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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 12:12

L02.jpgLes confessions d'un fanatique

James Hogg

éditions Terre de Brume

1824

 

Où s'arrête la foi et où commence le fanatisme? La fin justifie-t-elle les moyens? Telles sont quelques-unes des nombreuses questions que nous pose James Hogg, berger écossais devenu auteur, presque aussi célèbre en son temps que son compatriote Walter Scott et qui, dans un curieux ouvrage baptisé Les confessions d'un fanatique raconte l'histoire de Robert Wringhim, un extrêmiste religieux pas tout à fait comme les autres. Elevé dans la haine d'un père bon vivant par une mère bigote et un révérend exalté, croyant à la thérie calviniste de la prédestination, Robert aspire à faire partie des Elus du Seigneur, jusqu'au jour où il rencontre un curieux inconnu, puissant orateur qui l'exhorte à suivre la volonté de Dieu... en tuant tous ceux en désaccord avec ses doctrines.

Les confessions d'un fanatique est composé de deux parties principales: l'une raconte l'histoire du point de vue de l'"éditeur" et livre le récit de façon soi-disant objective, relatant les événements tels qu'ils ont été vécus de l'extérieur et condamnant fermement le fanatique. Des détails ennuyeux cependant viennent troubler le déroulement de l'histoire: incohérences, faits troublants... des détails cependant que l'éditeur se garde bien de relever. La seconde partie, la plus longue, est celle du journal de Robert Wringhim lui-même. Son mysticisme, sa foi exaltée et son intolérance religieuse frappent d'emblée le lecteur d'un profond malaise. Peu à peu cependant, nous comprenons qu'il n'est pas forcément le monstre dépeint par l'éditeur mais le jouet d'un étrange compagnon qui pourrait être bien le Diable en personne. C'est le fantastique qui domine dans cette partie, en opposition avec le réalisme éclairé du début, et les thèmes chers au gothique y reviennent: fantômes, démons, apparitions, pacte avec le Diable... Hogg nous plonge dans un univers fait de terreurs et de superstitions, un univers où Robert essaie tant bien que mal de s'y retrouver, prenant peu à peu conscience que l'Enfer est parfois pavé de "bonnes" intentions. Le lecteur ne peut s'empêcher alors de prendre en pitié cet être aveuglé par ses croyances et terrorisé par l'idée d'aller brûler en Enfer. Aussi, si Les confessions d'un fanatique est effectivement un plaidoyer contre le fanatisme religieux, c'est surtout un choc entre deux mondes, celui des Lumières et de la raison, représenté par l'éditeur, et celui médiéval du second narrateur, monde de terreurs religieuses. A noter d'ailleurs que Hogg se garde bien de railler l'univers de Robert : il n'explique pas les phénomènes surnaturels et rend son narrateur touchant alors que la version de l'éditeur, froide, prenant résolument parti contre le fanatique, peut agacer. Le tout forme un ensemble curieux, assez perturbant et se rapproche presque d'un récit fantastique d'un style inégal mais fort intéressant et justifiant pleinement sa place dans Les 1001 livres...

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Published by beux - dans Classiques
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