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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 14:36

L02.jpgMelmoth

Charles R. Mathurin

éditions Libretto

1820

 

L'histoire commence lorsque le jeune John Melmoth se rend au chevet de son oncle mourant dont il est l'héritier. Ce dernier, sur son lit de mort, lui fait promettre de détruire le portrait vieux de 150 ans d'un mystérieux aïeul. Notre héros s'exécute, non sans avoir pris le temps de lire quelques documents relatifs à l'homme du portrait, documents troublants s'il en est... Quelques temps plus tard, un navire fait naufrage sur la côte et Melmoth recueille un rescapé espagnol, ancien moine, qui lui relate son histoire, histoire qui, curieusement, fait encore une fois intervenir l'ancêtre de notre héros...

Melmoth, ouvrage faisant partie de nos 1001 livres... délaissés quelque peu ces derniers temps, est considéré comme le dernier roman gothique mêlant surnaturel et couloirs sombres, pactes maudits et religieux exaltés. D'un point de vue narratif, c'est plutôt intéressant : l'auteur imbrique plusieurs récits les uns dans les autres, celui de Melmoth interrompu par celui de l'espagnol, lui-même interrompu par l'histoire de la jeune fille sur son île, interrompu par l'histoire de la famille malchanceuse, etc. Toutes ces histoires imbriquées à la manière de poupées gignognes ont une seule constante, l'homme au portrait qui, telle une ombre menaçante, plane sur le livre. Bon, dit comme ça, Melmoth a l'air génial. En pratique, c'est un pavé de sept cent pages un peu longuet, avec une fin expéditive et des descriptions saisissantes qui se perdent dans un style emphatique et des personnages manichéens. Je n'en retiendrai pas de ce fait l'aspect "gothique" (j'ai été pour le coup beaucoup plus convaincue par Anne Radcliffe ou Le Moine de Lewis) mais j'avoue avoir été séduite par quelques envolées lyriques, notamment celles de la malheureuse "fiancée" de Melmoth le maudit:

 

"Je ne sais qui vous êtes, mais je suis à vous. Je ne sais qui vous servez, mais, qui que ce soit, je le servirai aussi. Je veux être à vous pour toujours. Abandonnez-moi si vous voulez mais, quand je serai morte, revenez dans cette île, et dites en vous-même : les roses ont fleuri et se sont fanées, les ruisseaux ont coulé et se sont desséchés, les rochers ont été déplacés et les astres dans le ciel ont changé leur cours; mais il existait un coeur qui n'a jamais changé, et il n'est point ici!"

 

Pour faire court, amateurs de sueurs froides ne vous lancez pas là-dedans. L'oeuvre de Mathurin est un récit fantastique, certes, mais c'est un fantastique à la Mary Shelley : romantisme noir, ode à la nature, solitude de l'homme face à une société corrompue et fanatique (les moines décrits par l'espagnol inquiètent presque plus que l'homme du portrait), souffrance de l'être écartelé entre son désir de survie et la craine de perdre son âme... Certes, quand on y songe, c'est effectivement presque plus inquiétant que des hurlements ou des chaînes qui grincent dans l'obscurité...

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Published by beux - dans Classiques
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commentaires

Alain Blachair 10/03/2014 09:14

Juste pour signaler une coquille dans le titre : vous avez sans doute voulu écrire "histoire gigogne", et pas "gignogne".

beux 11/03/2014 13:42



Oui merci, effectivement c'est une coquille c'est corrigé!