Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 10:23

L03.jpgPaméla ou la vertu récompensée

(première partie)

Samuel Richardson

éditions Nizet

 

 

Avec un titre pareil, ça sent bon le roman d'époque non? Retour au XVIIIe siècle en Angleterre pour parler d'un livre qui fut un énorme succès en librairie, ouvrage sentimental chargé d'édifier le lecteur. Paméla est une jeune fille de quinze ans, pauvre mais vertueuse, au service d'une brave femme qui en a profité pour faire son éducation. Mais la maîtresse meurt, recommandant au préalable Paméla à son fils. Ce dernier semble tout faire pour vouloir accomplir les dernières volontés de sa mère mais, très vite, les parents de Paméla, de pauvres mais honnêtes gens, mettent en garde leur fille: il semblerait que les intentions du jeune maître soient loin d'être pures et, effectivement, ce dernier essaie bientôt de séduire sa servante. Paméla, loin de lui céder, le repousse et "réclame" le droit de partir retrouver la maison familiale. Son refus ne fait qu'accroître le désir du jeune noble qui va tout mettre en oeuvre pour satisfaire sa passion, que ce soit par la séquestration ou en se servant de ses domestiques...

Construit sous forme épistolaire (le récit est un échange de lettres, essentiellement entre Paméla et ses parents) Paméla ou la vertu récompensée est un roman dont il me semble difficile de parler: c'est un style et même des préoccupations qui paraissent de ce fait terriblement lointaines et obsolètes. Certains y ont vu "de la pornographie déguisée", mais j'avoue très sincèrement que je n'ai rien vu d'extrêmement choquant et que je ne comprends pas cette critique ainsi que celle du théologien Watts (vous inquiètez pas je le cite pour la frime mais je ne le connais absolument pas) qui objectait que "Les femmes se plaignaient de ne pouvoir lire l'ouvrage sans rougir" S'agit-il plutôt d'une critique qui s'adresse au deuxième volume du récit? Du fait ce soit l'abbé Prévost (l'auteur de Manon Lescaut) qui ait fait la traduction? (en effet, ce dernier avoue lui-même avoir épuré le roman et adapté en fonction du lectorat français) ou s'agit-il tout simplement d'une évolution des mentalités qui rendent aujourd'hui Paméla plus que chaste? C'est possible. Mais revenons à l'intrigue en tant que telle.

Si Samuel Richardson avait pour ambition d'écrire un récit moralisateur, édifiant, certains voient dans Paméla, une incitation au contraire à résister à l'amour et au bonheur. On retombe dans la même polémique que dans La Princesse de Clèves. Personnellement ceci dit, je trouve que rien n'oppose plus ces deux ouvrages. La princesse de Clèves était un roman avec un véritable rapport de force entre amour et raison; l'héroïne devait lutter sans cesse entre son désir et ce que "la sagesse" lui recommandait. Paméla n'a pas la même dimension: plus fade et plus ennuyeuse (quoi qu'il arrive, elle est en toujours en accord avec elle-même et ne s'interroge jamais sur le parti à prendre), son seul ennemi est son maître et les obstacles extérieurs qui la poussent dans ses bras. Paméla est intéressante uniquement dans la mesure où elle doit faire front véritablement à toute la société: pauvre, on s'attend à ce qu'elle cède à son maître. Séquestrée, elle ne peut compter sur personne. Pourtant, elle résiste envers et contre tout, usant du langage comme seul arme, et acquiert ainsi sa dimension héroïque. Son maître à côté parait plus terne, la violence de sa passion ne s'exprimant que par la violence physique. En bref, difficile d'apprécier cette "romance" qui repose sur un tel grand écart et, si je n'avais pas lu les résumés du récit, j'aurais eu du mal à croire que cette histoire puisse se terminer par un mariage (seconde partie du roman, si j'arrive à l'obtenir) Paméla s'abritant sans cesse derrière sa vertu et ne semblant jurer que par ses parents et son honneur. Les dernières pages de la première partie ceci dit nous mettent sur la voie et nous permettent de deviner que l'héroïne nourrit quelques sentiments pour son bourreau. Syndrôme de Stockholm? Je reste perplexe et attend de voir la suite qui j'en suis sûre, sera tout aussi édifiante... et tout aussi ennuyeuse.

