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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 19:47

Gargantua

François Rabelais

Editions Pocket (bilingue)

 

 

Devant le succès de son Pantagruel, Rabelais décida, non pas de lui donner une suite, mais de narrer les aventures du père de ce dernier, Gargantua. Il faut savoir que Gargantua est le personnage issu d’une tradition populaire et qu’en écrivant son premier roman, Rabelais l’avait à l’origine rattaché aux Grandes et inestimables chroniques du géant Gargantua, un ouvrage de 1532 dont il n’était pas l’auteur. Voilà donc, après lui avoir inventé un fils, Pantagruel, qu’il s’empare du géant pour en narrer les aventures à son tour.

Pantagruel et Gargantua sont sans conteste des œuvres indissociables l’une de l’autre. On y retrouve les mêmes thématiques, les mêmes jeux de langages, et des personnages assez voisins. Gargantua est grosso modo le pendant de son fils tandis que frère Jean, le moine ripailleur et à la morale plutôt douteuse ressemble fort à Panurge, si ce n’est qu’on n’y retrouve pas la « méchanceté » de ce dernier. Le même duo comique pour une histoire qui ressemble assez à la précédente : Rabelais narre l’enfance de Gargantua, son éducation, ses voyages et finalement la guerre qu’il doit mener contre le roi Picrochole, finalité de tout roman d’apprentissage et de chevalerie (le jeune homme doit se battre pour prouver qu’il a atteint l’âge adulte) guerre qu’il remportera évidemment avec éclat.

Personnellement je préfère Gargantua. Tout d’abord, le récit est plus fouillé et l’auteur s’attarde plus sur l’enfance du héros. Qui plus est, Rabelais met clairement en avant ses convictions personnelles ; ainsi il oppose à la première éducation de Gargantua, une éducation de théologiens de la Sorbonne (que l’auteur déteste cordialement) basée sur des récitations sans queue ni tête, des prières bâclées et un mode de vie douteux, une éducation éclairée, faisant la part belle à la réflexion et surtout à la liberté. Attention ! N’y voyez pas une incitation à la débauche, bien au contraire. Pour l’auteur, les « gens de bien » ont une inclination naturelle à la droiture et la liberté leur permet de suivre cette inclination tandis que les règles ne peuvent que les inciter à la corruption. Cette théorie est longuement développée à la fin du roman lorsque Rabelais entreprend de décrire la vie dans l’abbaye de Thélème, modèle social qui se rapproche fort d’une utopie.

Moins satirique que Pantagruel (certes, on y trouve des attaques mais moins virulentes et essentiellement dirigés contre le clergé et contre les théologiens de la Sorbonne) Gargantua joue davantage avec le langage, énumérations farfelues contre discours posés, énigme dans les fondations de l’abbaye, joyeux propos de Frère Jean en opposition avec la gravité de Gargantua… et surtout fourmille de situations absurdes. Ainsi, Gargantua avale des pèlerins, sa jument noie l’ennemi de son urine, le géant fait de même avec le peuple de Paris, il vole les cloches de Notre Dame… Même la guerre part d’une querelle absurde puisqu’elle débute à cause de fouaces (sortes de brioches) ; les bergers de Grandgousier, le père de Gargantua, ayant pris de force des fouaces aux fouaciers de Picrochole, ce dernier décide de déclarer la guerre à son voisin, profitant ainsi de l’occasion pour étendre son empire. Son attitude expansionniste et immature contraste avec la sagesse du prince éclairé, Grandgousier qui, lui, cherche à rétablir le dialogue avant de se résigner au combat. Rabelais oppose ainsi deux « modèles de rois », François 1er l’éclairé contre Charles Quint.

Que dire de plus ? Il y a des millions de choses à rajouter : la vision évangélique de la foi de Rabelais, vision proche de celle d’Erasme, et qui prône une foi plus sincère et un libre-arbitre capable de corriger lui-même ses erreurs, la critique virulente contre un système éducatif dépassé et un clergé corrompu (paradoxal non ? Rabelais fut lui-même moine un certain temps…) l’éloge d’une éducation moderne qui s’appuierait sur la connaissance des Anciens sans pour autant les imiter… Bref, pour tous les amateurs de la Renaissance, Rabelais représente une véritable mine d’or, tant les thèmes abordés sont variés. Après, je m’en excuse encore, c’est une partie de la littérature française qui ne m’intéresse que moyennement aussi je vous encourage, si vous êtes intéressés, à vous plonger vous-mêmes dans la lecture de Gargantua et des œuvres de Rabelais en général pour en tirer « la substantificque mouelle » (eh oui ! Cette expression est dans Gargantua). Je vous rassure : à défaut d’apprécier, vous ne vous ennuierez pas.

 

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

pierrot 09/02/2009 21:44

PREUM'S
(ok c'était facile)