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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 20:33

Le voyageur malchanceux

Thomas Nashe

Editions Phébus

 

Vous avez déjà eu votre petit cours sur le roman picaresque lors d’un précédent article (cf. la note sur Lazarillo de Tormes),  je ne reviendrais donc pas sur sa définition et m’attaquerais directement au vif du sujet en vous parlant de notre prochain livre sur la liste des Mille et un livres… : Le voyageur malchanceux qui, comme vous pouvez vous en douter, fait partie du genre.

Le voyageur malchanceux qui est d’ailleurs plus une grosse nouvelle qu’un véritable roman, met en scène Jack, un valet anglais qui escorte son maître, le comte de Surrey lors d’un périple en Europe. Le comte de Surrey est un chevalier dans la plus noble tradition, idéaliste et amoureux fou de sa Géraldine dont il défend les couleurs lors de tournois épiques. Jack est en revanche une canaille sans scrupules qui usurpe volontiers le titre de son maître et traîne à sa suite sa concubine, une femme qu’il a séduite et enlevée à son mari. Ces voyageurs assistent à bien des événements marquants, Marignan ou encore à Münster avec la destruction d’une communauté anabaptiste. L’action cependant se situe essentiellement en Italie où Jack se fait jeter en prison à maintes reprises, manque se faire exécuter à de plus nombreuses reprises encore et où finalement, après avoir vu la torture et l’exécution d’un criminel, arrive à la conclusion… qu’il vaut mieux ne pas voyager et rester chez soi !

Les éléments picaresques ? Il réside avant tout dans l’esprit frondeur de notre héros qui ridiculise ses ennemis et dupe plus d’un crédule. Il réside aussi dans le ton volontairement moqueur du narrateur qui tourne en dérision aussi bien les protestants puritains que le pape avec ses concubines. Les événements les plus tragiques, la peste, les exécutions, sont décrits de telle sorte qu’on ne peut s’empêcher de sourire ; ainsi la mort du criminel Cutwolfe est absolument abominable, point d’orgue du récit, mais décrite sur le ton le plus badin qui soit « Quel joli spectacle que de le voir tambouriner sur la carcasse de ce Cutwolfe sans les briser tout à fait, plutôt à la manière du bourrelier qui fait entrer sa rangée de pointes, en les tapotant de son mail le temps qu’il faut ! (…) il ne lui laissa point de membre sans le pulvériser avec méthode en mile esquilles » A en croire le narrateur, le bourreau pourrait tout aussi bien être un artisan en train de faire un poterie ! Bref, rien ne semble vraiment pris au sérieux dans ce récit et c’est justement ce qui en fait tout le sérieux. L’auteur, Thomas Nashe, contemporain et ami de Shakespeare, qui par ailleurs avait souvent maille avec la justice, se rapproche sans doute beaucoup de son personnage principal. Autre personnage important, bien que moins présent, celui du comte de Surrey, le maître de Jack. Le comte de Surrey pourrait représenter tout l’esprit de la chevalerie : il est beau, grand, fort et se meurt d’amour pour une belle demoiselle. Seulement voilà, le trait est tellement exagéré qu’il en devient grotesque. Ainsi s’il est coutume dans le roman de chevalerie de s’extasier sur les vertus de sa dame, le comte en fait tant qu’il reste en adoration et se perd en palabres… dans la chambre où la dame a été conçu ! De même, les tournois virent au ridicule, la description des chevalier devient une suite d’énumérations sur des détails vestimentaires qui plus est loufoques. Bref, rien n’est à prendre au sérieux et même la mort d’une noble dame lors de la peste tourne à la farce : déshonorée par des vandales, elle se donne la mort à côté de son mari, supposé mort lui aussi. Le mari se réveille brutalement, parodie de Roméo et Juliette ? (à vérifier avec les dates par contre, je ne voudrais pas faire d’anachronismes) découvre sa femme morte et accuse notre pauvre Jack qui, pour le coup, n’a rien  à voir avec l’affaire… Le geste de l’épouse n’est plus alors prétexte qu’à un nouveau rebondissement.

Je crois vous l’avoir déjà dit je ne suis pas fan de roman picaresque mais celui-ci après un début sans intérêt, est plutôt une bonne surprise. D’une part il est court, d’autre part le style est vraiment très drôle (le traducteur avoue parfois son impuissance devant certains jeux de mots intraduisibles en français) A découvrir avant de s’attaquer directement à Cervantès….

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Isa-sama 20/04/2009 23:36

"certains jeux de mots intraduisibles en français", vaut-il mieux le lire en anglais ? (en espérant que ce ne soit pas aussi dur à lire que du Shakespeare dans le texte original)

beux 20/05/2009 22:02


Honte à moi! Je croyais avoir répondu à ce commentaire et je me suis aperçue que non! Alors, pour répondre à la question un peu tardivement, oui je pense qu'il vaut mieux le lire en anglais pour
les anglophiles qui en ont les capacités! De façon générale de toute manière je pense qu'il vaut toujours mieux lire les romans dans leur version originale et c'est quelque chose que je regrette
car, n'étant pas spécialement doué en anglais, plutôt limité en espagnol et en allemand, et complètement inculte dans les autres langues, je ne le fais pas moi-même! Voilà et encore désolée pour le
retard dans la réponse!