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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:01

L10Le bibliothécaire

Mikhaïl Elizarov

éditions Calmann-Lévy

(2007)

 

Je me trouve à court de lapins pour illustrer cet article. Car, pour bien faire, j'aurais dû mettre un petit lapin profondément perplexe, l'air complètement largué et qui a l'air de se poser une seule question: "Qu'est-ce que je viens de lire exactement??" En effet, c'est exactement le sentiment que m'a laissée la lecture du bibliothécaire.

Alexeï Viazintsev, de son petit nom Aliochka, est un jeune homme de vingt-sept ans un peu désoeuvré, sans amis et qui vit encore chez ses parents, en Ukraine. A la mort de son oncle avec qui il a perdu contact depuis longtemps, il est chargé par sa famille d'aller régler la succession dans une petite ville de Russie. Mais, arrivé là-bas, il se retrouve au coeur d'un conflit entre plusieurs groupes étranges. Tous se battent pour la possession des oeuvres de Gromov, un écrivaillon mort depuis des années et spécialisé dans des romans à la gloire du régime soviétique. Pour ses adeptes, les textes de Gromov ont en effet des pouvoirs mystiques qui différent pour chaque ouvrage: force, joie, sérénité... Alexeï, d'abord perplexe et enrôlé de force, se plonge  dans les ouvrages de Gromov et, à son tour, se laisse convaincre. Il prend la succession de son oncle et devient  bibliothécaire, c'est-à-dire le chef, d'une cohorte qui possède l'un des livres de Gromov. Cependant il ne tarde pas à découvrir que faire partie des élus n'est pas sans risques; les querelles entre cohortes prennent bientôt l'allure d'un bain de sang...

C'est à ce moment-là que je devrais vous parler de "la caricature d'une société défunte et l'attachement à des racines culturelles souvent inventées ou arrangées". Je devrais enchaîner sur "un récit qui sonne le glas de l'Homo sovieticus et le condamne à renaître en se réinventant, en se réécrivant". Mais je pense que pour le coup l'auteur de la quatrième de couverture a sans doute mieux compris le roman que moi. Soyons honnête: il me manque trop de solides connaissances sur la culture russe pour appréhender Le bibliothécaire et de ce fait, si je suis plus ou moins parvenue à cerner la satire (l'écrivain oublié de l'Union soviétique qui devient plus ou moins un dieu, des vieilles au bord de la mort qui suivent un gourou) la majeure partie du roman est demeurée un mystère. J'ai ri à certaines scènes (la narration menée par Alexeï est assez convaincante et son caractère plutôt bien décrit) et lu avec horreur les nombreuses scènes de batailles sanglantes et de réglements de comptes qui parsèment le roman (vieilles brandissant des haches, têtes qui volent, membres arrachés) Mais j'ai passé aussi la plupart du temps à essayer de comprendre la pensée de l'auteur qui, à sa manière raille la nostalgie d'un régime passé, tout en se gardant de la mettre au clou: les personnages adeptes de Gromov sont montrés comme des solitaires, des marginaux: aucun n'est montré comme un imbécile. Sentiments ambivalents qui se reflétent dans une écriture dense, opaque, presque étouffante, et qui pour couronner le tout fait intervenir beaucoup trop de personnages aux noms russes impossibles à prononcer. Je pense que Le bibliothécaire est un roman que j'apprécierai peut-être plus tard, quand mes connaissances sur le régime soviétique se seront un peu améliorés. En attendant, à l'image des oeuvres de Gromov, il demeure pour moi un mystère accessible aux seuls initiés. Ceci dit, bonne nouvelle: entre le début de mon article et la fin, j'ai réussi à obtenir mon lapin...

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

Pascal Yukka 23/03/2011 08:04


Quelle belle palette de lapins tu as à présent ! Bientôt, en fonction de tes réactions face à certaines lectures, viendront s'ajouter le lapin épileptique, le lapin nostalgique, le lapin crétin...


beux 24/03/2011 15:05



Le lapin crétin aurait pu convenir pour la lecture de Twilight! Je devrais en parler à mon gentil administrateur malheureusement je dépends beaucoup de son bon vouloir. Quelle plaie de
ne pas savoir dessiner...



Un Ange Passe... 22/03/2011 21:52


Ma foi, du lapin ou du livre, il semble que seul le premier laissera un souvenir impérissable !


beux 24/03/2011 15:04



Non non non, je suis sûre que le livre gagne à être lu; c'est très frustrant, j'ai vraiment eu l'impression qu'il me manquait une clé pour l'apprécier à sa juste valeur...



luxsword 20/03/2011 16:18


Y a super longtemps, j'avais été voir "Khroustaliov, ma voiture!" et j'en étais ressortie en n'ayant à peu près rien compris du tout. Comme c'est un film russe, je me dis qu'il y a peut-être un
obstacle culturel. En tout cas, ça fait une bonne excuse, je trouve.
Fabuleux lapin, cela dit. ^^


beux 24/03/2011 15:03



C'est sans doute ça. La culture russe c'est du costaud mine de rien. Il faudrait peut-être commencer par des classiques (du style Guerre et paix ou Crimes et châtiments) avant de se lancer dans
la littérature contemporaine. Ceci dit le titre du film "Khroustaliov ma voiture!" m'a fait beaucoup rire.



canthilde 20/03/2011 15:29


Le lapin est très bien. Pour le reste, euh...


beux 24/03/2011 15:01



Huuuuuuuuuuum... Quelque chose me dit que tu n'es pas emballée par Le bibliothécaire...