l'argent. Et pourquoi pas après tout? Il y a bien des émissions de télé-réalité où l'on voit des gens prêts à tout pour le même objectif.
Je serais bien en peine de déterminer si l'affaire du Gang des Barbares relève de l'antisémitisme; en revanche, je suis pleinement d'accord avec le terme de barbares.
Par beux
-
Publié dans : Roman
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