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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 13:10

TIRANT LE BLANC

Joanot Martorell

 

 

Comme vous vous en doutez peut-être, je n’aurais pas lu spontanément un roman de chevalerie espagnol du XVème siècle. De ce fait, Tirant le blanc fait partie des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie. Célébré par Cervantès dans Don Quichotte, le livre est présenté comme l’un des derniers romans de chevalerie par les critiques. Pourquoi ? Parce qu’en dépit de certains éléments du genre : le héros sans peur et sans reproches, les batailles interminables pour convertir les mécréants et l’amour courtois pour une belle princesse socialement supérieur, le récit est quasiment dépourvu du merveilleux des romans de chevalerie à quelques exceptions près, et le ton qui se dégage du livre est nettement désenchanté. En lisant le récit, j’ai pensé à un autre roman espagnol qui n’avait rien à voir : Amour de perdition et qu’un de mes professeurs nous avait présentés ainsi : « l’auteur sait qu’il fait un roman d’amour, il en sourit parfois, mais il le fait quand même ». Ainsi Martorell, notre écrivain, chevalier désargenté lui-même, sait pertinemment que son monde s’écroule mais le fait vivre le temps d’une histoire, sans tomber dans la parodie comme le fera Cervantès plus tard.

Que raconte Tirant le blanc ? Tout simplement l’histoire d’un chevalier sans peur et sans reproches. Jeune breton (car le modèle arthurien reste omniprésent) Tirant s’affirme dès le mariage de son roi comme le plus grand chevalier de tous les temps lors de joutes chevaleresques. Parti en Sicile, il aide le prince Philippe à contracter un mariage avec la belle princesse, puis lui-même se rend en Grèce pour secourir l’empereur assailli par les maures. Là, il tombe à son tour sous le charme de Carmésine, l’infante que la mort de son frère aîné destine à la couronne. A partir de là le combat de Tirant est plus complexe : car il combat à la fois pour l’honneur de la foi chrétienne et à la fois pour prouver à l’empereur son mérite et compenser ainsi la modestie de ses origines. Seule sa vaillance lui permettra d’obtenir la main de l’élue de son cœur, thématique propre au roman de chevalerie.

Je crois avoir signalé que je n’avais guère de goût pour le genre. Cependant, j’ai plutôt apprécié le roman de Martorell. En effet, nous retrouvons cette exagération un tantinet agaçante avec le héros qui arrive au milieu des ennemis et en tue douze douzaines sans même faire de taches à son armure. Qui plus est, n’oublions pas la touche hispanique, le côté passionné et volontiers grandiloquent qui fait les héros pleurent et s’évanouissent dix fois par jour. Mais au-delà, nous avons une absence d’artifices assez reposante : un merveilleux quasiment absent si ce n’est dans ce joli intermède de la femme transformée en dragon et à qui seul un baiser pourra redonner forme humaine (à signaler tout de même que cet épisode fait tache dans le récit) et des personnages plutôt attachants, notamment les personnages secondaires : le sémillant Diofébo ou encore la délurée Plaisir de ma vie qui contraste avec la sage Carmésine. Le ton du roman est loin d’être confiant, l’amour du couple est mis à rude épreuve (amoureuse jalouse, quiproquos..) tout comme les victoires du chevalier (Tirant est blessé, réduit en esclavage…) Rien n’est joué et la cruauté de la vie est soulignée d’autant plus à la fin du récit avec un final inattendu et profondément pessimiste. Mais que pouvait-on attendre d’un auteur qui sait que ses idéaux n’ont plus cours (Pour la petite histoire Martorell a passé une grande partie de sa vie à défier ses offenseurs notamment un homme qui aurait pris l’honneur de sa sœur et refusé de l’épouser officiellement. Qui plus est, il a été obligé de mettre en gage son manuscrit et est mort pauvre) et que son monde est en train de s’écrouler ? Car à l’époque où il écrit le récit, si les chevaliers sont encore l’élite, leur existence est mis en péril par les nouvelles techniques de guerre et, indigents ils sont contraints d’épouser les filles de riches marchands, impensable puisque la tradition courtoise veut que les chevaliers soupirent pour des femmes qui leur sont socialement supérieures.

Je ne suis guère spécialiste des romans de chevalerie mais si je devais retenir une seule chose de ma lecture de Tirant le blanc, c’est le chant du cygne d’un genre finissant. Le Moyen-âge est mort, il faut se résigner…

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Un Ange Passe... 23/07/2008 18:46

je confirme que le confort de lecture n'est pas optimal. il faut se motiver pour lire (ça va, je le suis), car c'est une taille d'ecriture un peu trop petite.

beux 23/07/2008 20:02


Mea culpa, j'ai essayé une autre police mais c'est pas un franc succès... Ceci dit pour ma défense, une personne que nous ne nommerons pas était supposé s'occuper bientôt du relooking de mon blog, donc c'est pour ça que je me suis pas trop affolée. Normalement, le blog devrait bientôt être tout beau. Rassure-toi Pierre tu
auras de jolis dessins...


pierre 22/07/2008 22:46

preum's

hé, c'est illisible yap !
bon ok je le lis quand même...