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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:04

Une partie du tout

Steve Toltz

Editions Belfond

 

 

Il y a des livres qui font partie de ce que je nommerai les inclassables comme La maison des feuilles un roman expérimental, fantastique sans vraiment l’être, qui mélange les narrations, les styles et pousse l’écriture à un niveau extrême. Il y a les romans de mon chouchou Murakami, voyage entre onirisme et réalité la plus crue. Et, aujourd’hui, j’ai découvert un autre inclassable : Une partie du tout de Steve Toltz.

L’histoire est difficile à raconter et ce n’est pas pour rien que la couverture représente un labyrinthe ! Le livre met en scène le personnage de Jasper Dean et de son père, Martin. Martin est un misanthrope, un philosophe aigri que la vie a condamné à rester dans l’ombre de son frère, Terry, criminel auréolé de gloire pour avoir tué des tricheurs et des escrocs. Mais comment lutter contre une légende ? Martin a essayé d’inculquer à son fils ses propres valeurs, sa haine du système, son admiration pour les penseurs et son mépris pour ses pairs. De son côté Jasper cherche en vain à se construire sa propre identité, dans la recherche de sa mère disparue, dans ses propres expériences amoureuses et dans ses choix. Mais, de la même manière que les personnages voyagent pour finalement revenir à leur point de départ, l’Australie, tout semble le ramener à ce père tant aimé et tant haï à la fois….

Difficile de dire qui est le héros de l’histoire. Le récit est celui du fils mais entrecoupé par le témoignage du père sous forme de discours, de souvenirs racontés ou encore de carnets de voyage, si bien qu’en fin de compte, c’est plutôt la figure du père qui prédomine. Autour de ces deux personnages forts gravitent une kyrielle de rôles secondaires, mais non moindres : Eddy, le thaïlandais, l’unique ami de Martin, Caroline l’amie d’enfance amoureuse de Terry et aimée de Martin, Astrid, la mère mystérieuse tragiquement disparue, Anouk, la jeune femme de ménage dynamique accroc à la méditation et aux bonnes ondes… Difficile aussi de déterminer la tonalité du roman, qui oscille sans cesse entre franche tragédie (le suicide de l’ami de Jasper, la folie d’Astrid) et humour absurde : Martin qui perd la tête et décide de se construire une maison au milieu d’un labyrinthe, la rencontre entre Anouk et nos deux héros, le père et le fils qui chacun à leur tour feignent de construire une cabane, embauchant en vérité des ouvriers pour le faire… Une partie du tout est plutôt déconcertant et je ne parle pas que du style : chaque page présente des idées et des théories qui sont mis à mal à la page suivante et embrouille d’autant plus le lecteur. En fin de compte, on reste toujours sur des questions sans réponse : Martin est-il un génie ou un fou ? Amoureux de la vie ou au contraire aigri ? Jasper ressemble-t-il à son père ? L’aime-t-il ou le déteste-il ? C’est je pense ce qui fait tout le charme du livre mais qui pourrait peut-être rebuter certains lecteurs. Car si le livre est féroce, il l’est avant tout pour ses personnages et il faut tout le génie de l’auteur pour rendre crédible Martin et Jasper sans tomber dans la caricature. Le plus fort c’est que ça marche ! On adhère totalement à cet univers un peu déphasé où le père et le fils sèment leurs invités dans le bush australien, où Martin propose de rendre millionnaire ses pairs et où Terry tue allégrement les sportifs véreux. Certains dialogues sont tout simplement irrésistibles de drôlerie et la narration évite tout aussi bien le pathétique larmoyant que la morale sentencieuse. Dire que j’ai adoré ce livre serait un peu exagéré car il comporte quelques longueurs, surtout sur la fin. Mais ne serait-ce que d’un point de vue stylistique, il serait vraiment dommage de passer à côté….quitte à se perdre un peu dedans !

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Pascal le Yukka 15/04/2009 19:44

Mais c'est GENIAL !!!

Il faut que tu fasses une catégorie "inclassable".

beux 16/04/2009 12:47


J'y ai songé mais je me connais: j'aurais après tendance à y mettre un peu tout et n'importe quoi! Ceci dit, je songe peut-être un de ces jours à succomber à la mode et à faire un classement
justement avec les inclassables, les pires navets ou au contraire les indispensables... On verra bien!