Partager cet article

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article

commentaires

luxsword 18/05/2010 20:33


Bah, il a dû l'engrosser.
Ooops, pardon. Et merci pour les précisions. :)


beux 19/05/2010 19:02



Rooooh mais non puisque Pamela justement se refuse à lui (ou plutôt n'accepte pas de se laisser violer, ce qui n'est pas très sympa de sa part je trouve)


Bon, je pense que ce livre là ne te plaira pas effectivement hi hi...



luxsword 14/05/2010 10:07


Hum, désolée d'avoir enfoncé des portes ouvertes. C'est juste que ça m'énerve, ce type de livre, qui dévoie l'intelligence pour développer un propos hyper réac'. Bon, cela dit, écrire trop vite son
comm', c'est mal aussi. ^^


beux 17/05/2010 19:54



Hi hi, non c'est rigolo aussi ce genre de réactions à chaud! C'est vrai que quelquefois ce genre de lecture peut énerver, et moi-même je me suis sentie un peu agacée par le personnage de Pamela
et surtout par son maître qui la traite ni plus ni moins comme un objet. Après il faut remettre dans le contexte; je serais la première à bondir s'il s'agissait d'un roman contemporain mais dans
la mesure où il s'agit d'une oeuvre du XVIIIè il faut savoir se montrer indulgent avec nos ancêtres qui n'avaient pas du tout les mêmes valeurs que les nôtres, aussi archaïques nous
semblent-elles. 


Ceci dit, tu serais surprise car dans "Pamela" il y a quand même quelques jolies réussites dont je n'ai peut-être pas assez parlé dans ma critique. Je pense notamment à la répartie de l'héroïne
dans le récit qui n'hésite pas à remettre son maître à sa place de façon ferme et subtile. Qui plus est, l'auteur se montre courageux dans la mesure où il montre que la pauvreté ne s'apparente
pas forcément au vice et à la bêtise, pas plus que la noblesse n'est synonyme de noblesse de coeur. j'attends surtout de voir la suite du roman (si je le reçois un jour) avec le mariage de Pamela
pour voir comment Richardson justifie ce mariage dans la mesure où l'idylle a si mal commencé...



luxsword 13/05/2010 16:35


La morale de l'époque, c'était juste que les femmes devaient s'arranger pour être mariées avec celui qui les b***. A partir du moment où il l'épouse, il peut faire ce qu'il veut. Mais avant, elle
doit s'y opposer, sinon c'était elle la vilaine catin. Aux femmes de défendre leur honneur, mais pour l'amour et le plaisir, elles peuvent toujours attendre.
Bon, j'ai pas lu le livre du tout, mais je pense que j'ai bon, non ?


canthilde 04/05/2010 22:26


La suite est bien plus ennuyeuse ! Pamela se marie et fait son éducation de femme du monde, avec un époux pour le moins gonflant. Le livre n'est pas choquant sur le plan pornographique à notre
époque mais tout de même dérangeant dans ce qu'il suggère : il y a cette scène où elle est maintenue par Mrs Jewkes pendant que son maître essaie de la violer. Les termes ne sont peut-être pas
crus, mais les situations violentes. Ce qui m'a le plus fait rire, c'est cette scène où elle essaie de s'échapper, a peur d'une vache et frôle la mort en escaladant un mur ! Essaie Henry Fielding
après Richardson : même époque mais moralité beaucoup plus élastique.


beux 07/05/2010 19:53



C'est gentil de me préparer psychologiquement à la deuxième partie de Pamela. En plus, les 1001 livres après me font
lire "Clarisse" toujours du même auteur... Je suis d'accord avec toi sur certaines scènes: c'est vrai que celle où la gouvernante lui maintient le bras tandis que son maître essaie de la violer
est assez atroce quand on y réfléchit bien. C'est pourquoi j'avoue que j'ai beaucoup de mal à m'attacher au personnage masculin et que la "morale" en gros me dérange un peu: au final le maître va
finir par obtenir Pamela, par des moyens "vertueux" certes mais elle se soumettra quand même à sa volonté en l'épousant. J'attends de voir comment l'auteur traite cette situation dans la deuxième
partie...


Ah, et je suis allée voir ton blog. Il est vraiment très intéressant!