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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 20:39

L03.jpgHistoire de Rasselas prince d'Abyssinie

Samuel Johnson

éditions Desjonquères

 

Si vous êtes d'accord (mais même si vous ne l'êtes pas, ça ne change rien) nous allons poursuivre notre petite exploration du 18ème siècle en retournant cette fois en Angleterre avec l'oeuvre de Samuel Johnson, Histoire de Rasselas prince d'Abyssinie, oeuvre très proche de Candide de Voltaire et pratiquement sortie en même temps. Là encore il s'agit d'une critique de l'optimisme illustrée sous la forme d'un récit court, le conte.

Le prince Rasselas vit avec ses frères et soeurs dans une vallée protégée, à l'écart du monde et de ses malheurs, et a tout ce qu'il désire: nourriture, plaisir... Mais le prince n'est pas heureux; il se languit, incapable de savoir pourquoi et décide de découvrir le monde avec sa soeur et ses compagnons. Son objectif n'est plus ni moins que de trouver le bonheur.  Le voilà donc lancé dans une quête qui lui réserve bien des désillusions.

Nous le savons tous au fond de nous-mêmes: le bonheur parfait n'existe pas. Néanmoins, il y a quelque chose de profondément déprimant à se le voir rappeler, ce que n'hésite pas à faire Samuel Johnson avec un humour moins évident que celui de Voltaire mais tout aussi cynique. Rasselas s'essaie à tous les métiers, recherche toutes les compagnie, fait tour à tour l'expérience de la pauvreté et de la richesse, de la culture et de l'ignorance et ne rencontre aucune personne fondamentalement heureuse, pas plus qu'il ne trouve le bonheur lui-même. Dans un sens, c'est beaucoup plus noir que dans Candide. Dans le conte de Voltaire, il existait un endroit idéal, l'Eldorado, alors qu'il n'y a aucun endroit de ce genre dans le conte de Johnson. De même, dans Candide, les malheurs du héros éponyme tenaient plus à la bêtise et à la cupidité des hommes. Dans Rasselas, l'insatisfaction permanente du prince tient à sa nature même: même choyé, il ne parvient pas à combler le vide de son existence. Johnson souligne ainsi que l'homme n'est pas fait pour être heureux, éternel insatisfait, à la recherche d'un bonheur qui est condamné à lui échapper pour l'éternité.

J'ai préféré Johnson à Voltaire, plus poétique, plus subtil. Pas de comique de répétition ni d'effets inutiles, juste une réflexion désabusée et quelques situations cocasses (le prince qui pour échapper à sa prison dorée se fait fabriquer des ailes, l'ermite qui décide sur un coup de tête de quitter sa retraite pour retrouver le monde...) Reste que ça demeure un conte philosophique (je vous ai déjà dit n'est-ce pas que je DETESTAIS les contes philosophiques?) qui de ce fait est très didactique et devient vite lassant. Si vous êtes un peu fatigué et que vous avez la tête ailleurs, vous aurez bien du mal à rentrer dans un récit qui se soucie plus de faire une démonstration que de s'attacher son lecteur. C'est de bonne guerre je suppose. C'est le genre et l'époque qui veut ça. Reste que j'en commence à en avoir un peu assez du 18ème siècle, pas vous? Souriez, on attaque Roussau la prochaine fois. Là c'est sûr, nous allons souffrir...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Isa-sama 17/11/2010 00:08


Est-ce que tu détestes aussi "Le petit prince" ?


beux 17/11/2010 19:19



Non, je ne déteste pas "petit prince" (pas comme certains que nous ne citerons pas ici!)! Dans la mesure où j'aime bien les contes "classiques", ça reste un livre que j'apprécie dans l'ensemble
de par son ton naïf et son côté plein de bons sentiments. Après je ne suis pas non plus une fanatique: ce n'est pas mon livre de chevet et je ne lirai pas non plus le passage du renard et du
petit prince le jour de mon mariage. C'est un peu trop rose bonbon pour moi et dans un style un peu semblable je me rappelle avoir largement préféré "Tistou les pouces verts" de Maurice Druon...