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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:01

La chambre des échos

Richard Powers

 

 

Une nuit d’automne 2002, Karin Schluter est appelée en urgence dans le Nebraska et court au chevet de son frère, Mark, dont le camion a vidé dans le fossé. Accident, suicide ? Personne n’est en mesure de répondre et encore moins Mark qui, en se réveillant, n’a aucun souvenir de l’accident. Plus grave, il ne reconnaît pas sa sœur et suite à une lésion cérébrale, reste persuadé que la femme devant lui joue un rôle et a enlevé la « bonne » Karin. Commence alors pour la jeune femme un  véritable parcours du combattant pour faire admettre à son frère la réalité. Elle fait appel aux amis de Mark, à l’aide-soignante dévouée Barbara, et même à un célèbre neurologue, Gerald Weber. Tous n’ont qu’un objectif ; faire redevenir Mark comme avant. Mais cette mission prend vite un double tranchant car elle renvoie chacun des protagonistes à eux-mêmes. Karin est vite confrontée à un passé douloureux, à une enfance qu’elle a toujours essayée d’occulter en fuyant tandis que Gerald Weber, la célébrité, se retrouve en prise avec ses propres limites et sa suffisance. En fin de compte, qui est le vrai malade ?

 

Original, troublant, La chambre des échos est sans conteste un livre fort. Construit sous forme de canevas, c’est un récit très lent qui réussit l’exploit de nous faire peu à peu « entrer » si j’ose dire dans la maladie de Mark D’abord sceptique on se retrouve à douter de la réalité même de la lésion cérébrale pour adhérer au délire du jeune homme persuadé qu’il s’agit d’un complot gouvernemental. L’auteur nous invite également à un voyage fascinant dans le cerveau humain, et par le biais de Gerald Weber nous fait découvrir les mystères de ce qui nous fait rire, pleurer, aimer. Mais c’est un voyage cruel : Karin se heurte à l’indifférence d’un frère autrefois chéri et Gerald Weber découvre que lui-même n’est pas à l’abri des bizarreries de ce cerveau auquel il a consacré toute son existence. Dans ce « huis clos » étouffant (car l’action au final quitte rarement le Nebraska) où rien ne semble se passer si ce n’est le retour des grues chaque année, la folie guette les personnages et un lecteur perplexe : en fin de compte que s’est-t-il vraiment passée cette nuit-là, le soir de l’accident ? Pourquoi l’aide-soignante Barbara semble-t-elle si familière à tous ceux qui la croisent ? Qui est l’auteur du fameux billet que Mark a retrouvé à côté de son lit d’hôpital ? Pourquoi Karin craint-elle tant de revenir chez elle ? Beaucoup de questions qui tournent et retournent tout le long du récit dans un ballet mimé par les oiseaux de passage. Richard Powers réussit ainsi l’exploit de construire une intrigue bien ficelée, pas très loin de la fiction policière tout en mettant en scène une galerie de personnages qui, chacun à leur manière, s’interrogent sur leur identité : fausse ou vraie sœur, vrai ou faux amant, professeur respectable ou voyeur sans scrupules, amis fidèles ou profiteurs, aide-soignante ou ? De là naît un curieux sentiment d’irréalité qui baigne l’ensemble du roman et qui nous fait comprendre, quelque part, la position de Mark, persuadé qu’il est le centre d’une vaste supercherie…

 

N’espérez pas trouver de questions à vos réponses dans ce roman : Richard Powers n’explique pas plus le fonctionnement du cerveau humain qu’il ne cherche à établir des certitudes sur la vie. Dans La chambre des échos l’amour est bâti sur le sable et la religion sur des émotions. Ne restent que des personnages qui se renvoient mutuellement  leurs doutes aux visages et des oiseaux qui dansent le soir venu pour le plaisir d’une humanité qu’ils détestent. Mais n’est-ce pas cela qu’on appelle la liberté, continuer à avancer alors que tout glisse sous vos pas ?

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Published by beux - dans Roman
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