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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 12:05

L’épopée des trois royaumes (II)

Luo Guan-Zhong

éditions You Feng (2007)

 

Il y a plus de six mois, prise d’une frénésie de lecture et désireuse de nouer avec des « classiques » que j’avais alors jusque là éludé plus ou moins volontairement, je me suis achetée le livre les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie, l’objectif étant de lire les romans cités un par un. Objectif irréalisable me direz-vous car, à moins de me cantonner strictement à la liste et de ne faire que ça le reste de ma vie, je risque malheureusement de mourir avant d’arriver au bout. De fait, j’en suis à l’heure actuelle au quatrième de la liste. Mais bon tant pis, j’aime bien les défis.

 

J’ai hésité à faire une fiche sur L’épopée des trois royaumes pour une raison toute bête. Après maintes recherches, je suis tombée sur une seule traduction disponible, celle éditée par la librairie You Feng et actuellement en deux volumes. Le problème c’est qu’à peine au début du deuxième tome, je me suis rendue compte que le cycle était loin d’être achevé et qu’il fallait sans doute compter avec plusieurs autres tomes pas encore parus (vraisemblablement deux) Du coup, me voilà à vous parler d’une histoire dont je ne connais pas encore la fin mais encore une fois tant pis et rassurez-vous, dès que la suite sera sortie, je vous tiendrai informée !

 

Finissons-en avec les préambules et entrons dans le vif du sujet. Qu’est-ce que l’Epopée des trois royaumes ? Si j’en crois la quatrième de couverture et mes 1001 livres… c’est en Chine l’équivalent de notre Iliade, un mélange de traditions orales et un récit personnel compilé par Luo Guan-Zhong, auteur du XIVe siècle et qui met en scène l’histoire de la Chine au début du premier millénaire. Essentiellement il s’agit de guerres civils et de leçons de stratégie inspirés par Sun Zu. Malgré ce qu’on pourrait croire, le merveilleux n’est pas la pierre angulaire du récit, tout au plus le retrouve-t-on dans les prouesses des héros et les signes qu’envoie de temps en temps le Ciel. C’est pourquoi la traduction française a sans doute préféré le terme d’ « épopée » à « contes ». Il y a une multitude de personnages, mais, rassurez-vous la plupart se font décapiter, donc si vous voulez aborder ce roman sans avoir une furieuse envie de prendre de l’aspirine, retenez quelques membres de chacun des « trois royaumes » (j’en parle entre guillemets car à la fin de ce second volume les trois royaumes en question ne sont pas encore définitivement établis) :

Premier clan : Le clan du Big boss, le grand méchant premier ministre Cao Cao. Cao Cao est officiellement celui qui sert l’empereur, sauf qu’il séquestre ce dernier et se sert de lui pour ses propres intérêts. Cao Cao amateur de femmes est par ailleurs un génial stratège qui sait s’entourer et qui est sur le point de dominer tout l’Empire.

Deuxième clan : celui des « gentils » nos héros, tout du moins dans le premier et deuxième volume. A leur tête Xuan-de, un héros profondément humain, le seul qui répugne à trahir qui que ce soit et qui fait passer le bien-être de son peuple avant le sien. Il est entouré de ses deux frères de cœur, Yun-Chang, sorte de Lancelot chinois qui voue un amour sans bornes à son maître, au point qu’il repousse plusieurs fois Cao Cao qui veut lui-même se l’attacher, et de Zhang Fei, une grosse brute totalement dépourvue de stratégie et de finesse mais qui est capable de tabasser un nombre non négligeable de guerriers. Qui plus est, Xuan-de bénéficie du soutien de son stratège Kong-Ming ; ce dernier, rusé comme Ulysse, met au point des attaques qui vont lui permettre de remporter bon nombre de victoires.

