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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 12:33

La cathédrale de la mer

Ildefonso Falcones

 

 

J’ai fait un rêve bizarre cette nuit. J’ai rêvé que j’étais poursuivie par de grands méchants qui me traquaient dans des campagnes isolées, peuplées ça et là de maisons en attente de logement. Style maisons témoins. Les grands méchants finissent par me rattraper (jamais de chance même dans mes rêves). Au début je ne comprends pas ce qu’ils ont de si terrible et finalement je comprends lorsque lors d’une soirée, mes compagnons de captivité se mettent à débattre le plus sérieusement du monde des méfaits de la cigarette et des colorants ; les méchants nous ont transformé en des êtres totalement aseptisés qui rejettent avec horreur tout ce qui est mal vu aujourd’hui de la société (même les produits comme le lait, qui, il faut l’avouer, ne nécessite pas autant de polémique) pour privilégier une tiédeur et un politiquement correct de bon aloi. Peut-être qu’au fond c’est ça le véritable danger de notre civilisation ; un troupeau de moutons qui organise des manifestations solidaires tout en n’ayant aucun scrupule à voter Sarkozy.

 

Bref. Pourquoi ce rêve ? C’est peut-être dû au rhum ajouté dans l’eau chaude ingurgité le soir (vous en connaissez des moyens pour combattre le rhume ?) Mais peut-être est-ce dû au livre dont je vais vous parler aujourd’hui. A priori, rien pourtant ne s’apparente moins au politiquement correct que les romans historiques. Bien au contraire, sous couvert d’histoire, généralement les auteurs en profitent pour déballer toutes les thèmes qu’ils n’oseraient pas forcément mettre dans un roman contemporain : viol et sexualité débridée, bon vieux racisme, accès de testostérone primaire (youhou le roi nous appelle à la guerre ! courons massacrer les huguenots/ sarrasins/ sales étrangers) Généralement d’ailleurs c’est ce genre de thématique qui me fait reposer ce type d’ouvrages avec ennui. Lorsque j’avais quinze ans ce genre d’histoires passaient ; l’exaltation et tout ça je suppose. Maintenant je trouve ça un peu suspect. Ceci dit j’ai découvert une chose ce week-end ; c’est qu’un roman historique propret à l’inverse peut être très agaçant aussi.

 

Espagne, Moyen-Age. Au rythme de la construction de la cathédrale Santa Maria à Barcelone se tisse en parallèle l’histoire d’Arno Estanyol. Arno, au départ fils d’un serf en fuite devient peu à peu un personnage important de la ville. D’abord bastaix (il transporte des pierres pour la construction de l’église) à la suite du décès de son père, il vit avec son frère d’adoption, Joan, de la charité des autres. Le temps passe, Joan devient un franciscain puis un inquisiteur tandis qu’Arno se marie une première fois, mais trompe sa femme avec son amour d’enfance. Bourrelée de remords lors du décès de l’épouse dévouée (la peste) il se jure de ne plus être infidèle. (La maîtresse entre-temps est devenue prostituée, moyen commode apparemment pour l’auteur de se débarrasser des personnages féminins encombrants puisqu’il l’avait déjà fait avec la mère du héros). Comme il a sauvé deux enfants juifs lors d’une émeute, le père des petits le récompense en faisant de lui un usurier et en le rendant prodigieusement riche. Arno adopte du coup une petite fille de six ans, Mar, et coule des jours heureux. Accessoirement, il tombe amoureux de sa pupille sans s’en rendre compte. Las ! Trop fort, il sauve Barcelone d’une attaque et le roi le récompense en lui donnant une baronne infecte à épouser. La baronne aigrie et jalouse marie Mar en la faisant violer au préalable et livre son mari à l’Inquisition. Heureusement, comme Arno est très gentil et très fort il est délivré par le peuple de Barcelone et à la fin il épouse Mar et a un fils avec elle (ouais les conjoints respectifs sont morts entre-temps faut pas charrier non plus)

Bref. Je m’attendais à quelque chose d’assez violent, haut en couleurs, misant pour cela sur la nationalité espagnole de l’auteur et les échos positifs entendus. Et en fait, je me suis rarement autant ennuyée devant un roman historique. La seule passion qui se dégage, c’est lorsque le narrateur parle de la fameuse cathédrale de Santa Maria. Le reste est d’une fadeur sans nom : les morceaux historiques plaqués ça et là, les personnages, même la peste ou l’Inquisition, qui devraient pourtant être un des points forts du récit, prend un ton de colonie de vacances. Et ce héros ! Jamais vu un personnage manquer autant de relief. Arno est parfait : il n’a aucun défaut, il aime tout le monde, juifs, esclaves, il prend la défense de la veuve et de l’orphelin et tout le monde l’aime. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut détester esclaves, juifs, etc. seulement que dans le contexte ça n’a pas tellement de sens. C’est comme si j’écrivais un roman sur un camp de concentration et que je créais un personnage de gardien qui amènerait des bonbons aux prisonniers. Non mais franchement faut être réaliste. Le roman, qui plus est, est d’un manichéisme des plus primaires. A ma droite, les gentils : Arno, Mar, les prostituées au grand cœur, les amis d’Arno ; à ma gauche les méchants : l’Inquisition, les nobles. Bien entendu il n’y a aucune chance pour un glissement dans l’une ou l’autre des catégories. Le seul personnage qui du coup est intéressant dans le récit est celui de Joan, le frère Inquisiteur, luttant avec l’amour de son frère et son fanatisme primaire. Bien entendu, il meurt à la fin. Morale de l’histoire : tu as péché, aucune chance de rachat pour toi.


Vous l’avez compris : La cathédrale de la mer ne présente pour moi aucun intérêt. Comparé aux romans de Ken Follet (dont je ne suis pourtant pas fan) il lui manque la dureté et la cruauté de ces derniers. Qui plus est, le roman manque son but principal qui est de nous faire découvrir la grande Histoire à travers la petite car c’est fait de façon tellement didactique que ça ennuie plus qu’autre chose. Mais ce qui m’ennuie le plus dans tout ça c’est que je l’ai offert pour la fête des mères….

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Boulet 17/06/2008 13:35

Je refuse de mettre ne serait-ce qu'un orteil dans l'analyse de ce roman historique dont le titre seul déjà suffit à m'ennuyer.
Je voulais te poser une question: on m'a fait un éloge dithyrambique des deux romans de Alain Damasio, je voulais savoir si par le plus grand des hasard tu connaissais cet auteur, et si oui, si je pouvais avoir ton avis.
Tu seras une bonne petite sœur, merci.