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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 13:20

Le vieil homme et la mer

Ernest Hemingway

 

 

L’histoire tient en quelques lignes. Un vieux pêcheur n’a rien pêché depuis presque trois mois. Un gamin l’aide de temps en temps, mais ses parents, inquiets pour l’avenir de leur fils (un pêcheur doit quand même ramener des poissons de temps en temps) finissent par lui ordonner d’aller sur un autre bateau. Le vieil homme part donc un jour tout seul et attrape un énorme poisson. Celui-ci va lutter pendant trois jours mais le pêcheur va finir par avoir le dessus dans ce combat. Mais, en rentrant au port, l’homme va se faire attaquer par les requins qui, bout par bout et malgré ses efforts, vont dévorer entièrement son poisson. Rentré chez lui, il ne restera plus qu’un squelette pour témoigner de son exploit.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ? Pour la bonne raison que l’édition que j’ai eue en main fait exactement la même chose, livrant un résumé détaillé avant même que le récit débute. J’ignore si j’aurais préféré ne pas connaître la fin du roman. Peut-être que du coup le combat entre le vieil homme et le poisson aurait pris une toute autre dimension, beaucoup moins tragique. Connaissant la fin, je ne pouvais que me sentir un peu triste en sachant que le pêcheur aurait beau faire, sa victoire ne serait que de courte durée. Ça n’ôte rien à la saveur du roman qui dégage une certaine mélancolie sans jamais tomber dans le pathétique larmoyant. Le vieil homme, touchant, est un homme simple qui ne s’embarrasse pas de phrases compliquées ni d’introspections inutiles. Sa solitude s’exprime uniquement par sa façon de parler tout haut, sa vieillesse et sa fragilité par ses mains blessées. Même la douleur physique de l’homme est éclipsée par sa volonté farouche de vaincre le poisson qui est moins un animal qu’un égal à ses yeux. Son poisson il l’aime et c’est lui le second rôle de l’histoire (son combat avec le vieil homme occupe près de 70 pages soit près de la moitié du récit, contre seulement 30 pages pour le combat entre le vieil homme et les requins) Par le biais de la narration, l’auteur lui prête des sentiments humains, si bien que le pêcheur établira un parallèle entre la bête et un homme qu’il a autrefois vaincu  au bras de fer à l’issue d’un match qui avait duré deux jours. Il est très difficile de définir la relation entre le pêcheur et le poisson, c’est  pourquoi je préfère laisser parler la narration elle-même :

 

« C’est pas parce que tu crevais de faim que t’as tué ce poisson-là, se dit-il. Ni pour le vendre. Tu l’as tué par orgueil. Tu l’as tué parce que t’es né pêcheur. Ce poisson-là tu l’aimais quand il était en vie, et tu l’as aimé aussi après. Si tu l’aimes, c’est pas un péché de l’avoir tué. Ou c’est-y encore plus mal ? »

 

Une histoire d’amour et de compétition, voilà à quoi pourrait se résumer le lien. Par extension cela résume également la relation du pêcheur avec la mer. Né pour la dominer, il ne peut y avoir entre lui et elle qu’une relation conflictuelle où chacun cherche à prendre le dessus sur l’autre, relation qui tranche avec celle du vieil homme et du gamin puisque tous deux se placent sur un pied d’égalité (le vieil homme fait partager son savoir à l’enfant, celui-ci prend soin de lui).

 

C’est d’ailleurs ce qui fait que le roman, contrairement aux apparences, n’est ni tragique ni désespéré. Il n’est pas dans l’intention de l’auteur de démontrer l’inutilité de l’existence et de la lutte. Le vieil homme a perdu certes, ses efforts ont peut-être été vains, mais cette expérience est présentée comme un jeu entre la mer et lui. Il a cru pouvoir la vaincre, cette dernière a répliqué, ce que le vieux prend d’ailleurs avec philosophie :

 

 « Ce que ça peut être facile, les choses, quand on a perdu, pensa-t-il. J’aurais jamais cru que c’était si facile. Et qu’est-ce que c’est qui t’a fait perdre » pensa-t’il.

Rien, prononça t-il. C’est que j’ai été trop loin. »

 

Rentré au port, le pêcheur retrouvera ce qui fait sa vie. Il retrouvera une identité (Son nom, Santiago, n’est jamais mentionné quand il se trouve en mer), son village et l’enfant qui s’occupera de lui. Tout n’est pas perdu. On sait qu’il retournera en mer tôt ou tard, dès que ses mains auront guéri et que sa barque sera réparée et qu’il reprendra, encore une fois, son combat… Sans nier la dimension mélancolique de l’histoire, il faut donc plutôt la considérer comme une fable (l’un de mes collègues a employé le mot de « conte ») Une fable très bien écrite, pleine de tendresse et qui peut certes nous rendre le cœur lourd, mais sans jamais nous abattre complètement…

 

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Pascal le Yukka 15/12/2008 09:45

Une des plus belles "fables" qui peuvent être lues.

Dr Orlof 29/04/2008 22:00

Je vois que tu as encore du chemin à faire pour me rattraper dans la "bibliothèque idéale" : eh! eh!

beux 23/04/2008 18:37

Ben oui si c'est possible j'aimerais bien...

Ps: un commentaire! Je suis émue...

Boulet 22/04/2008 20:10

... Et je crois que ce roman d'Hemingway fait partie des très rares de la liste des 1001 livres qu'il faut avoir lu dans sa vie... Que j'ai lu.

PS: Je t'ai trouvée ! Tu voudras un bel habillage comme le docteur Orlof ?