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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 14:52

Le passage de la nuit

Haruki Murakami

Le soir tombe sur Tokyo ; tandis que dans sa chambre Eri Assaï dort profondément, comme elle le fait depuis deux mois, sa sœur Mari dans un bar en ville lit en guettant l’aube. C’est le début d’une nuit où plusieurs destins vont se croiser et des liens se tisser. D’heure en heure, la ville se transforme et change de visage. Mari retrouve ainsi une connaissance de sa sœur, Takahashi,  musicien qui répète pour la dernière fois avant d’abandonner la musique et de se consacrer à des études de droit. Cette rencontre fortuite l’amène ensuite à d’autres rencontres : une prostituée chinoise battue à mort, une gérante d’hôtel au grand cœur… Vous croyez qu’une ville ne vit pas la nuit ? Détrompez-vous : voilà un informaticien accroc à son boulot qui fait des heures sup’ pour s’éloigner de sa famille ; une femme de chambre en cavale ; des chinois proxénètes qui course un client indélicat, des chauffeurs de taxi et des employés de supérette… Et au centre de ce tableau hétéroclite, deux visages qui se distinguent, celui des sœurs Assaï l’une qui dort pour oublier, et celle qui s’est jurée de ne plus dormir mais qui essaie d’oublier quand même….

Conseillé par l’un de mes gentils lecteurs (que je remercie au passage pour m’avoir fait découvrir Murakami) Le passage de la nuit est sans conteste un roman à lire. D’un point de vue formel, l’auteur adopte un style qu’à défaut de meilleure expression je qualifierais de « cinématographique » : Murakami nous invite à nous placer d’un point de vue extérieur à la narration, à la manière d’une caméra, et d’observer les personnages. Incapables ainsi d’accéder à leurs sentiments et leurs émotions, nous ne pouvons que les interpréter à partir de leurs actions (l’informaticien qui fait ses exercices de musculation sur fond de musique classique, Mari qui lit un ouvrage volumineux dont ne nous saurons pas le titre, Takahashi qui achète du lait deux fois dans la nuit pour on ne sait quelle obscure raison) L’aspect filmique se retrouve aussi dans les dialogues, très nombreux, et dans un décor décrit avec sobriété et toujours avec justesse. Mais la beauté du roman réside aussi dans justement tout ce non-dit, cette esquisse de personnages qui au fil des dialogues se dévoilent peu à peu. C’est assez remarquable qu’un auteur parvienne à donner du relief à un personnage, Eri, qui tout au long du livre ou presque, se contente de dormir ! Ajoutez à cela une dimension un peu fantastique, propice à la nuit et à ses mystères et vous obtenez un roman plein de finesse…

Le passage de la nuit m’a touchée par son apparente simplicité qui cache un réel talent d’écriture et par sa faculté de restituer l’émotion de gestes simples. Qui plus est, il restitue à merveille l’ambiance d’une nuit que tout insomniaque a un jour connu. J’ignore si sa lecture vous fera autant d’effet qu’à moi mais je ne saurais trop vous conseiller d’essayer et de tenter la nuit blanche…

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

nouny 12/11/2008 23:21

Pour ma première contribution sur ton blog, je me joins au coeur sur Murakami (j'ai lu Le passage de la nuit il y a peu et j'ai beaucoup aimé) et t'en conseille encore un autre "La fin des temps", qui décrit un monde étrange où les crânes des licornes hébergent les rêves des hommes... et comme maintenant j'ai plein de temps, je vais m'empresser de lire tous tes commentaires pour pêcher de très bonnes idées de lecture! ;)

beux 13/11/2008 20:55


Merci Estèle! (je t'ai reconnue mais bon c'était facile...)


marie 11/11/2008 07:53

La formule fait un peu surfaite dit comme ça, mais je crois que Murakami est un auteur précieux. Tant qu'a faire, je te propose de rajouter à ta liste "Les amants du Spoutnik", c'est par ce roman que je l'ai découvert, et puis tant qu'a faire il y a aussi "Au sud de la frontière à l'ouest du soleil", l'histoire d'un homme qui se confronte à sa jeunesse. Cette histoire m'a fait penser par certains aspects à "Quartier Lointain" de Tanigushi. Le Japon, le souvenir d'une amie, un ado qui se cherche, leur ressemblance est troublante.
Félicitation pour ton blog, tu donnes vraiment envie de lire les livres dont tu parles tu sais !

beux 11/11/2008 15:58


Je crois que d'après ce que j'ai compris, il faut apparemment que je lise tout Murakami! Merci pour les conseils; "Au sud de la frontière à l'ouest du soleil" me tente bien dans la mesure où
j'avais effectivement beaucoup aimé "Quartier lointain" de Taniguchi. Et merci pour les encouragements!


Lilly 10/11/2008 22:18

avec tous ces bouquins à lire, je vais plus dormir moi. Ton texte à propos de ce livre m'a tout de suite fait pensé à un film avant que tu évoques le style cinématographique de écriture, un film comme Babel.

Nénène 07/11/2008 00:09

Bah si c'est bien moi, tu as raison...mais je bosse pas le mercredi apres-midi ^_^
Et "chasing the wild sheep" est devenu "la course au mouton sauvage" en français...pas lu celui-ci, mais j'ai récupéré "Kafka..." (que je n'ai pas encore lu) et commencé "la fin des temps" depuis un moment maintenant, et c'est assez spécial, mais bien, j'attends de voir la suite!

beux 07/11/2008 13:48


Je me doutais bien qu'il y avait pas 12 Nénène! Et j'avais reconnu le style; me voilà rassurée...


Dwuth 06/11/2008 19:16

Merci d'avoir écouté mes conseils !

Je ne m'attendais pas à ce que vous lisiez ce roman si vite, et je ne peux qu'être ravi de votre critique...

Si vous aimez murakami, il faut lire "chasing the wild sheep", dont j'ignore le titre français, ou encore kafka sur le rivage.

Encore merci de m'avoir écouté, et ravi d'avoir pu vous donner un bon conseil

Dwuth

beux 07/11/2008 13:49


C'est moi qui vous remercie! Apparemment "Kafka sur le rivage" semble aussi avoir une bonne réputation donc je pense qu'il fera partie de mes prochaines lectures....