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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:33

L07.jpgOn ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps

Les derniers jours des grands hommes

Patrick Pelloux

éditions Robert Laffont

 

On ne se méfie jamais assez des meilleures ventes en librairie. De ces couvertures colorées ou non qui vous promettent des merveilles et des heures de lecture passionnantes, de ces ouvrages plébiscités par journalistes et citoyens lambdas. Je me suis pourtant fait avoir des centaines de fois...

Voici donc un livre sur l'agonie et la mort de personnalités célèbres: Lully, Louis XIV, Staline, Marie Curie, Henri IV... Oh chic! La mort est un sujet à la mode en ce moment en histoire, ne me demandez pas pourquoi. Il y a quelques temps c'était l'amour, ça tourne. C'est un peu glauque mais bon... Le souci c'est que je ne sais pas pour vous, mais moi la mort des personnages cités et les autres, je la connaissais depuis belle lurette: en primaire, la mort de Lully était citée pour nous mettre en garde contre les blessures infectées, la longue agonie de Staline était décrite de long en large par mes profs d'histoire et tout le monde sait que les restes de Marie Curie sont encore radioactifs... Voilà voilà. Peut-être ceci dit que l'auteur aborde le sujet sous un angle différent, fort de ses connaissances en histoire et... ah non, l'auteur le dit lui-même il n'est pas historien. Patrick Pelloux est médecin urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo. Bien bien bien... Déjà, une question me brûle les lèvres: et gros, pourquoi tu fais un livre sur des personnages historiques si tu n'es pas historien?

Je décide de laisser néanmoins sa chance à l'auteur. Après tout, on m'a dit du bien de Histoires d'urgences, pourquoi ne pas tenter le coup... Alors allons-y gaiement! Je vous rassure ceci dit: Patrick Pelloux n'a beau avoir aucune légitimité en la matière, ça ne l'empêche pas d'avoir tout un tas d'avis sur l'histoire, sur la médecine de l'époque qui était nulle, sur le clergé qui était intolérant, sur l'aristocratie corrompue etc. Dans le même genre, ça m'a fait penser au Manuel d'inculture générale de Bernard de Koch. Pareil que Pelloux, ça ne gênait absolument pas l'auteur de juger littérature et histoire selon nos critères actuels: ainsi tous les auteurs de la Renaissance étaient anti-féministes, le livre La prise d'Orange était raciste... Super. Dites les gars, vous avez entendu parler de la notion de contexte historique? Il est fort probable qu'un jour on découvre qu'il est criminel de manger des animaux: je suis sûre que vous serez ravis d'être considérés comme des monstres et des imbéciles par des auteurs futurs aussi suffisants que vous. Mais passons. Passons aussi sur l'anticléricalisme primaire de Pelloux et le couplet habituel: les religions sont la cause de toutes les guerres et de toutes les souffrances, etc. En revanche, il y a une chose sur laquelle je ne peux pas passer: le style. Il faut dire ce qu'il est, l'auteur écrit comme un pied: en souhaitant jouer la provocation, Pelloux est simplement vulgaire; il multiplie les points d'exclamation (mes plus grands ennemis en littérature) pour donner plus de force à des propos sans intérêt, s'égare dans des considérations sans aucun rapport avec la choucroute et, surtout, il se répète. On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps est de toute évidence une compilation d'articles parues dans Charlie Hebdo et n'a manifestement pas été retravaillé ce qui fait que les histoires se ressemblent toutes, le style est plat... Sous forme de chroniques je pense que ça peut passer; en livre c'est une catastrophe. C'est dommage car pour le coup, une ou deux histoires ne sont pas trop mauvaises:  Saturnin le canard  par exemple est vraiment un récit intéressant mais peut-être est-ce justement parce que pour une fois l'auteur se penche sur un thème méconnu, celui de l'agonie des animaux de la télé...

Donc résumons: pas d'intérêt au niveau du contenu, beaucoup de mauvaise foi, un style brouilon... Pourquoi diable ce livre se vend-il aussi bien? Allons donc faire un tour au niveau des meilleures ventes voulez-vous? Inferno, le dernier Dan Brown, caracole en tête suivi par les derniers Lévy et Musso et l'éternel 50 nuances de Grey. Je ne sais pas pour vous mais moi je crois que j'ai ma réponse....

