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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:02

L04.jpgCorinne ou l'Italie

Madame de Staël

éditions Gallimard

 

Corinne est belle et intelligente. Elle chante, danse, peint, a de l'esprit et de l'humour. Elle semble italienne mais parle anglais sans accent, et ses origines sont plus que mystérieuses. Oswald lord Nelvil fait sa connaissance à Rome dans un cadre enchanteur et tombe immédiatement amoureux d'elle. Mais Oswald est un écossais froid et conventionnel, un homme de devoir terrorisé à l'idée de faire un faux pas et de décevoir les attentes d'un père mort depuis peu. La fraîcheur, l'exubérance et le goût de la société de Corinne s'accommode mal dans son esprit avec l'image de la femme anglaise parfaite, en retrait, les yeux baissés et vivant dans l'ombre de son mari. Pourtant le couple se forme; Corinne se prend à son tour de passion pour Oswald et lui fait visiter l'Italie. Les amants coulent des jours heureux mais l'ombre du passé de la jeune femme et le retour prévu d'Oswald pour l'Ecosse vient bientôt mettre un terme à cette lune de miel... En effet, Oswald sait bien que la société anglaise condamnerait une femme comme Corinne et ne sait quel parti adopter.

"C'est un avis solennel qu'une femme résignée donne aux femmes qui luttent encore contre le destin." Corinne, qui n'est pas sans rappeler sa propre créatrice, Madame de Staël, est une femme trop moderne, trop indépendante pour espérer une fin heureuse; dès le début, l'auteur multiplie les signes qui montrent que son histoire d'amour est voué à l'échec; un cercueil qui passe, le bruit du canon annonçant l'entrée au couvent d'une nouvelle religieuse, le sens poussé du devoir d'Oswald... Dans le roman, les hommes n'ont guère le beau rôle: il est difficile d'éprouver beaucoup de sympathie pour lord Nelvil qui préfère la raison au sentiment. Quant à son ami, le seul français du roman, le comte d'Erfeuil, il apparaît comme un fat imbut de sa personne qui met sa patrie au-dessus de tout et méprise le reste du monde. A l'inverse, les portraits féminins sont beaucoup plus touchants, que ce soit Corinne ou même Lucille, l'anglaise idéale qui, sous ses dehors réservés, éprouve également passion et jalousie.

L'écriture de Madame de Staël est dense, parfois indigeste, en particulier lorsqu'elle multiplie les descriptions de paysages ou de monuments. Tout est dans l'exaltation et dans la démesure lorsqu'elle évoque l'Italie et ses habitants qu'elle oppose  à une Angleterre plus structurée, plus sage, peut-être plus profonde mais tellement plus triste.... Une petite parenthèse pour souligner que le travail éditorial est ici un peu une catastrophe: il y a des coquilles et des fautes presque à chaque page, ce qui n'est pas sans choquer et gâche quelque peu le plaisir de la lecture. Néanmoins, malgré sa complexité, son épaisseur, sa surrenchère dans le style et l'expression des sentiments, Corinne ou l'Italie reste un ouvrage très beau, très triste surtout, qui met en scène une histoire d'amour vouée à l'échec avec son lot de promesses, de bonheur, d'hésitations, de trahisons, de sacrifices et de remords... Il y a un net désenchantement  dans ce récit très largement inspiré d'une expérience personnelle et qui nous montre, si preuve en était, qu'il ne faisait pas forcément bon être une femme trop brillante au XIXème siècle...

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Published by beux - dans Classiques
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