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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 11:52

L01.jpgUne double famille

Honoré de Balzac

éditions Livre de Poche

1830

 

Nous avons déjà vu dans ce blog que Balzac dans sa jeunesse s'est intéressé à la vie maritale avec son très court mais hilarant Physiologie du mariage. Il revient sur le sujet avec cette nouvelle publiée un an plus tard, Une double famille. L'histoire commence avec une douce romance, celle de la jolie et pauvre Caroline qui voit passer chaque jour à sa fenêtre un homme à l'air triste. Leurs regards se croisent, ils tombent amoureux sous l'oeil bienveillant de la mère de Caroline, madame Crochard, qui pressent que le prétendant est fortuné. Son intuition est juste: quelques années plus tard, Caroline mène une vie heureuse installée dans un appartement luxueux et mère de deux beaux enfants. Ce qu'elle ne comprend pas, ce sont les soudaines disparitions de son amant. A la mort de madame Crochard, la vérité éclate au grand jour : Roger Granville, le protecteur de Caroline est déja marié. Retour en arrière avec l'histoire de Roger et de son épouse Angélique, une femme froide et bigote dont la rigidité a fait de la vie de son mari un enfer.

Amateurs de morale, passez votre chemin; en écrivant d'abord l'histoire de Caroline et de Roger avant celle d'Angélique et de Roger, Balzac nous montre clairement sa préférence pour la famille adultère. Caroline est douce et dénuée d'ambition: elle ne vit que pour le bonheur de son amant et de celui de ses enfants. Elle s'adapte à Roger et à ses goûts. A l'inverse, le foyer d'Angélique apparaît comme un enfer familial. Austère et bigote, la jeune femme ne sait pas arranger sa maison, n'éprouve aucune passion charnelle pour son époux, refuse les mondanités et se laisse totalement diriger par un conseiller spirituel janséniste à la morale étroite. Ce portrait peu flatteur n'est pas fait pour attendrir le lecteur qui se rallie vite au mari malheureux. Comment le blâmer de rechercher un bonheur qu'il ne trouve pas chez lui? Peut-on lui en vouloir pour un adultère qu'il n'a pas prémédité et contre lequel il a même un peu lutté? Balzac nous campe sans vergogne un univers hypocrite rempli de Tartuffes et de commères, un monde où le mariage est une union financière avant d'être une union amoureuse ou même de caractères. Ce n'est pas Roger Granville qui est blâmé mais son père qui a voulu le marier à un être qui ne lui correspondait pas. Une double famille pourrait être une apologie de l'adultère mais il n'en est rien: le dénouement dans lequel on apprend que Granville s'est lui-même fait tromper par Caroline qui l'a quitté pour un autre homme nous rappelle, comme le dit très bien la quatrième de couverture que 'L'adultère ne saurait être la solution à un mariage raté". Les lecteurs de Balzac ont dû soupirer: la morale est sauve, le mari volage est seul, trahi par la maîtresse qui se meurt elle-même à cause d'un vaurien. N'en reste pas moins une réflexion intéressante sur l'hypocrisie religieuse, l'institution du mariage et l'idée que la fidélité et l'argent sont loin d'être le gage d'un mariage réussi.

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Published by beux - dans Classiques
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