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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 20:14
L01.jpgModeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public suivi de Proposition d'attribution d'insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin
Jonathan Swift
éditions Mille et une nuits



Modeste proposition... n'est pas un roman. Il s'agit d'un pamphlet écrit par Swift, l'un de ses derniers textes et, au demeurant sans doute le plus féroce.
Rappelez-vous: si Swift, lui-même irlandais, est loin d'apprécier un pays majoritairement catholique (lui-même est protestant) il n'en demeure pas moins un homme profondément touché par la misère de ses compatriotes, errant dans la rue et mendiant. L'Angleterre en effet impose un joug sévère à l'Irlande, la considérant comme une colonie et taxant lourdement ses habitants. Quelques riches possèdent les terres, le reste n'a quasiment aucun droit et meurt de faim...
Modeste proposition... est un court libelle (à peine plus de trente pages) mais c'est un texte qui, bien que concis, se révèle plein d'humour noir et d'un cynisme au demeurant assez effrayant. Swift y explique avec le plus grand sérieux que, puisque les pauvres sont devenus un tel fléau en Irlande, il est temps d'y remédier en se débarrassant des enfants. Ainsi, il propose d'en garder une partie pour la reproduction (comme le bétail) et de vendre les autres à partir de un an (âge où il commence à coûter de l'argent) afin d'en faire une viande choix pour les plus riches: "Si l'on reçoit, on pourra faire deux plats d'un enfant et si l'on dîne en famille, on pourra se contenter d'un quartier épaule ou gigot, qui, assaisonné d'un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver." Swift développe son idée en établissant calculs savants (le prix de revient d'un nourrisson, le coût économisé sur le bétail) et en s'interrogeant sur l'utilité ou non d'appliquer le même traitement aux garçonnets (non, viande trop coriace) ou aux vieillards (pas la peine, ils ne coûteront bientôt plus rien) Bref, il va jusqu'au bout de son raisonnement, en profitant pour glisser l'air de rien quelques remarques assassines sur les riches propriétaires et l'Angleterre: "(...) nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l'Angleterre. Car ce type de produits ne peut être exporté, la viande d'enfant étant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrais nommer un pays qui se ferait un plaisir de dévorer notre nation même sans sel" Les passages soulignés (en italique dans le texte) sont ainsi mis en valeur par l'auteur pour nous révéler sa véritable pensée. C'est un procédé qu'il emploie dans le texte lorsqu'il expose notamment d'autres théories permettant de réduire la pauvreté en Irlande. Ecartées d'emblée sur un ton ironique: "Qu'on ne vienne pas me parler d'autres expédients", ces théories sont à l'inverse de sa modeste proposition pleines de bon sens.
Le texte suivant: Proposition d'attribution d'insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin se situe grosso modo dans le même registre. Là encore, il s'agit de "régulariser" cette pauvreté désordonnée. Swift propose ainsi d'attribuer des insignes aux mendiants de la paroisse de Dublin afin d'éviter l'afflux des mendiants étrangers. En gros: chacun s'occupe de ses pauvres, il faut pas pousser. Là encore, il s'appuie sur des chiffres et des statistiques pour démontrer le bien-fondé de sa théorie. Soyons rationnels nous dit-il, poussons la logique jusqu'à l'absurde sans tenir compte d'idées aussi triviales que la dignité humaine. Le rendement économique doit être la seule motivation, et puisque nous sommes arrivés à un tel degré dans l'avilissement, allons jusqu'au bout. C'est noir et ce pamphlet résonne de façon sinistre à nos oreilles. Voltaire admirait l'Angleterre et son système libéral;  avec ironie, Swift en livre l'envers de la médaille...

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Published by beux - dans Classiques
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