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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 13:46

La zone du dehors

Alain Damasio


 

Après La horde du contrevent place aux premier livre écrit par Damasio, La zone du dehors. Une chose saute déjà aux yeux : il faut clairement que Damasio renonce à trouver les titres de ces ouvrages.

Nous sommes ici clairement dans la science-fiction pure et dure. 2084 : La plupart des terriens ont migré sur la lune pour échapper à la guerre bactériologique et aux bouleversements climatiques. Là, à l’abri du Cerclon, dans une ville protégée d’un dehors hostile, ils vivent une vie en apparence parfaite. Parfaite ? Leur monde est devenu un cocon sous contrôle permanent. Tout est filmé, les pancartes vous rappellent vos droits, vos devoirs « pour votre santé », « pour votre sécurité », les gens sont évalués chaque année en fonction de leurs critères sociaux, affectifs, professionnels… Souriez vous êtes gérés ! tel est le credo de ce monde où l’argent se partage le pouvoir avec les policiers et les médias sous couvert de confort et de sécurité et où chaque personne est classée et identifiée. Face à ça, un mouvement se dresse ; la Volte. Dirigé par Capt, le héros de l’histoire, le but de ces insoumis est clair : faire réagir les gens et leur redonner une fantaisie et une spontanéité qu’ils ont depuis longtemps perdu…

J’ai été bien ennuyée pour rédiger cette note. Je me suis triturée la cervelle pour savoir comment diable j’allais pouvoir vous présenter le roman qui à mon sens est très engagé. Autant vous le dire, si certaines des idées exposées par l’auteur m’ont séduites, je ne suis pas franchement d’accord avec toutes ses théories, en particulier avec un certain nihilisme et une sympathie pour Nietzsche que je suis loin de partager. Ceci dit, je n’ai pas créé ce blog pour étaler mes convictions personnelles, et je préfère donc vous livrer une analyse de La zone du dehors d’un point de vue littéraire en essayant de rester la plus objective possible, même si nous savons tous que ce genre de gageure est presque toujours vouée à l’échec.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman, c’est l’univers créé par l’auteur, ce monde froid et uniforme où toute forme de communication n’est devenue possible que dans les centres de rencontre, où les gens ne se parlent plus, ne se voient plus, où la pensée est devenue uniforme et empreinte d’un politiquement correct de bon aloi. Sécurité et confort ont remplacé la liberté, les médias sont devenus une dictature, mais une dictature bienveillante ne croyez pas ça ! Toute la subtilité de ce monde réside dans ce paradoxe ; ce sont les gens eux-mêmes qui se créent leur prison, comme le souligne d’ailleurs Damasio dans sa postface. A partir de là comment se révolter envers soi-même ?

Et c’est là où le bât blesse : car, loin de jouer sur cette schizophrénie, Damasio oppose à une société bien-pensante, représentée par les médias, les policiers et le gouvernement, des jeunes gens plein de fougue, philosophes, artistes, prêts à faire mordre la poussière à ce monde et apparemment exempts de ces faiblesses que nous connaissons tous : faiblesse intellectuelle, goût pour notre petit confort, sécurité facile… De là découle de La zone du dehors un manichéisme qui agace parfois. Qui plus est, malgré la multiplication des points de vue (procédé narratif que Damasio reprendra par la suite dans La horde du contrevent) aucun des personnages ne parvient de ce fait à susciter le moindre intérêt ; ils sont trop lisses pour être attachants.

L’autre défaut de cette œuvre, à mon sens ,est un bavardage excessif. Ça parle, ça parle, ça évoque en vrac Gilles Deleuze, Nietzsche ou Foucault, et, au final, l’action piétine parfois au profit de discours interminables. Il est difficile d’ignorer les opinions de Damasio mais je me demande s’il n’aurait pas été plus subtil de les amener à travers des scènes bien choisies. Ainsi, l’épisode dans un supermarché où le héros, Capt, se voit refuser son identification car il est, selon l’ordinateur, « décédé » est à mon sens plus réussie et plus révélatrice qu’une page et demi sur les méfaits de la consommation et de l’industrialisation.

Au final déçue ? Oui et non. Oui car après La horde du contrevent, j’avais espéré beaucoup de Damasio. Non car il s’agit je pense d’un premier roman. Non car, comme je l’ai souligné, l’univers présenté par l’auteur est très réussi (ce qui est le plus inquiétant d’ailleurs c’est que le nôtre tend de plus en plus à lui ressembler) et que j’ai apprécié énormément certains passages : le moment où une enfant se fait blesser par l’action de la Volte et comment cet accident, qui apparaît comme brute et terriblement réel, perd peu à peu de sa consistance une fois que les médias se sont l’appropriés pour devenir un spectacle dans lequel il est difficile de démêler le sincère de la comédie ; il a aussi cette scène où Capt, prisonnier, joue pour se distraire à un jeu vidéo dans lequel il doit s’attraper lui-même ou cet autre moment où il est torturé en étant mis en permanence face à face avec son reflet. Jolie métaphore de cette schizophrénie qui sommeille en chacun de nous ! Au final un sentiment mitigé mais un roman qui a le mérite de poser des questions et une science-fiction qui renoue avec Orwell et Huxley…

 

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commentaires

Un Ange Passe... 02/08/2008 22:27

Ne vous inquietez pas, je ne m'arrete pas à un obstacle, je vais bel et bien le commander. A voir ensuite s'il detrônera Jeffery DEAVER (je suis une fan absolue de cet auteur) dans mon coeur de lectrice et ainsi voir si cette premiere lecture m'incitera à faire comme vous, c'est à dire, lire ses autres romans.

Un Ange Passe... 01/08/2008 21:56

Bonjour!

Un petit commentaire pour dire que vous devez avoir bien des lecteurs (en meuse comme ailleurs)car..je tente desesperement de trouver l'ouvrage "la horde du contrevent", dont vous aviez fait l'eloge , et voilà que partout où je vais, il n'en reste plus un seul exemplaire ! "j'ai vendu le dernier par-ci, je n'en ai plus par là, je n'en ai qu'un mais il est déjà en reservation client encore ailleurs..incroyable ! Ainsi en meuse et..pareil en meurthe et moselle, decidement ! Il ne me reste plus qu'à le commander.
La morale ici est simplement de souligner le fait que vous devez avoir un avis très juste, ce livre doit vraiment être apprecié pour avoir disparu ainsi des rayons des librairies !

beux 02/08/2008 13:09


Merci! C'est gentil d'avoir une telle confiance en mon opinion et ça me touche beaucoup... Ceci dit, le livre a aussi obtenu le prix de l'imaginaire en 2006 et je pense que c'est plus ça qui doit
jouer... J'espère que vous finirez par le trouver car il vaut vraiment le coup...


greg 31/07/2008 14:27

ça y est, on arrive à lire.