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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 08:49
L02.jpgLe quai de Ouistreham
Florence Aubenas
éditions de l'Olivier



Je ne suis pas une fanatique des écrits de journalistes qui s'improvisent auteurs et, a priori, encore moins lorsqu'il s'agit d'une journaliste aussi sur-médiatisée que Florence Aubenas. Mais, pour le coup, après avoir lu la quatrième de couverture, la tentation a été la plus forte.
Florence Aubenas, comme nous tous, avait entendu parler de la crise, mais ce mot était un concept qui, elle l'avoue bien volontiers, ne représentait pour elle aucune signification réelle. La voilà donc qui démissionne, change de coupe de cheveux et de ville, s'installe dans un studio meublé et tente de décrocher un emploi. Elle a 48 ans et, sur son CV, elle marque qu'elle est uniquement titulaire d'un baccalauréat. Son pari est le suivant: poursuivre son expérience jusqu'à ce qu'elle décroche un CDI. Il lui faudra six mois, six mois de privations, de petits contrats décrochés ça et là en tant que femme de ménage, six mois à courir du Pôle Emploi aux différents sites de nettoyage... Je me dis seulement une chose: six mois? Elle a eu de la chance.
Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est que Florence Aubenas abandonne tout statut de journaliste. Il lui aurait été facile de garder une certaine distance par rapport à son sujet, de se placer en tant qu'observatrice. Le quai de Ouistreham bien au contraire est vraiment une plongée dans un monde plutôt hostile. L'auteur n'est qu'une "précaire" parmi d'autres et, ne serait-ce de temps en temps les discrets rappels de son statut, on pourrait avoir l'illusion (et elle-même d'ailleurs semble oublier qui elle est réellement) qu'il s'agit d'une femme ordinaire qui a décidé de faire un livre sur ce qu'elle a enduré et non pas une journaliste qui a choisi volontairement de vivre la situation décrite. Au demeurant, c'est assez effrayant de lire des pages pareilles; il y a le Pôle Emploi, les employés débordés et eux-mêmes victimes de restructurations, les demandeurs (il faut dire "clients") qui viennent et reviennent sans cesse pour tenter de trouver quelque chose, n'importe quoi! Il y a aussi ces femmes de ménage dont Florence Aubenas fait bientôt partie, qui ont différents petits contrats ça et là, dans plusieurs sites à l'opposé les uns des autres, ces femmes que personne ne voit: elles travaillent ou très tôt le matin ou tard le soir et semblent invisibles pour la plupart des gens; il y a le calcul pour la moindre dépense et l'angoisse du contrat qui peut ne pas être renouvelé... C'est très instructif et, si certaines situations pouvaient m'être familières, d'autres m'ont semblée... brutales. Au moins, je suppose que ça permet de relativiser. Ainsi, si au niveau de l'écriture l'auteur demeure une journaliste (certaines de ses digressions sont un peu ennuyeuses) et si aucune analyse n'est clairement établiée, il n'en demeure pas moins que Le quai de Ouistreham,  aussi médiatisé soit-il, demeure un livre courageux qui fait mieux comprendre le sens du mot "crise" que n'importe quel long discours...

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Published by beux - dans Témoignage
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commentaires

Anis 26/02/2012 20:35

Oui, j'ai trouvé ce livre courageux et aussi bien écrit.

Guigui 25/03/2010 19:19


a priori, sans accent ;-)


beux 26/03/2010 08:53


C'est corrigé!