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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:13

Pantagruel

François Rabelais

Editions Pocket (version bilingue)

Dans la série « Redécouvrons nos classiques » place aujourd’hui à l’auteur classique par excellence, François Rabelais.

Toujours dans mon optique des « 1001 livres… » j’ai exhumé de ma bibliothèque Pantagruel avec un enthousiasme peu flagrant et je me suis replongée dans l’histoire de ce géant, fils du roi Gargantua, dont nous reparlerons bientôt (aucune raison que je ne vous inflige pas ça) Pantagruel, dont la naissance provoque la mort de sa mère, fait preuve dès son plus jeune âge d’une force peu commune, manquant dévorer totalement la vache qui le nourrit, ce qui ne l’empêche pas également de développer une intelligence hors du commun. Envoyé à l’université par son père, il devient vite réputé pour sa sagesse, ce qui lui permet d’arbitrer des querelles auxquelles personne ne comprend rien. Son chemin croise celui de Panurge, gueux sans scrupules qui n’hésite pas à jouer de mauvais tours, essentiellement aux sots et aux orgueilleux. Les deux compagnons vont ainsi tour à tour tenir la vedette dans un roman qui parodie aussi bien la Bible que l’épopée ou le roman de chevalerie. Souvent grivois, le récit à travers la satire et l’obscène laisse refléter cependant les préoccupations humanistes de l’auteur. Rabelais est en effet loin d’être un paillard sans cervelle. Erudit, il dénonce essentiellement une société bancale, un clergé qui achète les pardons et de fausses dévotes (sans être adepte de la Réforme, Rabelais faisait partie de ceux qui pensaient que la religion catholique devait revenir au plus près des textes sacrés) tout aussi bien que les faux savants, qui, jargonnant  de façon incompréhensible pour se donner une contenance illustre à merveille la maxime triviale : « La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale »

Concrètement me direz-vous, comment cela se passe-t-il ? Comment un homme comme Rabelais peut-il se permettre de critiquer ses contemporains sans crainte des représailles ? C’est là qu’intervient le comique ; rien de plus efficace pour dénigrer une situation ou une personne que de la tourner en ridicule. Prenons un exemple : Pantagruel rencontre un étudiant parisien qui, pour se donner l’air cultivé, parle en mélangeant latin (langue précieuse par excellence) et français, ce qui au final donne un jargon incompréhensible. Notre géant, adepte de la clarté d’expression, frappe le malheureux qui revient alors à son patois natal. Manière pour Rabelais de souligner son mépris pour ceux qui cachent leur bêtise sous un vernis. L’auteur lui-même est adepte d’un langage clair, qui va directement à l’essentiel. D’un point de vue technique, Pantagruel est loin d’être compliqué à lire : le style est direct, le vocabulaire aussi, et Rabelais ne s’embarrasse guère d’expressions compliquées, si ce n’est justement dans le cadre de la satire. D’un point de vue thématique, la simplicité est en revanche trompeuse. A première vue, on ne pourrait voir dans le récit qu’une suite de situations graveleuses, qu’un comique de langage et des séries de farces d’un goût plus ou moins douteux toujours orienté alcool ou sexe. Las ! Derrière ce comique se cache pareillement la parodie (par exemple ce chapitre où Gargantua pleure la mort de sa femme et où alternent lyrisme et trivialité) la satire (En faisant des mauvais tours à une femme qui s’est refusée à lui, Panurge tourne en ridicule les dévotes précieuses qui ont une haute opinion d’elle-même) ou tout simplement le souci de faire rire le lecteur. Voir en Rabelais un joyeux inculte serait cependant une grossière erreur tant son œuvre fait preuve d’érudition (pour se moquer de quelque chose, il faut avant tout le connaître) et, paradoxalement de finesse…Ainsi je terminerai en évoquant le chapitre où Gargantua fait ses recommandations à son fils dans une lettre et où, pour le coup, tout comique a disparu et où les préoccupations humanistes de Rabelais sont exposées sans fard (chapitre qui, si je m’en souviens bien, fait contrepoint à un chapitre dans Gargantua dans lequel Rabelais évoque le monastère idéal)

Bon il y aurait beaucoup d’autres choses à dire mais je vais m’arrêter là car je vais vous faire un aveu : je n’aime pas du tout les romans de Rabelais. Comprenez-moi bien : je reconnais sans mal ses qualités d’écriture et son talent, mais c’est un auteur qui ne m’inspire absolument pas. De lui je n’avais gardé que l’image de longues soirées de commentaires composés loupés et d’heures de cours ennuyeuses, alors que mon professeur de français était pourtant un professeur très intéressant avec qui l’année d’après j’ai passé de très bons moments sur le roman d’apprentissage ou la tragédie racinienne. Je ne sais pas à quoi c’est dû mais c’est un fait. De la même façon que certains calent sur Zola, Duras ou Maupassant, je cale sur notre joyeux moine. C’est purement subjectif et j’espérais que le temps me rendrait plus ami avec lui mais, presque quinze ans plus tard c’est définitif, je n’y arrive pas. Donc, arrêtons-nous là pour Pantagruel en attendant de retrouver son père dans un prochain épisode…

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Published by beux - dans Classiques
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