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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:53

L02.jpgLes aventures de Caleb Williams

William Godwin

éditions Bordas

 

 

Retour à la littérature du 18ème siècle: si vous vous en souvenez bien, nous en étions restés à la tragique et ennuyeuse histoire d'amour de Paul et Virginie qui, à son époque, avait fait couler bien des larmes à des sujets plus sensibles que moi. Quittons donc maintenant un peu la France (de toute manière pour l'instant ils n'écrivent plus beaucoup, ils sont essentiellement occupés à guillotiner à tour de bras) et allons faire un petit tour du côté de l'Angleterre. Là-bas, un timide vent de révolte souffle aussi, et les écrits s'en ressentent: place donc à William Godwin.

Les aventures de Caleb Williams mettent en scène un jeune secrétaire, Caleb Williams donc, qui, en dépit de sa basse naissance, grâce à son intelligence et à sa curiosité, est parvenu à acquérir une certaine culture. Il travaille pour lord Falkland, un noble calme et généreux qui le traite avec beaucoup d'égards. Lord Falkland n'a qu'un seul ennemi: le baron Tyrrel, un despote tyrannique jaloux de son charisme. Après bien des différents entre eux, dont la plupart ont causé du tort à des personnes innocentes, le baron Tyrell est retrouvé mort. Soupçonné, lord Falkland est rapidement mis hors de cause et deux paysans sont exécutés pour le meurtre. Mais Caleb Williams, intrigué par le changement de comportement de son maître, mène sa propre enquête et ne tarde pas à découvrir que ce dernier est bel et bien coupable. Loyal envers son protecteur, Caleb ne peut cependant continuer à travailler pour un assassin. Malheureusement, Falkland, démasqué, se refuse à le laisser partir et, lorsque son secrétaire fuit, il le fait pourchasser et accuser par la justice. Commence alors pour Williams une longue cavale, plusieurs évasions de prison et un certain nombre de déguisements...

Je suis un peu perplexe face à cet ouvrage je le reconnais. La faute peut-être à une traduction de 1945 qui me paraît plus qu'approximative. De fait, nous ne parlerons pas du style qui est... déroutant, oscillant entre une narration traditionnelle et l'intervention directe de Caleb Williams, et ce de façon plutôt grossière. La thématique est déroutante également: voilà une histoire qui met en scène un noble qui est la bonté incarnée mais qui va devenir pourtant le pire cauchemar de son serviteur. Lord Falkland est un assassin certes: mais il a tué un homme mauvais. Il pourchasse son ancien secrétaire mais, en même temps, fait tout pour le protéger... Caleb Williams de son côté enquête sur un homme qu'il admire, se refuse à le dénoncer mais ne veut plus travailler pour lui, clame son innocence mais passe son temps à s'enfuir... C'est moi ou tous ces personnages sont plus ou moins schizophrènes? Et je ne vous parle même pas d'Emilie, la protégée de Falkland qui se refuse de croire et en la culpabilité du lord et en la culpabilité de Caleb Williams. Ouais choupette désolée, mais il y en a un des deux qui ment tu sais...

C'est confus, reconnaissez-le. On sent Godwin soucieux de ne pas s'attirer les foudres de la noblesse tout en glissant ça et là cependant quelques petites critiques insidieuses: la tyrannie de Tyrrel qui ruine la vie de gens moins fortunés par simple caprice, le destin misérable d'un paysan qui souhaitait seulement assurer un avenir à son fils, un système judiciaire corrompu (des policiers véreux autrefois bandits, des geôliers cupides) qui ne traite pas tout le monde sur le même pied d'égalité... Par la bouche de Caleb Williams, Godwin va même jusqu'à railler une Angleterre convaincue de son intégrité et de ses lois: " Dieu soit loué, s'écrient les Anglais, nous n'avons pas de Bastille! Dieu soit béni, chez nous un homme ne peut être puni sans avoir commis de crimes! Est-ce un pays de liberté, celui où des milliers d'hommes languissent dans des cachots et dans des fers? Viens, Anglais ignorant, et visite nos prisons! Respire leur air empoisonné! Vois leur saleté! Eprouve la dureté tyrannique de leur gouverneur et ose, après cela, répéter avec orgueil: L'Angleterre n'a point de Bastille!" Non, nous dit l'auteur, l'Angleterre n'est pas un modèle de vertu. Oui, l'innocence peut être punie, oui les injustices existent et oui, elles s'exercent souvent au détriment des plus pauvres. Inutile de vous dire que Godwin est plus que favorable aux idées révolutionnaires qui font fureur de l'autre côté de la Manche et rêve d'une société plus juste pour tous. Des idées que d'ailleurs il développera dans plusieurs écrits politiques.

C'est cela Les aventures de Caleb Williams, un roman assez critique et plutôt intéressant du point de vue de la  psychologie des personnages. Pour l'auteur, ce ne sont pas les hommes qui sont forcément mauvais (lord Tyrrel lui-même est loin d'être un monstre) mais c'est le système qui les encourage à agir mal. Une idée somme toute assez généreuse mais qui a dû valoir à Godwin quelques soucis en ces temps où l'Angleterre ne rigolait pas trop avec toutes ces choses-là.

Et avant de refermer la parenthèse sur Godwin, pour votre culture personnelle, sachez que ce dernier est connu aussi pour avoir eu une fille du nom de Mary qui, devenue adulte, épousera un certain Shelley. Cette même Mary Shelley qui, bien des années plus tard, créera le personnage mythique de Frankenstein et de son monstre...

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Published by beux - dans Classiques
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