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Published by beux - dans Histoire
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commentaires

Lisard Lorrain 18/06/2013 00:51

… En les reprenant et en les parodiant, à la manière de Desproges, ou comme l'a fait Flaubert dans son « Dictionnaire des idées reçues ». C'est pourquoi je parle de parodie subtile :
la clé n'est pas donnée au lecteur, il doit deviner.

beux 18/06/2013 13:58



Huuum dans mes souvenirs j'avais justement cherché ce fameux second degré dans le livre de Basile de Koch, alertée par le titre et je ne l'avais pas trouvé désolée. Ceci dit, je vous crois sur
parole, car j'ai lu ou plutôt feuilleté d'ailleurs le livre il y a déjà un certain temps, lors de sa sortie et j'étais jeune et innocente



Lisard Lorrain 18/06/2013 00:43

Il me semble, Beux, que vous commettez un grave contresens sur Basile (et non pas Bernard) de Koch : son « Manuel d'inculture générale » est certes un livre assez peu nécessaire,
mais il n'est pas fait pour être lu au premier degré. L'auteur y tourne en dérision, en les reprenant et en les parodiant assez subtilement, tous les travers que vous dénoncez vous-même, à juste
titre, dans votre article.

Rudy Leconte 31/05/2013 22:17

Ha, ha ! J'aime beaucoup la première phrase de ce post. Travaillant en librairie c'est le genre de pensée qui me vient souvent et c'est une des raisons pour lesquelles je ne lis pas les "meilleures
ventes".
D'autre part, je ne me force jamais à lire ce que beaucoup de gens lisent déjà : je part du principe que si ça se vend tout seul il est inutile de le conseiller (et donc de l'avoir lu).
Le commentaire de Boulet est intéressant car il pointe du doigt ce phénomène que l'on retrouve dans tous les domaines artistiques : on donne au public ce qu'il veut (ou croit vouloir) parce qu'au
moins on est sûr que les ventes seront bonnes, et le public suit docilement, même lorsqu'il est évident que l'oeuvre n'a d'autre prétention que de faire de l'argent. D'où l'impression de
condescendance de la part des auteurs, éditeurs, critiques et journalistes. Tient, ça me fait penser à ce que disait Desproges à propos du public : "toujours l'élever à soi, ne jamais s'abaisser à
lui".
Mais je reconnaît que la lecture de ces daubes peut parfois s'avérer utile à long terme car cela permet de savoir différencier les livres qui ont une véritable intention (artistique, didactique,
etc) et les autres. Alors lisons, plus nous lirons et mieux nous choisirons nos lectures.
Et au fait, merci pour tes critiques, je les consulte toujours avec plaisir et intérêt !

beux 06/06/2013 12:04



Merci pour ton commentaire! Bah moi j'avoue que de temps en temps, même souvent je lis des meilleures ventes. Toutes ne sont pas à jeter, certaines sont même méritées: "Le vieux qui ne voulait
pas fêter son anniversaire" en est un exemple même si pour moi il ne s'agit pas du chef-d'oeuvre du siècle loin s'en faut... Après tu n'as pas tort: les meilleures ventes répondent souvent à un
besoin, réelle ou non, du public. Je pense à 50 shades qui s'adressaient à une catégorie bien précise de la population. Mais je peux pardonner à des Dan Brown ou des Levy leur succès: ils sont
auteurs, ils ciblent un lectorat et je pense qu'ils aiment leur métier. Pelloux n'est pas un écrivain: c'est un gars qui a joué sur l'engouement actuel pour l'histoire "par le petit bout de la
lorgnette" et qui a recyclé des chroniques toutes pourries sans même prendre la peine de les relire. Quelqu'un qui s'est improvisé historien et auteur. Et c'est ça qui me met le plus en colère...



Molly 30/05/2013 17:40

ah ben voilà, d'acc, merci pour l'info.

beux 06/06/2013 11:57



Je l'ignorais aussi. Ceci dit, c'est vrai que le titre sonnait bizarre...



Boulet 30/05/2013 15:45

C'est une citation de Claude Serre, à la base: "On ne meurt qu'une fois, mais on en profite longtemps".
Ce titre est en effet un vilain plagiat.