Troisième clan : celui de Sun Quan, le plus effacé. Pour le moment, il est allié à Xuan-de contre Cao Cao. Sun Quan est assisté de Lu Zu et de Zhou Yu. Zhou Yu est également un stratège redoutable et un guerrier de premier ordre, mais jaloux de l’intelligence de Kong-Ming et inquiet pour son maître de l’ascension de Xuan-de, il n’est pas dit qu’il reste leur allié bien longtemps. A la fin du deuxième volume, il s’écroule brutalement lors d’une bataille et il nous est difficile de dire s’il est mort ou non…

 

Voilà. Avec ça vous avez quelques pistes pour vous en sortir. Bien entendu, il n’est pas dans mon intention de faire une critique d’un livre dont la qualité n’est plus à prouver. Ce serait aussi présomptueux que de se lancer dans une critique de la Bible ou de l’Illiade. Je me permettrai juste donc de commenter mes impressions. Autant il m’avait été relativement facile d’entrer dans le monde arabe des 1001 nuits, autant la culture chinoise m’a paru plus difficile à appréhender. Sans doute est-ce dû au fait que je suis une femme et que la femme occupe une place quasi-inexistante dans l’œuvre. Dans l’épopée des trois royaumes, elle n’a que trois fonctions ; ou elle est utilisée comme stratégie, efficace au demeurant (surtout sur Cao Cao) ou c’est une mère ou une femme dévouée qui se sacrifie pour le bien du royaume (on pensera à cette mère qui se suicide pour que son fils ne trahisse pas la cause de Xuan-de ou encore la femme de Xuan-de qui se laisse mourir pour ne pas entraîner son fils et le général de son mari dans sa mort) , ou au contraire c’est une femme acariâtre qui convoite le pouvoir pour son enfant, outrepasse sa fonction d’épouse et mène sa famille à la ruine. Le reste du temps, la femme ne sert à rien, même pas comme objet de décoration, puisqu’on est en temps de guerre et que les hommes n’ont pas le temps de conter fleurette ni de soupirer après une belle. S’indigner ceci dit est ridicule puisque c’est le contexte et la culture qui veulent ça. Mais je préfère prévenir les occidentaux qui en ouvrant le livre s’attendent peut-être à une sorte de contes de Grimm sauce chinoise. Le faible n’a pas forcément la part la plus belle contrairement aux récits de notre enfance et les bons sentiments n’y ont guère de place. Dans le livre on se trahit à tour de bras, tout en trouvant ceci parfaitement normal : ce n’est qu’alliances rompues et refaites, promesses trahies, tentatives de meurtres plus ou moins réussies, décapitations, stratégies aux noms exotiques et défaites et victoires qui s’alternent. Certains passages peuvent même paraître choquants pour les Occidentaux que nous sommes : ainsi ce passage où un chasseur, rentré bredouille, décide de tuer sa femme pour l’offrir à manger à Xuan-de. Ce dernier, découvrant la supercherie le lendemain, pleure et récompense généreusement son hôte ! On est bien loin de Tantale qui, pour ce même acte avait été puni par les dieux… (ok j’extrapole) Un autre passage aussi m’a interloqué, celui où Xuan-de jette son fils par terre (un bébé) parce qu’à cause de lui, son général a failli perdre la vie. Un petit dernier ? Ce moment où Xuan-de déclare à ses frères que les femmes sont comme des vêtements et les frères comme des membres de son corps ; on peut recoudre les vêtements mais on ne peut remplacer un bras ou une jambe arrachés…

 

Vous l’avez compris ; L’épopée des trois royaumes est à aborder avec une absence totale de préjugés. Une fois la mise à distance nécessaire établie, vous pourrez entrer dans un monde totalement dépaysant, plein d’amitiés fraternelles et de prouesses guerrières. C’est riche, dense, et ça ne se lit pas à la va-vite mais avec concentration. Alors bonne lecture et à bientôt pour la suite dès qu’elle sortira !

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Published by beux - dans Classiques
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