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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 14:59

L06.jpgPamela volume 2

Samuel Richardson

Everymans Library

Pamela est vertueuse, Pamela est sage. Pamela est une épouse modèle qui prend soin de son époux bien-aimé, s’excuse auprès de lui quand celui-ci est tenté d’aller voir ailleurs, et veille sur sa maisonnée. Pamela écrit à ses amis des lettres qui font leurs délices et émerveille ses hôtes par son organisation redoutable. Ses serviteurs chantent ses louanges, ses enfants l’adorent, tout le monde pleure d’émotion quand elle parle et elle-même verse d’abondantes larmes en songeant à son bonheur avec son tendre mari, monsieur B., l’homme qui a daigné abaisser les yeux sur elle. Rien n’affecte Pamela, rien ne la trouble. Du haut de ses certitudes, ô combien confortables, elle assène vérités et conseils, blâme les jeunes écervelées qui se laissent emporter par leurs passions et les détournent d’amours néfastes pour leur faire épouser des jeunes hommes bien sous tous rapports, des gendres idéaux qui feront d’elles de parfaites maîtresses de maison. Pamela c’est le bon sens incarné, le manuel vivant d’éducation pour jeunes filles bien rangées. Elle ne se révolte pas, même quand son mari manque la cocufier, ne doute jamais de ce qui est bien ou mal. Ses principales préoccupations se portent sur la conversion de son mari et sur l’éducation de ses enfants. Jamais la passion ne l’aveugle, jamais l’ennui ne la guette. Elle se méfie des romans comme de la peste (l’imagination quelle horreur !) et leur préfère des petites fables morales de son cru qu’elle raconte à sa fille pour l’édifier. Ai-je besoin de vous le dire ? Pamela est (excusez-moi de la grossièreté) profondément chiante.

Je ne peux pas dire que j’avais été emballée plus que ça par la première partie des aventures épistolaires de Pamela. Ceci dit j’avais trouvé un certain panache au personnage pris dans la tourmente, essayant désespérément de conserver son honneur face à un maître (son futur époux) tout puissant et bien décidé à faire d’elle sa maîtresse. Le rapport de force était intéressant et Pamela avait une certaine verve. Où donc est passée cette fameuse verve ? Elle reparaît ça et là de temps en temps (je pense à ce passage où dans un courrier à son ami miss Darnford, Pamela demande à cette dernière comment se déroule une cour traditionnelle à une jeune fille, elle-même n’ayant eu droit qu’à des menaces) mais sinon… tout l’intérêt de l’héroïne a disparu et ses courriers n’apparaissent plus que comme des pensums pesants. Pamela est devenue une épouse soumise, intégrée à une société dont elle ne remet jamais en cause les valeurs. Elle est fade et s’accorde parfaitement en ce sens à Monsieur B. son époux qui arrive à être encore plus antipathique en mari comblé qu’il ne l’était en amoureux violent. Autour de ces deux personnages gravitent des personnages secondaires plus intéressants, parce que, si j’ose dire, plus humains : miss Darnford, dont les courriers moins lisses que sa correspondantes et plus critiques sont également plus amusants, et Lady Davers, la belle-sœur de Pamela. Ça ne sauve en rien un livre dont Pamela est le centre. Et quand Pamela parle… et bien à la fin on a envie de la faire taire….

On ne peut pas qualifier un livre du 18ème siècle de rétrograde. Ce serait aussi stupide que de qualifier les romans de chevalerie d’anti-musulmans. Autres temps autres mœurs… Ceci dit, on peut juste reposer Pamela en se réjouissant de ne pas être née à une époque où les femmes se devaient d’être soumises et angéliques. La vertu est sans doute une bonne chose, mais la vertu sans faiblesses n’a absolument aucun intérêt…  

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

canthilde 03/07/2010 17:27


Félicitation, tu as fini la deuxième partie ! Moi, je n'ai pas réussi à en venir à bout. la relation entre les deux époux m'horripilait et le mystère (pourquoi aime-t-elle son bourreau ? pourquoi
Mrs Jewkes est-elle aussi méchante ? la vache est-elle enragée ?) n'était plus là . J'ai très envie de lire Clarissa, malgré tout.


beux 05/07/2010 11:37



Je confirme Clarissa vaut plus le coup! La deuxième partie de Pamela était effectivement profondément ennuyeuse, à part peut-être le passage où mr B. manque succomber à l'adultère. Mais sinon,
j'avoue n'y avoir pas trouvé un intérêt démesuré et j'ai éprouvé une profonde antipathie pour les protagonistes. En revanche, je suis actuellement en train de lire "Histoire de Tom Jones" de
Fielding et tu avais raison: Fielding est beaucoup plus amusant que Richardson (encore heureux d'ailleurs car sinon je serais mal barrée: Tom Jones fait près de 1000 pages... )



luxsword 27/06/2010 22:58


Cette Pamela est passablement révoltante, tout de même.
Ce Samuel Richardson mérite des coups de pied au derrière. Bien plus que Bree, ça c'est sûr. ^^


beux 28/06/2010 14:21



Ah maintenant que je viens de lire Clarisse je suis beaucoup moins sévère sur Richardson. Disons qu'à mon avis il excelle plus dans le drame que dans la description du bonheur
conjugal...



luxsword 26/06/2010 23:02


Hm, Bree abandonne tout de même son fils gay au bord de la route, hein... Mais elle est marrante, c'est vrai.

Moi, ce que je voudrais savoir, c'est comment Pamela a fini par épouser ce type. L'auteur a réussi à faire passer un type violent pour un mec normal ? Ou alors il avait une excuse poru son
comportement avant ? Elle a entendu des voix ? ???


beux 27/06/2010 12:29



Bon d'après ce que j'ai compris (parce que la seconde partie de Pamela était uniquement en anglais) M.B s'est repenti grâce au comportement de sa douce et tendre. Il s'est excusé, invoquant la
force de l'amour, et l'a demandée en mariage en bonne et dûe forme. Pamela étant pauvre, je suppose que pour elle c'était un immense honneur d'être demandée en mariage par son maître et elle n'a
évidemment pas refusé. Autres temps autres moeurs... Bon à noter ceci dit tout de même que plus d'une fois dans le récit, le héros aura à justifier son comportement ...


 


(PS: Bon Ok, mais l'abandon au bord de la route, il l'avait bien cherché tout de même Et après elle n'a de cesse de
récupérer le fils prodigue)



-GreG- 26/06/2010 02:10


C'est Bree, Pamela.


beux 26/06/2010 13:01



Non, Bree est drôle. Bree si son mari la trompe elle est impitoyable et si ses enfants dévient du droit chemin, elle les couvre. Pamela elle elle pleurniche et les renie.