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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 15:29

L01.jpgNorthanger Abbey

Jane Austen

éditions Archipoche

1817

 

Retournons à Jane Austen et à ce livre entrepris en 1798 mais publié peu après sa mort en 1817. L'histoire est celle de Catherine Morland, une héroïne de roman pas franchement très conventionnelle. Elle n'est pas très dégourdie, pas très habile et elle cumule deux handicaps : une grande naïveté et un solide bon sens, des traits de caractère qui ne conviennent guère à une jeune fille du XIXe siècle. Férue des romans d'Anne Radcliffe, Catherine rêve de châteaux gothiques et de fantômes errant dans des couloirs. Ce n'est hélas pas à Bath, la ville où se réunit la bonne société anglaise durant l'hiver qui va lui apporter son lot de frissons : hommes fats, femmes ridicules, aventuriers sans scrupules, notre héroïne se retrouve vite perdue dans un monde dont elle ne comprend qu'à moitié les règles. Son séjour va cependant être pour elle l'occasion de faire la connaissance du charmant Henry Tilney et de sa famille et d'être invitée à séjourner à Northanger Abbey, propriété paternel et lieu dont le nom présente pour elle presque autant d'attraits que les beaux yeux de son hôte...

Si Northanger Abbey est considéré par beaucoup comme un roman mineur de Jane Austen, je l'ai pour ma part préféré à Mansfield Park et et peut-être même à Emma. Certes, l'auteur fait de nombreuses références au roman d'Anne Radcliffe, Les mystères d'Udolphe, ce qui peut déboussoler le lecteur d'aujourd'hui; certes, le ton est léger, peut-être un peu trop, et ne donne guère de profondeur aux personnages; certes le style est parfois un peu brouillon (et la traduction française par endroits incompréhensible) et le propos désinvolte. Mais quelle ironie! Nous sommes ici dans le domaine de la parodie et Jane Austen n'y va pas de main morte : et que je t'égratigne la coquette hypocrite qui, tout en feignant la vertu et la pudibonderie, se comporte mal, et que je raille le soupirant ridicule qui n'a d'autres intérêts dans la vie que les voitures et les chevaux, et que je me moque même de mon héroïne qui ne voit rien, ne comprend rien et rêve d'être le personnage d'un roman gothique dans une Angleterre proprette et austère... Disons-le : Northanger Abbey est drôle. Oui, on y retrouve bien le schéma classique des romans de Austen (une comédie amoureuse qui se termine par un mariage) mais ce schéma lui-même semble tourné en dérision par l'auteur qui intervient, une fois n'est pas coutume, énormément tout au long du récit. Le trait est forcé mais la satire n'a pas ce côté moralisateur à la Mansfield Park. Ici, Jane Austen se soucie bien peu de punir les méchants ou de récompenser les bons. En témoigne la désinvolture avec laquelle elle expédie sa fin heureuse. Les gens sont comme ils sont semble clamer le récit et bien fou serait celui qui croit que la vie est comme un roman : les maris ne tuent pas leurs épouses mais les rendent malheureuses par leur avarice; les hommes ne tombent pas amoureux des femmes au premier regard, les soupirants sont parfois (souvent) des importuns et les héroïnes n'agissent pas toujours avec la dignité appropriée. Au lecteur de déterminer si cela vaut mieux ou pas.

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Published by beux - dans Classiques
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