Samedi 23 mai 2009

Princesse des rues

Quinze ans au secours de l’enfance aux Philippines

Laurence Ligier

Editions Tchou

 

 

Bien loin des témoignages larmoyants des femmes battues, assassinées, violées, droguées, prostituées, et parfois tout à la fois, voici le récit d’une jeune française, Laurence Ligier, qui, partie en mission humanitaire aux Philippines à l’âge de dix-huit ans, découvre la misère et le dénuement de son peuple et particulièrement des enfants. En effet, les Philippines ont un très fort taux de natalité et la pauvreté de ses habitants ne suffit pas à élever une famille de six à huit enfants. La plupart se retrouve à la rue, d’autres se prostituent pour gagner de l’argent, certains encore sont victimes d’abus sexuels ou de violences familiales. Forte de ce constat, Laurence Ligier décide de venir en aide à cette tranche de la population et, avec l’aide d’une philippine, Ellien, elle monte un centre baptisé « Caméléon » qui accueille des petites filles et des adolescentes  dont l’environnement familial n’est pas adéquat, les envoie à l’école et tente de les sortir de la spirale infernale qu’est devenue leur vie.

L’auteur raconte le véritable parcours de combattant qu’a nécessité la création de cette association, sa mise en route, ainsi que ses propres expériences vécues aux Philippines, sa difficulté à s’adapter à certaines coutumes locales et à renoncer à tout confort pour une vie rudimentaire : le poisson pêché au début de semaine et conservé dans des conditions plus que douteuses qu’il faut manger le samedi grouillant d’asticots, les bidonvilles insalubres, la mort et la violence à chaque coin de rue… Mais elle parle aussi de la gentillesse des gens qu’elle a pu rencontrer, des sourires d’enfants qu’elle a secourus et d’une grande aventure humaine qui la marquera à vie.

Ce n’est certes pas très bien écrit. Le style est maladroit, le récit souvent interrompu par des considérations économiques et politiques qui s’éternisent, la narration est exclusivement au présent et la structure du livre est très aléatoire. Ceci dit, il se dégage de cet ouvrage, en dépit de certaines pages assez difficiles à « avaler », un optimisme qui réchauffe le cœur. Laurence Ligier est dépourvue de fausse modestie et reconnaît ses mérites ainsi que le travail accompli. Elle sait cependant aussi reconnaître ses échecs et prend pour exemple Baby, une jeune fille qu’elle s’obstine à protéger et à aider envers et contre tout, jusqu’au jour où elle comprend que cette attitude ne sert qu’à conforter davantage sa protégée dans son irresponsabilité. Il faut beaucoup de courage pour admettre ses erreurs et l’auteur n’en manque pas. Plusieurs fois victimes de tentatives de meurtre par la pègre local, décriée par les médias philippins, reniée par sa collaboratrice, Laurence Ligier glisse l’air de rien sur ces événements avec une décontraction qui n’est pas sans forcer notre admiration et notre respect. Certes ce n’est pas une grande écrivain, mais c’est une grande dame. Et à ceux qui objecteraient sur l’utilité de sa démarche, je la laisserai elle-même répondre : « Une question encore plus déconcertante revient à chaque conférence : votre action n’est-elle pas une goutte d’eau dans l’océan ? Que ceux qui pensent cela viennent sur le terrain et ouvrent les yeux. Est-ce que la vie d’un enfant est une goutte d’eau ? » A bon entendeur…

 

Par beux - Publié dans : Témoignage
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