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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 11:07

L03.jpgInfrarouge

Nancy Huston

éditions Actes Sud


 

Il y a certains livres, vous avez beau faire, vous n'arrivez pas à aimer. Ce n'est pas l'histoire, ce n'est pas le style, c'est juste que le personnage principal vous sort par les trous de nez. C'est ce qui m'était déjà arrivé avec Millenium. C'est ce qui vient de se produire également avec l'héroïne de Infrarouge, le dernier roman de Nancy Huston.

Raconte...

Raconte... c'est toujours ce que demande Subra, l'amie imaginaire de Rena, jeune femme dynamique de quarante-cinq ans, photographe dans un journal, qui laisse son amant Aziz (qu'elle considère d'ailleurs plus comme un mari) à Paris, le temps de passer une semaine en Toscane avec son père et sa belle-mère. Dans des paysages qui font rêver les malheureux qui n'ont jamais eu la chance de visiter cette partie de l'Italie, la famille forme un trio bancal, Rena s'impatientant de la lenteur de Simon et d'Ingrid qui jouent aux touristes et qui loin de percer les merveilles de Florence et de ses environs, ne font que manger et acheter des cartes postales... Du coup, la jeune femme laisse son esprit s'égarer sur souvenirs d'enfance et d'adolescence, profitant de ces vacances pour faire le point sur sa propre vie et sur ses relations avec son père...  

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans Infrarouge. Le premier et, à mon sens, le plus réussi, est celui qui raconte le voyage en Italie d'un trio bien mal assorti, d'un père un peu gâteux, d'une belle-mère un peu simple, et d'une fille qui malgré son âge, agit encore comme une adolescente devant le couple. Rien de plus drôle que ce périple à travers la Toscane marqué essentiellement par des trajets en voiture, des visites rythmées par Le Guide Bleu, et surtout du décalage entre l'émotion ressentie par Rena devant certaines oeuvres italiennes et celle, plus primaire de Ingrid qui s'extasie devant des chérubins potelés... En parallèle, Nancy Huston raconte les événements de 2005 en France, la révolte des banlieues parisiennes, guerre civile elle-même reflet de la crise que traverse le couple de Rena. L'originalité, c'est qu'elle s'y intéresse du point de vue de l'héroïne qui est à l'étranger et qui n'en a que de lointains échos. Le problème, c'est que Nancy Huston tombe de ce fait très vite dans le cliché, guère plus convaincant qu'une carte postale de mauvaise qualité. Enfin, le dernier niveau de lecture, c'est le voyage intérieur de Rena qui, devant chaque statue, chaque tableau, chaque paysage ou chaque situation, laisse son esprit s'égarer sur des souvenirs, des fantasmes, des pensées bonnes ou mauvaises qui révèlent sa personnalité. Et là je coince. Je coince franchement devant ce personnage d'intellectuelle un peu méprisante, très académique, cette photographe qui, professant son amour pour les hommes et leurs corps les fige, les psychanalyse et au final leur ôte tout attrait, ramenant tous les grands problèmes de notre temps à la relation mère/fils, père/fille dans une analyse bâclée qui rendrait presque sympathique Michel Onfray et sa volonté de bannir la psychanalyse freudienne. Portrait d'une bobo faussement provocatrice, Rena ne devient intéressante que dans la mesure où, sur la fin du récit, Nancy Huston en livre les failles: son désir de s'attacher Aziz à tout jamais, sa relation conflictuelle avec son père, l'absence de sa mère, son refus de vieillir et son incapacité à aimer tout ce qui est simple... Au final, je suis sortie de ce livre avec une étrange impression, mélange de dégoût et d'admiration, admirant le style de l'auteur et son talent de narratrice, mais regrettant cette volonté tenace de tout analyser ainsi qu'une écriture qui, visant l'esthétisme à tout prix, en perd toute émotion... Et voilà! Bon vous trouvez pas que pour le coup cet article est un peu pédant? Que voulez-vous il faut bien que de temps en temps je joue à l'intellectuelle moi aussi...

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Published by beux - dans Roman
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commentaires

echolalie 30/09/2011 18:13


idem, bien aimé la ligne de faille, quoique peut etre un peu long. si je peux me permettre, il faut absolument lire "prodige" qui représente à merveille son style.


beux 03/10/2011 11:37



Il faudra que je tente de nouveau le coup alors: j'avoue que Infrarouge m'a un peu refroidie... Mais pourquoi pas? Je suis d'autant plus refroidie que l'un de mes collègues a entendu Nancy Huston
à la radio il y a peu et l'a trouvé plutôt inintéressante et très prétentieuse. Dommage, c'est quelqu'un qui m'intriguait...



canthilde 06/09/2010 22:12


"Portrait d'une bobo faussement provocatrice" : Aïe ! Aïe ! Ça m'aurait fait le même effet. Et le mélange de psychanalyse du couple et journalisme simpliste sur les "émeutes" en France ne me
convainc pas du tout...


beux 09/09/2010 17:32



L'as-tu lu? En tous cas en en parlant avec ma collègue, nous nous sommes rendues compte que nous partagions le même ressenti sur le livre. Dommage... Nancy Huston pour moi c'est un auteur un peu
quitte ou double: j'ai beaucoup aimé certains de ses romans (Dolce Agonia, Lignes de Faille) mais d'autres m'ont laissé de marbre, comme celui-là. Et je suis assez de ton avis: je n'ai vraiment
pas accroché au mélange introspection/ politique.