Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 17:22

Virgin suicides

Jeffrey Eugenides

Editions J’ai Lu



Bon, assez ri maintenant et fini les histoires de vampires. Retour à la case réalité et penchons-nous sur l’histoire d’autres adolescentes mais qui n’ont rien de franchement joyeux.

Elles sont cinq, les cinq sœur Lisbon, âgés de treize à dix-sept ans. Il y a Therese, Mary, Bonnie la pieuse, Lux la dévergondée et Cecilia la plus jeune. Cecilia âgée de treize ans se promène toujours en robe de mariée et semble pour le moins un peu perturbée. Après une tentative de suicide ratée, elle réussit enfin à mourir en se jetant sur une grille. A partir de là, les événements vont s’enchaîner de telle sorte que, treize mois plus tard, toutes ses sœurs l’auront  imitée. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a poussé les cinq filles à en finir avec la vie ? L’éducation trop rigide de parents ultra-conservateurs ? Le déséquilibre de Cecilia qui a entraîné ses sœurs vers l’abîme ? Ou tout simplement une malédiction, un « gène du suicide » qui leur était commun ? C’est ce que des adolescents amoureux des filles Lisbon (mais nous ne saurons jamais rien précisément d’eux) tentent de découvrir en analysant des années plus tard des photographies, en interrogeant les professeurs et les médecins et en décryptant chacun des derniers gestes des sœurs…. En vain ; le mystère demeure.

Ok, ce n’est pas franchement très joyeux en cette période de fêtes et j’espère de tout cœur que vous n’êtes pas seul et déprimé. Si c’est le cas, je vous invite à ne lire ni Virgin suicides ni ce commentaire et à revenir ici quand je parlerais de livres avec de joyeux elfes des bois. Pour les autres, je dirais simplement que le roman de Jeffrey Eugenide est assez perturbant. Au niveau de l’intrigue, il se passe si peu de choses que le livre, pourtant court, paraît traîner en longueur à certains endroits. La narration est étouffante car elle emploie un « nous », celui des adolescents amoureux, qui reste anonyme et ne nous permet qu’une identification partielle. En gros, vous entrez dans l’histoire comme malgré vous, mené par un narrateur dont vous ne connaissez pas l’identité, ceci pour observer cinq héroïnes que vous savez de toute façon condamnées et qui reste tout du long énigmatiques. Contraint de deviner, à l’instar du narrateur, vous ne pouvez qu’interpréter les réactions des jeunes filles et observer leur comportement. Et c’est sans conteste tout l’intérêt du livre, ce huis-clos quasi-irrespirable dans une banlieue anonyme où la proximité et l’ennui donnent à chaque événement un caractère troublant. Aux yeux du narrateur, les filles Lisbon acquièrent un caractère sacré et prennent l’allure de déesses païennes qui se livrent à des rituels étranges : elles sèment des images de la Vierge Marie partout, elles dressent un autel à la mémoire de leur sœur disparue… L’une fait l’amour sur le toit de la maison de ses parents avec tous les hommes de passage, l’autre au contraire récite son chapelet dans le jardin… Est-ce la fascination du narrateur pour leurs idoles qui les rend uniques ou est-ce vraiment la personnalité unique des sœurs Lisbon qui les rendent fascinantes ? Difficile à dire. Nous avançons à tâtons dans ce roman qui stigmatise tout autant le comportement morbide de Cecilia et de ses sœurs qu’une société où tout le monde s’épie mutuellement et dont le comportement est presque aussi absurde que celui des jeunes héroïnes  (le père des filles qui se fait renvoyer après le suicide de sa fille car il est tenu pour responsable, le « Jour de douleur » institué en mémoire de Cecilia, les adolescents amoureux qui versent dans l’idolâtrie, la vieille qui attend la mort dans sa cave…) Bref, ce n’est pas une apologie du suicide mais Virgin Suicides joue avec complaisance sur l’opposition entre les sœurs Lisbon, belles et fragiles, et un monde qui ne les a tout simplement pas compris et qui, en essayant encore de les comprendre vingt ans après les faits, n’y arrive toujours pas : « ‘Qu’est-ce que tu fais là, ma petite ? Tu n’as même pas l’âge de savoir à quel point la vie peut devenir moche.’ Et c’est alors que Cecilia délivra oralement ce qui devait être la seule forme que prendrait son ultime message, inutile d’ailleurs, puisqu’elle allait vivre : ‘on voit bien docteur, dit-elle, que vous n’avez jamais été une fille de treize ans.’ » C’est noir et cru, désenchanté et plutôt cynique. Mais ça interpelle et, personnellement, je serais curieuse de connaître l’adaptation cinématographique qu’en a fait Sofia Coppola….

 


Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article

commentaires

Lilly 24/01/2009 20:37

Je n'ai vu que le film que j'ai beaucoup aimé, voilà que tu donnes très envie de lire le livre avec ton article.

greg 03/01/2009 20:45

ET ELLE MOURRURG

Laetitia 30/12/2008 21:27

Certes l'atmosphère est très étrange dans le film. Mais qu'est ce que c'est looong.

Il fait partie des 1001 films à voir avant de mourir, il faut que tu le vois. Et faut aussi que tu achètes ce livre...

Dr Orlof 29/12/2008 21:57

L'adaptation cinématographique rend plutôt bien le sentiment de claustrophobie que tu décris. C'est un très beau film, mélancolique et éthéré, qui vaut le coup d'œil...

beux 30/12/2008 19:37


Dr Orlof et un Ange Passe: Deux points de vue différents de toute évidence sur le film! Je suis décidément curieuse de me faire une opinion... Promis je vous tiens au courant!


Un Ange Passe... 29/12/2008 18:45

Personnellement, je n'avais pas lu le livre avant de voir le film, et...je dois avouer que le film ne m'a pas donné envie de lire le livre..je n'en garde qu'un vague (et pas spécialement bon) souvenir donc, je ne peux pas vraiment argumenter..
Mais je serais curieuse de connaitre votre ressenti lorsque vous confronterez les deux !