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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:48

L02.jpgLes affinités électives

Goethe

éditions Folio

 

Edouard aime Charlotte, Charlotte aime Edouard. Ils se sont désirés pendant longtemps mais ont dû chacun endurer un premier mariage avant de pouvoir enfin convoler ensemble. Maintenant, ils sont riches et heureux et, installés, n'ont qu'un projet, celui de réaménager au mieux leur vaste propriété: jardins, résidence secondaire... Deux lettres arrivent et le couple décide de bousculer ses habitudes en accueillant chez eux l'ami d'Edouard, un capitaine, et la nièce de Charlotte, Odile. Et l'impensable se produit: tandis que Charlotte et le capitaine tombent amoureux, Edouard et Odile sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre...

Les affinités électives c'est la vision de l'amour sous un angle chimique: soit deux éléments A+B (Charlotte + Edouard) qui se dissocient pour s'allier à deux éléments C et D (le capitaine et Odile) avec qui ils ont plus d'affinités. Morale et préjugés sont laissés de côté: pourquoi s'entêter à lutter contre la nature? Pourtant, c'est la morale et la société qui, au final, compliquent la destinée des personnages et les condamnent au malheur: amis trop zélés, éclésiastique puritain, tous ceux qui s'opposent à une double passion qui, au fond, ne nuit à personne... Goethe décrit ici l'amour de façon clinique, froide. On est bien loin des soupirs du jeune Wherter dans le roman éponyme. La passion dans Les affinités électives a quelque chose d'iréel: les déclarations sont rares, les sentiments survolés, les personnages esquissés... Goethe est devenu vieux et son regard sur l'amour a changé.

Je n'ai pas plus accroché que ça au roman, essentiellement à cause de ce style par trop contrôlé et de cette passion disséquée par l'oeil impitoyable de l'auteur. J'ai eu également beaucoup de mal avec les allusions à la franc-maçonnerie, Goethe étant adepte d'un mouvement qui, pour moi, ne présente strictement aucun intérêt. Cependant, je reconnais au texte certaines scènes d'une grande intensité: la nuit qu'Edouard et Charlotte passent dans les bras l'un de l'autre en songeant au capitaine et à Odile, double adultère moral qui donne un enfant avec les traits de l'un et les yeux de l'autre, la noyade du bébé, les derniers jours d'Odile... autant de passages où la retenue dans l'écriture ne donne que plus de relief au tragique... Mais, soulignons surtout le propos audacieux de Goethe dans Les affinités électives qui fait de l'amour une combinaison chimique contre laquelle ni le mariage ni la morale ne peuvent lutter et qui, même encore aujourd'hui,  peut susciter le débat...

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Published by beux - dans Classiques
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