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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 20:23

L01.jpgLes liaisons dangereuses

Choderlos de Laclos

éditions le Livre de Poche

1782

 

 

Bon, je suis d'humeur un peu cafardeuse ce soir et donc tout à fait dans le ton pour vous parler des Liaisons dangereuses de Laclos, notre étape incontournable des 1001 livres... Je pense que vous avez dû tous entendre parler des Liaisons dangereuses à défaut d'avoir lu le livre, et peut-être même avez-vous vous aussi succombé au charme ténébreux du beau John Malkovich dans l'adaptation cinématographique (si comme moi vous ne vous souveniez absolument pas de la présence du fadasse Keanu Reeves, c'est que décidément vous avez très bon goût) Mais, pour ceux qui ont zappé tout ça et qui n'ont jamais ouvert cette lecture de lycée, petit résumé rapide:

La marquise de Merteuil, veuve, est une fausse dévote qui, tout en feignant la vertu, enchaîne les aventures et les infidélités, papillonnant gaiement dans un monde dont elle connaît toutes les faiblesses et les hypocrisies. Elle correspond avec le vicomte de Valmont, un libertin tout comme elle dont la réputation est entachée et qui à vrai dire s'en soucie peu. Notre héroïne, pour se venger d'un amant passé, demande à Valmont de séduire la fiancée de ce dernier, Cécile de Volanges, jeune grue sortie tout droit du couvent. Mais Valmont se soucie peu d'une proie si facile et s'est mis en tête de séduire la présidente de Tourvel, une femme pieuse dont la vertu est jugée imprenable par tous...

Roman épistolaire (quelle surprise pour le 18ème siècle n'est-ce pas?), Les liaisons dangereuses est un portrait glaçant de la société noble du 18e siècle avec son lot de mensonges et de froufrous, de ragots et de liaisons plus ou moins recommandables. Là où Richardson mettait en scène dans Clarisse, un homme vil, Lovelace, et le présentait comme une exception, Laclos fait de Merteuil et de Valmont des personnages ordinaires, conséquences d'un monde qui envoie les jeunes filles dans des couvents avant de les jeter dans des mariages mal assortis, uniquement motivés par l'argent, conséquences d'un monde qui juge sur les apparences et la réputation. Comment ne peut-on pas être tenté de jouer dans une société où la sincérité n'a de toute manière pas sa place? Cécile de Volange est punie par sa mère pour avoir succombé à un amour bien innocent pour le tout aussi jeune et tout aussi benêt Danceny; madame de Tourvel, aimant sincérement Valmont, est cruellement récompensée par cet amour. Valmont et Merteuil s'amusent, tirent les ficelles et parodient les sentiments. Ils s'affrontent aussi parfois, chacun étant persuadé d'être le meilleur. Merteuil, plus subtile, est sans doute la plus rouée, étant  obligée de cacher son rôle véritable alors que Valmont, de par sa condition d'homme, peut parfaitement l'assumer. De plus, elle ne succombe pas à la tentation de l'amour, à la différence de Valmont dont les sentiments pour madame de Tourvel revêtent une certaine ambiguité... Les liaisons dangeureuses est un livre cynique dans la mesure où les "méchants" ne sont démasqués que par hasard (Merteuil fait tuer Valmont, Valmont dénonce Merteuil) et dans la mesure où, si ces derniers sont punis, les "gentils"(qui ne le sont pas vraiment d'ailleurs,)  ne sont pas plus heureux pour autant: Cécile s'enferme dans un couvent, la présidente meurt, Danceny s'exile, coupables uniquement d'avoir ouvert leurs coeurs à la mauvaise personne et de s'être laissés corrompre... Le style d'écriture des Liaisons dangereuses, impeccable, a une esthétique qui paradoxalement peut paraître assez froide pour décrire des relations amoureuses et libertines; mais les lettres détachées et à double sens de Valmont et de Merteuil, à des kilomètres du style flamboyant et douloureux de La nouvelle Héloïse, mettent d'autant plus en avant le factice d'une société décadente et contrastent avec les lettres passionnées de madame de Tourvel ou le style enfantin de Cécile... Vous avez compris: c'est donc un classique à (re) découvrir!

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

wildsevens 23/07/2012 16:13

wouhou, deux livres que j'ai lu!

Anis 26/02/2012 20:13

Vraiment un chef d'oeuvre dans ce style pas toujours facile à manier.

urgonthe 11/09/2011 13:49


Ouais, j'en ai lu du Sade. C'est marrant cinq minutes puis ça vire toujours à la surenchère dans la pornographie et les tortures. Paraît qu'il est étudié à la fac comme philosophe mais il faut les
chercher, les réflexions profondes (sans mauvais jeu de mot,) entre deux viols de vierges...


beux 15/09/2011 17:39



Je cherche encore! J'ai commencé les 120 jours... et je m'ennuie! C'est très intéressant d'un point de vue psychanalytique (il faut absolument que je me trouve une biographie de Sade pour me
faire une idée de l'homme) mais du point de vue de l'écriture, c'est très répétitif. J'avoue rester perplexe aussi devant l'imagination de telles horreurs. Bon il paraît que Justine est plus
intéressant on verra bien...



urgonthe 09/09/2011 22:49


Chef d’œuvre incontestable ! Le style, la narration, l'immoralité, tout est fait pour frapper dans ce roman parfait. L'auteur a été pervers comme souvent à cette époque (bien obligé) : il se
délecte en turpitudes mais il y a une leçon à tirer de tout cela ! On ne pouvait pas dire que ce sont souvent les "méchants" qui s'en sortent le mieux...


beux 11/09/2011 13:22



Personne ne s'en sort vraiment dans ce livre! Pour moi, il représente vraiment la fin d'une époque... Mais en fait de perversions en littérature je pense que je ne fais que commencer puisque le
prochain sur ma liste des 1001 livres... est le marquis de Sade.