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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:46

L02.jpgLes privilèges

Jonathan Dee

éditions Plon

2010

 

Une curiosité que cet ouvrage de Jonathan Dee, le premier traduit en français et qui raconte l'histoire d'une famille américaine argentée. Cynthia et Adam, jeune couple, se marie dès la sortie de la fac. Ils entrent à peine dans la vingtaine et la vie leur tend les bras. Des années plus tard, ils ont tout réussi: ils ont deux enfants magnifiques, la carrière d'Adam est à son apogée et ils ont de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. Pourtant, dans cette vie clinquante, tout semble curieusement artificiel et un vide persiste. Chacun le comble à sa manière: Cynthia et Adam se réfugient dans leur amour mutuel et leurs oeuvres de charité, leur fille April se perd dans la drogue et les soirées arrosées tandis que Jonas, le dernier, choisit l'art et la négation de la fortune colossale de ses parents... Mais, au final, il s'avère qu'aucune de ces méthodes ne sert à grand-chose. L'argent peut tout acheter mais il ne protège ni du monde extérieur ni de ses propres angoisses.

Les privilèges est assez étrange dans la mesure où les héros ne sont pas aussi imbuvables qu'on pourrait s'y attendre. Vue de l'extérieur, elle pourrait même être sympathique cette riche famille américaine qui distribue son argent pour de bonnes causes et qui s'aiment tous très fort. Le génie de l'auteur est de glisser ça et là avec cynisme des petits détails qui cassent l'illusion: les parents obsédés par la vieillissement, la femme qui se noie dans des fièvres acheteuses, le mari qui spécule et qui joue avec de l'argent imaginaire, la fille frivole qui se drogue, le fils bobo... Ces quatres personnages repliés sur-mêmes flirtent avec le monde réel sans jamais l'approcher, ne se refusant rien et se barricadant de tout, le mal-être d'une demi-soeur, la solitude d'une mère, l'absence d'un père... qu'ils l'assument (Cynthia, Adam) ou qu'ils le nient (Jonas). Le premier chapitre, le mariage de Cynthia et d'Adam est sans doute le chapitre le plus réussi puisqu'il condense l'essentiel du roman: l'égoïsme forcené des personnages principaux, inconscients des efforts déployés autour d'eux (l'argent du beau-père, le travail de l'organisatrice) le portrait d'une génération totalement amorale (les invités désinvoltes) ou encore le côté articifiel du cadre dans lequel va se dérouler le récit (le mariage perd son côté solennel pour prendre l'allure d'une fête d'étudiants bourrés) Le reste des Privilèges n'est plus alors qu'une variation autour de ces mêmes thèmes, ce qui à la longue explique l'essoufflement d'une narration centrée sur des héros qui n'évoluent pas et qui, au final, ne sont guère intéressants, pas même dans leur attachement mutuel qui, là encore, a le côté artificiel des personnages des Feux de l'Amour (j'organise une fête surprise sur un yatch pour dire à mon épouse que je l'aime ou j'envoie un jet à ma fille pour qu'elle vienne me rejoindre) La richesse est la seule héroïne de l'histoire et, à mon sens, ce n'est pas non plus une héroïne très intéressante. Reste ceci dit un style agréable et un parti pris original de l'auteur qui, à la question: peut-on tout acheter avec de l'argent? a une réponse: probablement, mais cela coûte très très cher.

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Published by beux - dans Roman
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