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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:46

L01.jpgLes Confessions

Jean-Jacques Rousseau

éditions Gallimard

1782

 

"Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi, seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu."

 

C'est en 1782, soit quatre ans après la mort de son auteur, que paraissent Les confessions de Jean-Jacques Rousseau. Rousseau avait écrit ses mémoires dans le désir de se justifier auprès de ses contemporains et de faire taire ses ennemis. Entreprise audacieuse puisqu'il se proposait paradoxalement dans ce livre de dévoiler toutes ses fautes, plus ou moins grandes afin de montrer sa bonne foi et de se peindre sous le jour le plus exact possible. C'est ce qu'il annonce clairement dès les premières lignes de son récit, invitant ses lecteurs de la sorte à adhérer à un pacte et à le croire sur parole. Ainsi Rousseau ne cache rien, depuis les peccadilles de son enfance jusqu'à ses "péchés" de l'âge adulte: vol, abandon de ces cinq enfants... Cela ne l'empêche pas cependant paradoxalement à de nombreuses reprises de se définir comme "le meilleur des hommes" et de se plaindre de persécutions, ses bourreaux étant ses anciens amis: Grimm (pas les frères) Hollbach ou encore Diderot...

Il y a des millions de choses à dire sur Les Confessions et, pour tout vous avouer, je ne sais pas par où commencer! Passons rapidement sur l'aspect "scientifique" du livre: les détracteurs de Rousseau ont pointé à de nombreuses reprises les erreurs de dates, les inexactitudes, soulignant ainsi le peu de crédibilité de l'ouvrage. Il faut rappeler que Rousseau était déjà relativement âgé quand il entreprit son livre et qu'il ne s'appuyait que sur des lettres et sa propre mémoire; il est donc à mon sens tout à fait de bonne foi quand il entreprend de dire "toute la vérité". Quant à savoir s'il était vraiment victime d'un complot et de persécutions ou simplement d'une paranoïa aigue... et bien ça nous ne le saurons sans doute jamais. Sans doute un peu des deux probablement. Rappelons seulement que nous avons affaire à un homme qui, toute sa vie, de gré ou de force a été forcé de passer d'un endroit à un autre, genèvois bannis, parisien malvenu, anglais contraint... Il n'en demeure pas moins également qu'il a été persécuté lors de la sortie de son livre Emile ou l'éducation et que certains faits dont il parle sont avérés par les archives. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l'aspect "psychanalytique" des Confessions également: le manque de la mère, morte à la naissance, et dont Rousseau a cherché un substitut tout au long de sa vie, d'abord dans les bras de madame de Warens, sa première maîtresse, puis dans Thérèse Levasseur, sa compagne puis sa femme, que, de son propre aveu, il n'aima jamais d'amour; son goût pour la soumission avec le fameux épisode de "la fessée" (pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode, Rousseau raconte comment, pré-adolescent, il connut ses premiers "émois" à cause d'une fessée) ou encore l'ambivalence d'un caractère tiraillé entre un besoin de solitude et un désir de reconnaissance sociale... Oui, je suppose que d'un point de vue psychanalytique, Les Confessions est également une mine d'or. Mais restons-en au sujet de ce blog et à l'aspect littéraire d'une autobiographie qui se lit comme un roman, d'un narrateur/auteur, qui, tout en présentant son ouvrage comme une "confession" se livre à une véritable plaidoirie. Si Rousseau avoue en effet des "péchés" ce n'est que pour mieux se disculper auprès de ses semblables et se trouver des excuses; la mauvaise foi n'est jamais loin mais elle est servie avec un tel style et sous les apparences d'une si grande sincérité que le lecteur ne sait que croire. Coupable ou victime? Nous lisons près de 800 pages de l'histoire d'un homme qui prétend se livrer sans réserve et qui malgré tout reste un mystère. D'un homme qui a écrit sans doute l'une des plus belles histoires d'amour de son siècle et qui, malgré tout, a prétendu être resté presque totalement étranger à ce genre de sentiments; d'un homme qui a écrit un traité d'éducation et qui reconnaît avoir abandonné ses cinq enfants, s'avouant de la sorte incapable d'appliquer lui-même ses écrits; d'un homme qui a réussi à se faire des ennemis de presque tous ses amis, qui s'est montré malhonnête à de nombreuses reprises, et qui pourtant ne semble animé que de belles intentions et d'un désir d'amour inextinguible. En fait, au final, Rousseau demeure pour nous une énigme. Seule sa passion pour la nature et la musique apparaissent comme une constance dans un homme qui, malgré ses dénégations, apparaît comme le plus  bel exemple de la duplicité humaine....

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Aurélie 30/01/2012 12:52

Rhaargh! Tu as aimé les Confessions! Raaaglsbndfknslfg (se roule par terre, danse la polka, marche sur la tête et revient au clavier).
Hmm, j'ai failli manger les pages du livre pour ne pas avoir à les lire. J'aurais été sa contemporaine, j'aurais probablement foutu des claques à Rousseau. Mais en tout cas, bravo d'être allée au
bout. C'est admirable!

beux 09/02/2012 20:36



Mais le pire comme tu dis, c'est que j'ai bien aimé! Ceci dit je suis assez d'accord: Rousseau devait être une sacrée tête à claques mais que veux-tu j'aime son style et sa soif d'absolu (si si)
me touche.


Ceci dit, je dois avouer que les avis sont partagés à son sujet